bibliographie 8102020

Bibliographie 08102020« 

Ayant quitté tout à fait la littérature, je ne songeai plus qu’à mener une vie tranquille et douce, autant qu’il dépendrait de moi. Seul je n’ai jamais connu l’ennui, même dans le plus parfait désœuvrement : mon imagination, remplissant tous les vides, suffit seule pour m’occuper. Il n’y a que le bavardage inactif de chambre, assis les uns vis à vis des autres à ne mouvoir que la langue, que jamais je n’ai pu supporter. 

Quand on marche, qu’on se promène, encore passe; les pieds et les yeux font au moins quelque chose; mais rester là, les bras croisés, à parler du temps qu’il fait et des mouches qui volent, ou, qui pis est, à s’entre faire des compliments, cela m’est un supplice insupportable.[…]

La chose que je regrette le plus dans les détails de ma vie dont j’ai perdu la mémoire est de n’avoir pas fait des journaux de voyages. Jamais je n’ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j’ose ainsi dire, que dans ceux que j’ai fait seul et à pied. Moi, seul. Je sens mon cœur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j’ai vus ; j’ ose croire n’ être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre.

[…] C’est surtout dans la solitude qu’on sent l’avantage de vivre avec quelqu’un qui sait penser. 

Les confessions, Jean-Jacques Rousseau

La vie de Napoléon fut une épopée, celle d’un homme aux prises avec son époque. Dans le tout nouvel ouvrage « Napoléon, la certitude et l’ambition », Charles-Eloi Vial, conservateur à la BnF, nous offre une plongée inédite dans les collections de la Bibliothèque nationale de France pour mieux comprendre ce personnage de légende. 

Il nous livre : « Il faut avoir un peu de courage pour oser découvrir Napoléon de près, par les yeux ou par les œuvres de ceux qui l’ont vu. Décaper la légende pour en revenir aux points fondamentaux de la construction de sa personnalité, de son rapport au pouvoir et de ses relations avec ses contemporains permet de faire émerger une autre image de l’immortel empereur. Tout se résume peut-être à ce seul enjeu : comprendre qui il était et s’il fut maître de son destin ou prisonnier d’une fatalité qui le dépassait. Dans cet intervalle entre les deux visions – de l’homme et du génie – se noue le pari biographique napoléonien. »

« Napoléon, la certitude et l’ambition », une biographie comme un écrin, à offrir ou à s’offrir pour les fêtes

17 décembre 1987, mort de Marguerite Yourcenar.

Sait-on que Marguerite Yourcenar, à l’âge de trente et un ans, a écrit un roman sur un attentat antifasciste à Rome ? « Denier du rêve » en 1934. Sont déjà présents tous ses thèmes de prédilection, tels le temps des hommes et le temps de la nature. « Ce n’est pas la moindre réussite de « Denier du rêve » que de parvenir à camper le climat politique tout en dénonçant dans le même mouvement « la creuse réalité cachée derrière la façade boursouflée du fascisme italien ». Bulletin de la S.I.E.Y n° 13.

Extrait de la version de 1959, L’Imaginaire Gallimard :

« Certes le temps, ce temps extérieur qui ne sait rien de l’homme et se manifeste dans la fuite des saisons, dans la chute d’un bloc qui depuis longtemps portait à faux et que précipite vers le sol la durée même de sa précarité, dans le lent, le concentrique épaississement du tronc des chênes-lièges, qui, tranchés par la hache, offrent une coupe de ce temps végétal mesuré par la coulée des sèves n’avait pas épargné le domaine qu’un Ruggero di Credo avait reçu en fief il y avait environ six siècles. Il avait traité ces murailles et ces poutres comme il eût fait des rochers et des branches ; aux significations naïvement évidentes de cette œuvre des hommes, il avait ajouté des commentaires destructeurs […] Le temps, comme Janus, est un dieu à deux visages. Le temps humain, ce temps qui s’évalue en termes de générations et que jalonnent ça et là les déconfitures familiales et les chutes de régimes, était seul responsable pour ces changements incohérents et ces projets sans suite dont se compose ce qu’on appelle de loin la stabilité du passé. »

de 

Collec

Charles-Eloi Vial

Perrin

Biblio Illustre


LE 11/12/2020

Staline 

« Le meilleur pour les turbulences de l’esprit, c’est apprendre. C’est la seule chose qui n’échoue jamais. Vous pouvez vieillir et trembler, vous pouvez veiller la nuit en écoutant le désordre de vos veines, vous pouvez manquer votre seul amour et vous pouvez perdre votre argent à cause d’un monstre ; vous pouvez voir le monde qui vous entoure dévasté par des fous dangereux, ou savoir que votre honneur est piétiné dans les égouts des esprits les plus vils, il n’y a qu’une seule chose à faire dans de telles conditions : apprendre. » 

Marguerite Yourcenar, Sources II, 1999.

 

 

et le Livre noir, la persécution des Juifs d’URSS

Staline et le Livre noir, la persécution des Juifs en urss

À retrouver dans l’émission

LE COURS DE L’HISTOIRE par Xavier Mauduit

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De 1941 à 1945, 1,5 million de Juifs sont assassinés en URSS par les nazis. La rédaction d’un Livre noir, rassemblant les témoignages de ces atrocités, est d’abord soutenue par Staline qui se fait à son tour bourreau quand le livre révèle la participation des populations locales aux massacres.

Solomon Mikhoels, président du Comité antifasciste juif, lauréat du prix Staline, le jour de la remise du prix à Moscou en 1947. Il est assassiné sur ordre de Staline en un an plus tard. (Photo : Sovfoto)•Crédits :Getty

Staline aimait-il lire ? Énormément, et cela depuis sa jeunesse. Il a été formé à l’école de Gori, en Géorgie, sa ville natale, puis il a étudié au séminaire de Tbilissi, toujours en Géorgie. Il lisait beaucoup, sans aucun doute, comme nombre de ses contemporains, mais que lisait-il ? La presse évidemment et les grands classiques, et bien sûr les ouvrages qui ont construit sa pensée Marx, Engels… mais les a-t-il bien compris ?

Le Livre noir faisait-il partie de ses lectures ? Il s’agit d’un ouvrage élaboré dès la Seconde Guerre mondiale pour documenter le massacre des Juifs par les nazis. L’ouvrage, un recueil de témoignages, a été utilisé par Staline pour prouver les atrocités, puis il a été interdit au point que ses auteurs ont été, à leur tour, persécutés. Prêt à tout pour affermir son pouvoir, Staline a très bien compris l’importance du Livre noir qu’il l’ait lu ou pas. (Xavier Mauduit)

« Nous nous sommes retrouvés entourés de soldats qui pointaient leurs fusils sur nous. On a commencé à nous oter nos vêtements de dessus et à nous pousser vers la fosse. À ce moment-là, des coups de feu ont retenti. On a entendu des hurlements terribles. Les soldats nous faisaient tomber vivants dans la tombe pour éviter d’avoir à traîner nos corps. Je dis adieu à ma femme. Nous étions enlacés lorsqu’une balle l’a atteinte à la tête. Son sang m’a giclé au visage. ».

Ce témoignage glaçant est extrait du Livre noir, un ouvrage constitué à la fin de la Seconde Guerre mondiale pour documenter la destruction des Juifs dans les territoires soviétiques conquis par les nazis. Ce livre qui recueille des textes et témoignages de survivants ne sera finalement publié qu’à partir de 1993. Qui sont Ilya Ehrenbourg, Solomon Mikhoels et Vassili Grossman, les trois personnages essentiels à la construction de ce livre ? Quels étaient les liens entre littérature et politique en URSS ? Et comment expliquer la censure du Livre noir et les campagnes antisémites commandées par Staline ?

Pour nous en parler, nous recevons Guillaume Ribot, réalisateur, photographe, il est le coauteur avec Antoine Germa du documentaire Vie et Destin du Livre noir. La Destruction des Juifs d’URSS diffusé le dimanche 13 décembre 2020 à 22h40 dans La case du siècle sur France 5. 

Et Antoine Germa, historien, scénariste, il a co-dirigé avec Benjamin Lellouch et Evelyne Patlagean l’ouvrage Les Juifs dans l’histoire : de la naissance du judaïsme au monde contemporain (Champ-Vallon, 2011).

Avec nous aussi, Cécile Vaissié, professeure d’études russes et soviétiques à l’université Rennes 2, autrice notamment de Les ingénieurs des âmes en chef. Littérature et politique en URSS (1944-1986) (Belin, 2008) .  

Le Livre noir a été réédité aux Éditions Actes Sud/ Solin en 2019 : 

Réalisée sous la direction d’Ilya Ehrenbourg et de Vassili Grossman,  cette relation “sur l’extermination scélérate des Juifs par les  envahisseurs fascistes allemands dans les régions provisoirement  occupées de l’URSS et dans les camps d’extermination en Pologne pendant  la guerre de 1941-1945” est assez avancée en 1945 pour être envoyée au  procureur soviétique du procès de Nuremberg, puis aux États-Unis où elle  est publiée. L’édition russe du “livre noir”, elle, ne verra jamais le jour : d’abord censurée, elle sera définitivement interdite en 1947. En 1952, les principaux dirigeants du Comité antifasciste juif sont condamnés à mort et exécutés d’une balle dans la nuque. Après l’écroulement de l’URSS et grâce à Irina Ehrenbourg, la  première édition intégrale en russe du Livre noir a enfin pu être publiée  en 1993 à Vilnius. La présente édition se veut le plus fidèle possible à ce livre  retrouvé, terrible page d’histoire directe et témoignage bouleversant (présentation par l’éditeur Actes Sud/ Solin)

Le livre noir. Textes et témoignages réunis par Ilya Ehrenbourg et Vassili Grossman.

Le livre noir, un document terrifiant

Livre noir c’est le premier vrai document qui documente le génocide. C’est un document réalisé en direct par un certain nombre d’auteurs chapeautés par Vassili Grossman et Ilya Ehrenbourg. C’est un document de 1000 pages difficile à lire tellement il est gorgé de tout ce qui a fait la destruction des juifs d’URSS. (Guillaume Ribot)

Et Staline devint critique vis-à-vis du Livre noir

Le problème de la collaboration des Lettons ou des Ukrainiens aux exactions nazies est un problème extrêmement grave pour Staline parce qu’il signifie que les Lettons ou les Ukrainiens n’ont pas soutenu la grande patrie soviétique. Cela est un problème qui est immédiatement soulevé. Le comité de censure envoie des notes aux auteurs du Livre noir en disant « Attention, On insiste trop sur les collaborations ». Très vite, on utilise un argument un peu fallacieux : on dit que ce livre est un peu obscène, qu’il décrit trop les violences, qu’il est trop dur alors que l’objectif précisément du Livre noir et de décrire réellement ce qui est arrivé aux populations juives. Staline qui craint que les exactions commises contre les juifs soit un argument pour obtenir réparation.(Antoine Germa)

Sons diffusés :

  • Extraits du documentaire de Guillaume Ribotet Antoine Germa, Vie et Destin du Livre noir. La Destruction des Juifs d’URSS (2020) : Lettre d’un soldat envoyée à Ilya Ehrenbourg qui témoigne du déchainement de violence contre les juifs. Texte de Vassili Grossman dans laquelle il dresse liste les personnes massacrées. Texte de Vassili Grossman, un des premiers à découvrir Treblinka après génocide.
     
  • Archive – 29/04/1980 – France Culture – Extrait de l’émission Agora – Métamorphoses de la civilisation – Elie Wiesel parle de Staline et de son antisémitisme. 
  • Musique : Paul Robeson – Ol’ Man River (Showboat – 1936).

LE JOUR OÙ JE SUIS ALLÉ CHEZ LOUIS-FERDINAND CÉLINE

C’était précisément le 25 décembre 2017. J’avais fêté Noël à Montmartre, quartier où je me sens chez moi à chaque fois que j’y vais, car je sens l’âme des artistes que j’idolâtre depuis toujours imprégner chaque ruelle. Je suis passé devant le bateau-lavoir là où Picasso avait jadis installé son atelier. La maison de Renoir. L’appartement où Van Gogh a logé quelques temps. Et bien-sûr, rue Girardon, là où habita l’écrivain Louis-Ferdinand Céline avant de finir sa vie à Meudon.

Que l’on aime où pas Céline, il faut reconnaître qu’il a bouleversé les codes de la littérature française avec la publication de Voyage au bout de la nuit en 1932. Rien que l’incipit du roman vaut son pesant d’or : « Ça a débuté comme ça. Moi, j’avais jamais rien dit. Rien. C’est Arthur Ganate qui m’a fait parler. Arthur, un étudiant, un carabin lui aussi, un camarade ». Le mythe Céline était lancé.

À mes yeux, il demeure le plus grand écrivain de tous les temps. Avec sa gouaille semblable à nulle autre pareille. Attention, je ne cautionne pas ses pamphlets plus sombres, mais ça n’enlève pas le génie à son auteur.

Je me devais donc ce 25 décembre d’aller plus loin dans mon pèlerinage. C’était plus fort que moi. Il fallait que je me rende sur le dernier lieu de vie de l’écrivain maudit. Je suis arrivé au 25 ter route des Gardes à Meudon. Céline s’est éteint dans ce pavillon en 1961, mais sa femme y vivait toujours en 2017. Âgée de 105 ans, Lucette Destouches née Almansor, est consciente mais alitée. Le personnel soignant se relaye à son chevet jour et nuit pour l’assister. Moi j’arrive tout juste devant le portail vétuste, il fait un froid glacial. La grisaille dans le ciel me rappelle qu’on est bien le jour de Noël. À travers une des vitres de la maison, un sapin décoré scintille. Dans le jardin, rien ne semble avoir changé depuis l’époque où Céline y vivait. Et des vidéos de cette vieille demeure j’en ai visionné assez pour la reconnaître au premier coup d’œil. Il est loin le temps où on pouvait voir l’écrivain, vêtu de haillons, scrutant ceux qui venaient prendre des cours de danse avec Lucette.

Quelle émotion lorsque j’ai aperçu le portail ouvert ! J’ai imaginé mille fois sonner à la porte et qu’on m’ouvre pour monter voir Lucette. J’aurais tant aimé pouvoir échanger avec elle, sur cette vie d’errance au château de Singmaringen et sur le périple au Danemark pour fuir la prison avec Robert le Vigan, Céline et le chat Bébert. Sur l’écorché vif également avec qui elle a partagé sa couche. Elle m’en aurait tant raconté de ces années de péripéties. On aurait parlé de Marcel Aymé, Arletty et Michel Simon, leurs amis de toujours. Et puis de Sartre aussi, que Céline n’aimait pas et qu’il surnommait « l’agité du bocal ». J’aurais pu, après tout, puisque Paris Match est allé à la rencontre de Lucette la même année. Mais je n’ai pas osé déranger une vieille dame, fatiguée, usée, qui ne désirait peut-être pas recevoir de visite impromptue. Alors j’ai respecté sa quiétude. J’ai photographié avec mes yeux tout ce que je pouvais voir de loin et je suis parti.

Lucette décédera deux ans plus tard, pour rejoindre son Louis-Ferdinand, et plus rien ne les séparera désormais. Je ne les ai jamais rencontré. Je n’ai pas eu cette chance. Mais si vous voulez mon avis, les légendes ne meurent jamais.

PETITE CHARTE ORWELLIENNE

George Orwell demeure finalement assez mal connu en France, au-delà de ses célèbres romans 1984 et La Ferme des Animaux. En particulier on connaît assez mal ses autres romans, et son immense travail d’essayiste, de critique culturel, de pamphlétaire, de journaliste, d’homme engagé. Sa vie reste en ce sens également largement méconnue. A cet égard la référence biographique reste le travail de Bernard Crick.

Cette méconnaissance est la cause de multiples incompréhensions, mais aussi de récupérations à des fins politiciennes et idéologiques, ou tout simplement commerciales, parfois très éloignées de ses idéaux. Ce groupe a un double propos : 

1) Mieux connaître la vie et l’oeuvre de George Orwell dans le monde francophone. En plus des posts ponctuels, nous nous efforçons de constituer un fonds documentaire de référence en libre accès dans la section Fichiers : toutes contributions d’articles, vidéos téléchargeables, textes en français à propos ou d’Orwell sont les bienvenues, y compris d’ailleurs des commentaires/recensions de tout document orwellien de la part des membres du groupe.

2) Mais l’esprit n’est pas de tomber dans l’hagiographie béate – ce qu’il aurait certainement détesté. Orwell avec Huxley ont participé à une réflexion (toujours ouverte) sur l’évolution des formes de contrôle de certains groupes sur la population à travers l’appareil de l’Etat. 

3) Autour de George Orwell est donc un groupe de discussion sur les instruments dont groupes dominants de notre société se servent pour fabriques le consentement des masses, défendre leurs positions ou s’entre attaquer et attaquer et/ou dé-légitimer toute contestation. Le groupe se propose, donc, de passer en revue, dans notre actualité, les différents mécanismes de propagande, orientation du vote et/ou contrôle à l’oeuvre dans nos sociétés démocratiques.

Ainsi en adéquation avec le combat pour la défense de la liberté d’expression qui fut celui d’Orwell, les membres du groupe ont une entière liberté de publication et d’exprimer ainsi leurs idées ainsi que leur créativité, sans que cela soit forcément directement lié à Orwell. Les espaces de réelle liberté d’expression sont rares dans notre société, il semble naturel qu’un Groupe George Orwell en soit un.

Les attaques ad personam, les injures et les noms d’oiseaux douteux ne seront pas tolérés car indignes d’un débat d’idées. Le pluralisme des idées est encouragé. Mais toute publication devra respecter le thème du groupe.

Enfin petite précision : ce groupe avait lancé un sous-groupe entièrement dédié à George Orwell « George Orwell, une oeuvre, une vie ». L’administrateur ayant été arbitrairement « vaporisé » par Facebook cette page est malheureusement bloquée. Le seul groupe orwellien francophone actif et résilient est donc celui.

Aux femmes et aux hommes du futur !

Amitiés orwelliennes. 

Nous sommes solitude. Nous pouvons, il est vrai, nous donner le change et faire comme si cela n’était pas. Mais c’est tout. Comme il est préférable que nous comprenions que nous sommes solitude ; oui : et partir de cette vérité !

Rentrer en soi-même et ne rencontrer personne pendant des heures – voilà ce à quoi il faut parvenir. Être solitaire comme on était solitaire enfant ..[…] il n’y a qu’une solitude, et cette solitude-là est grande et n’est pas facile à porter ; presque tous connaissent des heures où ils aimeraient l’échanger contre une quelconque communauté, si banale et de si peu de prix fût-elle, contre le semblant d’un piètre accord avec le premier venu, avec le moins digne… Mais c’est peut-être justement en ce heures que la solitude croît ; car sa croissance est douloureuse comme la croissance des garçons, et triste comme les débuts de printemps. Mais cela ne doit pas vous égarer. Ce qui fait défaut, ce n’est jamais que ceci, la grande solitude intérieure. Rentrer en soi-même et, des heures durant, ne rencontrer personne – voilà ce qu’il faut pouvoir atteindre. Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke

« Ayant quitté tout à fait la littérature, je ne songeai plus qu’à mener une vie tranquille et douce, autant qu’il dépendrait de moi. Seul je n’ai jamais connu l’ennui, même dans le plus parfait désoeuvrement: mon imagination, remplissant tous les vides, suffit seule pour m’occuper. Il n’y a que le bavardage inactif de chambre, assis les uns vis à vis des autres à ne mouvoir que la langue, que jamais je n’ai pu supporter. Quand on marche, qu’on se promène, encore passe; les pieds et les yeux font au moins quelque chose; mais rester là, les bras croisés, à parler du temps qu’il fait et des mouches qui volent, ou, qui pis est, à s’entre faire des compliments, cela m’est un supplice insupportable.[…]C’est surtout dans la solitude qu’on sent l’avantage de vivre avec quelqu’un qui sait penser. […]

La chose que je regrette le plus dans les détails de ma vie dont j’ai perdu la mémoire est de n’avoir pas fait des journaux de voyages. Jamais je n’ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j’ose ainsi dire, que dans ceux que j’ai fait seul et à pied. […] Moi, seul. Je sens mon cœur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j’ai vu ; j’ ose croire n’être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m’a jeté, c’est ce dont on ne peut juger qu’après m’avoir lu. Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra ; je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement : Voilà ce que j’ai fait, ce que j’ai pensé, ce que je fus. J’ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n’ai rien tu de mauvais, je n’ai rien ajouté de bon[…]. » 

Les Confessions( Morceaux choisis), Jean-Jacques Rousseau, 1765.


Extrait du vertigineux discours du « Grand Inquisiteur » par Dostoïevski – chapitre contenu dans son roman de 1880, Les Frères Karamazov. 

Soixante-dix ans plus tard, George Orwell s’en est inspiré dans 1984 et fait le lien entre le Grand Inquisiteur et Big Brother. Et en 1957, Albert Camus en a fait la thèse centrale de son discours de réception du prix Nobel de littérature. 

Toute ressemblance avec des événements actuels n’est évidemment pas fortuite. 

« Tu veux aller dans le monde et tu y vas les mains vides, en prêchant aux hommes une liberté à laquelle, dans leur simplicité, dans leur anarchie originelles, ils ne peuvent même pas donner un sens, une liberté dont ils ont peur, qui les effraie – car rien, jamais, ni pour la société humaine, ni pour l’homme n’a été plus insupportable que la liberté […] 

Chez nous, chacun sera heureux, personne ne se rebellera, personne ne s’entretuera plus à tout bout de champ. Oh, nous arriverons à les convaincre qu’ils ne deviendront libres qu’au moment où ils renonceront pour nous à leur liberté et ils se soumettront. Eh quoi, ce que nous leur dirons, ce sera juste ou ce sera un mensonge ? Ils comprendront eux-mêmes que nous avons raison car ils se rappelleront jusqu’à quelles horreurs de trouble la liberté aura pu les pousser. La liberté, la liberté de l’esprit, la science les conduiront jusqu’à de tels labyrinthes, les placeront devant de tels miracles, de tels mystères inexpliqués, que quelques-uns d’entre eux, les insoumis et les farouches, s’élimineront eux-mêmes, les autres, insoumis mais plus faibles, s’élimineront les uns les autres, et les troisièmes, ceux qui seront restés, les faibles et les malheureux, ramperont à nos pieds en criant : « Oui, vous aviez raison, vous étiez seuls à détenir le mystère, nous revenons vers vous, sauvez-nous de nous-mêmes. » […] Le troupeau se réunira encore une fois, et il se soumettra encore, et, cette fois, ce sera pour toujours. Alors, nous leur donnerons un bonheur calme et humble, le bonheur des créatures sans force, telles qu’elles ont été créées. Oh, nous finirons bien par les convaincre de renoncer à l’orgueil, nous leur prouverons qu’ils sont faibles, qu’ils ne sont que de pauvres enfants, mais que le bonheur de l’enfant est le plus doux des bonheurs. Ils deviendront craintifs, ils nous regarderont, ils se presseront vers nous comme des poussins vers la poule couveuse. Nous les émerveillerons et nous les effraierons, et nous serons leur orgueil, d’être si forts et si intelligents, d’avoir pu ainsi dompter cet innombrable troupeau de rebelles. Ils frissonneront sans défense devant notre colère, leur esprit sera pris de terreur, leurs yeux deviendront larmoyants, comme ceux des enfants et des femmes, mais ils passeront tout aussi facilement, au premier signe que nous ferons, au rire et à la joie, à la gaieté radieuse, aux chansonnettes heureuses de l’enfance. Oui, nous les forcerons à travailler, mais, aux heures que le travail laissera libres, nous leur ferons une vie qui sera un jeu d’enfant, avec des chansons enfantines, avec un chœur, des danses innocentes. Oh, nous leur permettrons même le péché, ils sont faibles et sans force, et ils nous aimeront comme des enfants de leur permettre le péché. Nous leur dirons que tout péché sera racheté s’il est commis avec notre permission ; et si nous leur donnons cette permission de pécher, c’est que nous les aimons, et que, la punition, soyons grands princes, nous la prendrons sur nous. Et nous la prendrons bien sur nous, cette punition, et, eux, ils nous vénéreront comme des bienfaiteurs qui se seront chargés de leurs péchés. Et ils n’auront jamais aucun secret pour nous. Nous leur donnerons ou non la permission de vivre avec leurs femmes et leurs maîtresses, d’avoir ou de ne pas avoir des enfants – selon qu’ils seront obéissants –, et, eux, ils nous seront soumis, avec gaieté et avec joie. Toutes les ténèbres les plus mystérieuses de leur conscience, tout, ils nous porteront tout, et nous résoudrons tout, et, eux, ils auront foi en notre décision, et ce sera une foi joyeuse, car elle les dispensera de ce souci terrible et de ces douleurs effrayantes qu’ils supportent aujourd’hui d’avoir à décider à titre libre et personnel. Et tous serons heureux. »

′′ Je sais que je ne sais pas ce que je ne sais pas ; j’envie ceux qui en sauront plus que moi, mais je sais aussi qu’ils devront mesurer, peser, déduire et se méfier de leurs déductions exactement comme moi, et voir dans la fausse partie du vrai, et prendre en compte dans le vrai la mixtion éternelle du faux. Je n’ai jamais attrapé une idée par crainte de l’abandon où je tomberais sans elle. Ne jamais aligner un vrai fait avec la sauce du mensonge, pour me rendre sa digestion plus facile.

J ‘ ai rêvé de mes rêves ; je ne prétends pas que ce soient des rêves. J ‘ ai bien gardé de faire de vérité une idole, préférant lui laisser son nom le plus humble d’exactitude. Mes triomphes et mes risques ne sont pas ceux qu’on croit ; il existe des gloires autres que la gloire et des feux de joie autres que le feu de joie. Je suis presque arrivé à me méfier des mots. Je vais mourir un peu moins bête que je ne suis né. »

Marguerite Yourcenar

« L’Étranger » raconte la méchanceté du quotidien, l’ambivalence du soleil, la tendre indifférence du monde et la folie des hommes, sacrifiant sur l’étal de leurs certitudes celui qui, parce qu’il ne sait pas mentir ni pleurer, ne leur ressemble pas.

Thomas Mann est mort le 12 août 1955. Plus de 10 ans après cette disparition, Marguerite Yourcenar décrivait l’auteur de « La montagne magique » et de « Mort à Venise » comme une importante source d’inspiration.

′′ Je sais que je ne sais pas ce que je ne sais pas ; j’envie ceux qui en sauront plus que moi, mais je sais aussi qu’ils devront mesurer, peser, déduire et se méfier de leurs déductions exactement comme moi, et voir dans la fausse partie du vrai, et prendre en compte dans le vrai la mixtion éternelle du faux. Je n’ai jamais attrapé une idée par crainte de l’abandon où je tomberais sans elle. Ne jamais aligner un vrai fait avec la sauce du mensonge, pour me rendre sa digestion plus facile.

J ‘ ai rêvé de mes rêves ; je ne prétends pas que ce soient des rêves. J ‘ ai bien gardé de faire de vérité une idole, préférant lui laisser son nom le plus humble d’exactitude. Mes triomphes et mes risques ne sont pas ceux qu’on croit ; il existe des gloires autres que la gloire et des feux de joie autres que le feu de joie. Je suis presque arrivé à me méfier des mots. Je vais mourir un peu moins bête que je ne suis né. »

Marguerite Yourcenar

La Compagnie des auteurs fait sa rentrée avec Stefan Zweig, écrivain, poète, dramaturge, traducteur et biographe. Retour sur la vie de celui qui fut, de Vienne au Brésil, le témoin des bouleversements de son temps. 

« L’Ecume des jours », Boris Vian 

Un titre léger et lumineux qui annonce une histoire d’amour drôle ou grinçante, tendre ou grave, fascinante et inoubliable, composée par un écrivain de vingt-six ans. C’est un conte de l’époque du jazz et de la science-fiction, à la fois comique et poignant, heureux et tragique, féerique et déchirant. Dans cette œuvre d’une modernité insolente, livre culte depuis plus de cinquante ans, Duke Ellington croise le dessin animé, Sartre devient une marionnette burlesque, la mort prend la forme d’un nénuphar, le cauchemar va jusqu’au bout du désespoir.

Mais seules deux choses demeurent éternelles et triomphantes : le bonheur ineffable de l’amour absolu et la musique des Noirs américains…

Stefan Zweig, debout, avec son frère , vers 1900 à Vienne.• Crédits :  Wiki / Kunst Salon Pictzner

Stefan Zweig, né en 1881, grandit à Vienne dans une famille bourgeoise. C’est vers 19 ans, alors qu’il effectue des études d’histoire, de philosophie et de littérature qu’il commence à écrire et, en 1901, il publie son premier recueil de poésie intitulé Les Cordes d’argent. Après avoir soutenu sa thèse consacrée à Taine en 1904 et obtenu le titre de docteur en philosophie, Zweig parcourt l’Europe puis se rend en Inde, aux États-Unis et au Canada, voyages dont il tire des chroniques publiées dans le Frankfurter Zeitung. Zweig continue à publier et se lie à de nombreux intellectuels qui partagent ses idéaux paneuropéens. Son enrôlement dans les services de propagande pendant la Première Guerre Mondiale le conforte dans son pacifisme. Déjà l’auteur de nombreux ouvrages, c’est avec la nouvelle Amok publiée en 1922 que Zweig rencontre le succès. Contraint à fuir l’Autriche dès 1934 dans le contexte de la montée du nazisme, il se réfugie à Londres puis au Brésil, où il se suicide le 22 février 1942.

Quelle fut la vie de celui qui écrivit si souvent celle des autres ? Pour cette première émission, Catherine Sauvat, journaliste et écrivain, auteur d’une biographie de Stefan Zweig publiée chez Gallimard et de Stefan Zweig et Vienne aux éditions du Chêne, retrace l’itinéraire de cet humaniste européen.

A 15h30, c’est l’heure de la compagnie des revues avec la chronique de Pierre Krause du site Babelio, qui nous parle de la rentrée littéraire et de ses tendances, ainsi que de littérature étrangère.

Considérée comme l’œuvre majeure de Fernando Pessoa, Le Livre de l’Intranquillité  était paru aux Éditions Bourgois pour la première fois en 1988, pour le premier volume, et en 1992 pour le second, dans une traduction de Françoise Laye. 

En 1993, Françoise Laye était l’invitée d’Etienne Valles dans Un livre des voix à l’occasion de la parution de ce second volume. Ce Livre de l’Intranquillité, dont la traduction du titre avait été contestée par certains, est depuis paru dans une nouvelle traduction sous le titre Livre(s) de l’inquiétude… Le mot livre étant cette fois suivi d’un « s » entre parenthèses. 

Un livre, des voix… Le Livre de l’Intranquillité de Fernando Pessoa par Etienne Valles, avec Françoise Laye et des extraits lus par Philippe Caulet

George Woodcock, critique littéraire, historien et anarchiste, a eu un accès privilégié à la complexe histoire personnelle de George Orwell, dont il fut un ami proche. Rassemblant souvenirs, lettres et divers témoignages, cette biographie situe l’œuvre d’Orwell dans son contexte personnel, politique et littéraire. Elle offre une perspective à la fois intimiste et documentée sur la vie et les écrits de cet esprit libre, ne faisant l’impasse sur aucun des paradoxes qui habitent l’une et l’autre.

Alors que George Orwell est remis au goût du jour tant à gauche qu’à droite, et que prolifèrent les fake news, la novlangue et de nouvelles formes de contrôle technoscientifiques, cette biographie littéraire – la seule à avoir été écrite de première main – arrive à point nommé. Par l’élégance de son écriture et l’accès privilégié qu’il offre à son sujet, Woodcock brosse ici un portrait inédit de celui qui fut bien plus que l’auteur de la dystopie 1984.

La version originale de ce livre, The Crystal Spirit. A Study of George Orwell, a reçu le Prix littéraire du gouverneur général en 1966.

Christopher Hitchens

Visionnaire hors du commun, Orwell révèle tous ceux qui se frottent à lui. Que certains gauchistes le traitent de « réac » et voilà qu’ils laissent apparaître sous leur plume une trouble fascination envers les systèmes répressifs. Qu’une universitaire féministe le raille pour son « conservatisme sexuel » et voila qu’on découvre au hasard de ses lettres, de ses articles ou de ses journaux une attention à la condition féminine bien en avance sur son temps. Un voyage dans l’un des univers littéraires les plus originaux du siècle dernier : Aujourd’hui encore, la pensée d’Orwell n’a rien perdu de sa pertinence et de son indépendance, à notre époque où les débats politiques se résignent au consensus. Or face au nouveau fascisme du terrorisme et de sa contrepartie étatique, la pensée libertaire est un réconfort et une arme. Ce n’est pas une biographie sur Orwell, mais une réflexion iconoclaste sur son oeuvre : Hitchens ne signe pas là une biographie « à l’américaine », l’énorme pavé fourmillant de détails personnels, mais une réflexion alerte, iconoclaste et documentée. On n’en attendait pas moins de l’essayiste et journaliste qui, entre autres, n’a pas eu peur de s’attaquer aux néo-bondieuseries à la Mère Teresa…

Des ramblas à la Barceloneta, en passant par le barrio Gótico, il règne à Barcelone une atmosphère chaleureuse et bouillonnante. C’est une effervescence toute autre qui attend George Orwell lorsqu’il arrive en Catalogne à l’hiver 1936. En pleine guerre civile, l’écrivain s’engage aux côtés des Républicains. De cette expérience douloureuse naît une œuvre culte : “Hommage à la Catalogne”. »

′′ Toute explication lucide m’a toujours convaincu, toute courtoisie me conquête, tout bonheur me donne presque toujours la santé mentale. Et je n’écoutais qu’à moitié les bien intentionnés qui disent que le bonheur détend, que la liberté rebondit, que l’humanité corrompt ceux qui s’exercent. Peut-être ; mais dans l’état actuel du monde, cela signifie ne pas vouloir nourrir un homme exanime par peur qu’il souffre de pléthore dans quelques années. Lorsque nous aurons soulagé le mieux possible les serviettes inutiles et évité les malheurs inutiles, nous aurons toujours, pour maintenir tendues les vertus héroïques de l’homme, la longue série de vrais maux, la mort, la vieillesse, les maladies incurables, l’amour non partagé, la amitié rejetée ou vendue, la médiocrité d’une vie moins vaste que nos projets et plus opaque que nos rêves ; tous les malheureux causés par la nature divine des choses. »

Marguerite Yourcenar

Mémoires d’Adriano

 c’est une tâche difficile que de classer Orwell strictement au sein du socialisme. Car le Britannique était trop révolutionnaire pour être social-démocrate, trop démocrate et libertaire pour être communiste et trop pragmatique pour être anarchiste, malgré une réelle sympathie, presque de l’admiration, pour ce dernier mouvement. Ce qui ressort le plus dans le socialisme de George Orwell – et de ceux qui s’en réclament, de Jaime Semprun à Christopher Lasch, en passant par Bruce BégoutNoam Chomsky, Jean-Claude Michéa ou encore Simon Leys –, c’est l’attachement aux « gens ordinaires », antithèses des « gens totalitaires », et qui se caractérisent par leur envie de vie simple.]

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E

Orwell et le socialisme des gens ordinaires

PAR KÉVIN « L’IMPERTINENT » BOUCAUD-VICTOIRE LE 19 JANVIER 2015 • ( 4 COMMENTAIRES )Il y a presque soixante-cinq ans décédait Eric Arthur Blair, plus connu sous le pseudonyme de George Orwell. Alors qu’il a été probablement le plus grand écrivain politique du XXe siècle, l’Anglais reste encore très mal connu, prisonnier de ses deux chefs-d’œuvre : « La Ferme des animaux » (« Animal Farm », 1945) et surtout « 1984 » (1949). Nous avons décidé pour l’occasion de revenir sur la pensée politique de cet « homme presque génial », pour reprendre les mots de son plus grand biographe, Bernard Crick[i].

 « Tout ce que j’ai écrit de sérieux depuis 1936 a été écrit, directement ou indirectement, et jusque dans la moindre ligne, contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique », expliquait George Orwell en 1946[ii]. Pourtant, si son antitotalitarisme est largement connu, sa pensée socialiste reste encore occultée. En France, le philosophe Jean-Claude Michéa a réussi à populariser dans son premier essai le terme « anarchiste conservateur »[iii] pour le qualifier. L’un de ses principaux biographes, le Belge Simon Leys, décédé en août 2014, relève qu’« anarchiste conservateur » est « certainement la meilleure définition de son tempérament politique »[iv], car il reflète parfaitement son refus de toute hiérarchie, ainsi que son attachement aux valeurs traditionnelles. Cependant, cette boutade utilisée par George Orwell lui-même pour se définir durant sa jeunesse ne reflète pas exactement ses positions politiques. D’ailleurs, à partir de 1936, quand la pensée politique de l’écrivain s’affine complètement, il ne se décrit plus que comme « socialiste » défendant la common decency, une société « libre, égale et décente ».

Mais, c’est une tâche difficile que de classer Orwell strictement au sein du socialisme. Car le Britannique était trop révolutionnaire pour être social-démocrate, trop démocrate et libertaire pour être communiste et trop pragmatique pour être anarchiste, malgré une réelle sympathie, presque de l’admiration, pour ce dernier mouvement. Ce qui ressort le plus dans le socialisme de George Orwell – et de ceux qui s’en réclament, de Jaime Semprun à Christopher Lasch, en passant par Bruce BégoutNoam Chomsky, Jean-Claude Michéa ou encore Simon Leys –, c’est l’attachement aux « gens ordinaires », antithèses des « gens totalitaires », et qui se caractérisent par leur envie de vie simple.

« Les petites gens ont eu à subir depuis si longtemps les injustices qu’elles éprouvent une aversion quasi instinctive pour toute domination de l’homme sur l’homme. » George Orwell

Un socialisme du vécu anti-théorique

 Comme le notent les philosophes Alice Holt et Clarisse Zoulim, le socialisme de George Orwell présente les mêmes bases que celui de la philosophe Simone Weil, notamment un attachement à « l’expérience directe » et des idées « caractérisées par la reprise et le remodelage de thèmes traditionnellement de droite »[v].

Jeune, il est pensionnaire à la preparatory school de Saint-Cyprien, une expérience qu’il raconte dans un court récit en 1947 (Such, Such were the Joys). Bien qu’il y obtint de bons résultats, il décrit cette expérience comme un « épouvantable cauchemar », qui fait naître en lui un sentiment de révolte et lui a fait découvrir le mépris de classe. Il est par la suite boursier au collège Eton, la plus réputée des public schools (école privée au Royaume-Uni). Bien qu’appréciant sa scolarité, Orwell ne s’intéresse que très peu à ses études et ses résultats sont médiocres. Il s’y passionne cependant pour la littérature et la poésie – être écrivain a toujours été son rêve – et pour la politique, même s’il admet par la suite que son engagement relevait plus de la posture [vi].

Son engagement au service de l’Empire britannique en Birmanie – qui lui inspire Une histoire birmane (Burmese Days, 1937) –, quelques années plus tard, le dégoûte à jamais du colonialisme et de l’oppression. Par la suite, ses excursions dans les bas-fonds de la société auprès des vagabonds – qu’il raconte dans Dans la dèche à Paris et à Londres (Down and out in Paris and London, 1933) – et ses rencontres avec le prolétariat – dont il parle dans Le Quai de Wigan (The Road to Wigan Pier, 1937) – le convertissent au socialisme et le transforment en avocat des « gens ordinaires ». Pour finir, la guerre d’Espagne – sujet de son Hommage à la Catalogne (Homage to Catalonia, 1938) – lui prouve que le socialisme est bien une réalité et pas une utopie, mais surtout lui fait prendre conscience de l’horreur du totalitarisme.

«Le révolutionnaire s’active pour rien s’il perd contact avec la décence ordinaire humaine. » George Orwell

De plus, George Orwell se considère avant tout comme un écrivain, et non comme un militant politique[vii] – Bernard Crick ou Simon Leys relèvent tous les deux que l’Anglais va même jusqu’à écrire qu’il a « horreur de la politique ». Son œuvre et son socialisme sont donc littéraires et anti-théoriques. C’est pour cela qu’il cite bien plus volontiers ses confrères britanniques H.G. WellsJames JoyceJonathan SwiftGilbert Keith ChestertonHenry MillerD.H. Lawrence ou encore Charles Dickens – et ce même s’ils n’appartiennent pas nécessairement à sa famille politique[viii] –, plutôt que Karl Marx, Jean Jaurès, BakounineAntonio Gramsci, Lénine ou Rosa Luxemburg. Pourtant, bien qu’anti-théorique, sa pensée politique repose sur un concept dont il a le monopole : la common decency, traduit en français par « décence commune » ou « décence ordinaire ».

Common decency contre « homme nouveau »

 Dans un ouvrage intitulé De la décence ordinaire[ix], le philosophe Bruce Bégout définit la common decency orwellienne comme « la faculté instinctive de percevoir le bien et le mal ». Il ajoute qu’« elle est même plus qu’une simple perception, car elle est réellement affectée par le bien et le mal » et qu’elle correspond « à un sentiment spontané de bonté qui est, à la fois, la capacité affective de ressentir dans sa chair le juste et l’injuste et une inclination naturelle à faire le bien. » Ces vertus ne sont pourtant pas des vertus théoriques ou fantasmées qui tombent du ciel. Pour Orwell, la common decency provient de la pratique ordinaire de l’entraide, de la confiance mutuelle et des liens sociaux minimaux mais fondamentaux. La décence des classes populaires vient donc de la banalité de leur quotidien, tandis que les classes supérieures (bourgeoisie et petite bourgeoisie, notamment intellectuelle) se caractérisent par leur pratique du pouvoir et de la domination (économique ou culturelle). La common decency est également un sentiment défensif de réaction face à l’oppression. George Orwell écrit d’ailleurs : « Les petites gens ont eu à subir depuis si longtemps les injustices qu’elles éprouvent une aversion quasi instinctive pour toute domination de l’homme sur l’homme.  »  L’écrivain n’idéalise pas pour autant les classes populaires. D’abord parce que, selon lui, la common decency n’est pas une immunité contre le mal, mais c’est avant tout un ensemble de valeurs éthiques propres à une communauté, sans caractère réellement universel. Ensuite, parce qu’elle ne relève que du vécu, la common decency est apolitique. C’est ce qui explique que les gens ordinaires peuvent facilement se laisser avoir par les régimes fascistes. Pourtant, vu que ce sont eux les premières victimes de ces régimes, ils n’y adhèrent jamais entièrement – contrairement aux intellectuels – et y deviennent même rapidement hostiles.

Si la common decency est si centrale chez Orwell, c’est que, pour lui, elle devrait être le fondement de toute société socialiste. Opposé à tout projet utopique, il pense que le rôle des socialistes doit être d’œuvrer pour un monde meilleur, mais surtout pas un monde parfait ou un « paradis terrestre ». Ainsi, il est réticent à la création d’un « homme nouveau » voulue par le marxisme, estimant que le rôle du socialisme doit être de changer les conditions de vie des hommes, mais pas de changer les hommes eux-mêmes. Enfin, pour Orwell, la common decency est le seul moyen de toucher le peuple et « le révolutionnaire s’active pour rien s’il perd contact avec la décence ordinaire humaine »[x].

Pour un socialisme réellement populaire

La volonté de s’appuyer sur la common decency donne au socialisme d’Orwell une série de caractéristiques. D’abord, le socialisme ne doit pas faire « table rase du passé », mais s’appuyer sur les modes de vie et traditions en place. Il doit donc être patriote. Il  définit même son socialisme comme un « patriotisme révolutionnaire ». Pour l’écrivain, « le patriotisme n’a rien à voir avec le conservatisme. Bien au contraire, il s’y oppose, puisqu’il est essentiellement une fidélité à une réalité sans cesse changeante et que l’on sent pourtant mystiquement identique à elle-même. »[xi] Selon lui, « la théorie selon laquelle « les prolétaires n’ont pas de patrie », […] finit toujours par être absurde dans la pratique »[xii]. De plus, il considère que la volonté d’être libre ne peut provenir que d’un attachement aux lieux, aux êtres ou aux manières de vivre, et c’est pour cela qu’« aucun révolutionnaire authentique n’a jamais été internationaliste. » Il ne faut cependant pas se tromper, le patriotisme orwellien reste profondément attaché à l’idée de solidarité internationale et s’oppose  au nationalisme – qu’il a combattu arme en main lors de la guerre civile espagnole –, incompatible avec la common decency et qui est, pour lui, « indissociable de la soif de pouvoir. » Il ajoute également : « Le souci constant de tout nationaliste est d’acquérir plus de pouvoir et de prestige non pour lui-même mais pour la nation ou l’entité au profit de laquelle il a choisi de renoncer à son individualité propre. »[xiii]

« Les socialistes ont assez perdu de temps à prêcher des convertis. Il s’agit pour eux, à présent, de fabriquer des socialistes, et vite. » George Orwell

Autre point de rupture avec le socialisme dominant : la question du progrès et de la technique. Alors que le marxisme traditionnel considère l’histoire comme linéaire, et donc le capitalisme (ainsi que l’industrialisation et le machinisme qui l’accompagnent) comme un progrès devant lui-même être dépassé, Orwell propose une autre version. Il explique dans Le Quai de Wigan : « Seule notre époque, l’époque de la mécanisation triomphante, nous permet d’éprouver réellement la pente naturelle de la machine, qui consiste à rendre impossible toute vie humaine authentique. »

 Loin des doctrines intellectuellement sophistiquées, le socialisme d’Orwell est simple. Il se résume à « la propriété centralisée des moyens de production, plus la démocratie politique »[xiv] et l’opposition « à toute forme de domination de l’homme par l’homme » (Le Quai de Wigan), sans pour autant que la petite propriété privée ne soit supprimée. D’après Orwell, « tout être capable de se servir de son cerveau voit bien que le socialisme, en tant que système appliqué sans réticence à l’échelle mondiale, offre une issue à nos maux. Le socialisme nous garantirait au moins de quoi manger, même s’il venait à nous priver de tout le reste. En un sens, le socialisme est si conforme au bon sens le plus ­élémentaire que je m’étonne parfois qu’il n’ait pas déjà triomphé. »

L’écrivain constate cependant que le fascisme réussit à lever les foules, quand « le socialisme tel qu’il se présente actuellement attire principalement les esprits médiocres, voire inhumains ». La raison pour lui est simple : les intellectuels, qui se caractérisent par leur indécence, y tiennent le haut du pavé. Il reproche à ceux qu’il qualifie de « bolcheviks de salon » une radicalité d’apparence qui ne trompe pas les classes populaires. L’Anglais déplore dans Le Quai de Wigan que « le petit-bourgeois inscrit au Parti travailliste indépendant et le barbu buveur de jus de fruits [soient] tous deux pour une société sans classe, tant qu’il leur est loisible d’observer le prolétariat par le petit bout de la lorgnette ». Il poursuit : « Offrez-leur l’occasion d’un contact réel avec le prolétariat […] et vous les verrez se retrancher dans le snobisme de classe moyenne le plus conventionnel. »

« Si Orwell plaidait pour qu’on accorde la priorité au politique, c’était seulement afin de mieux protéger les valeurs non politiques. » Bernard Crick

Pour contrer ce problème, l’écrivain souhaite que le socialisme sorte de la logique politicienne pour devenir enfin populaire. Dans Le Quai de Wigan, il alerte ainsi : « Les socialistes ont assez perdu de temps à prêcher des convertis. Il s’agit pour eux, à présent, de fabriquer des socialistes, et vite. » Selon lui, les socialistes doivent rassembler les classes populaires, des prolétaires aux classes moyennes – des petits boutiquiers aux fonctionnaires –, en passant par les paysans. C’est pour cela que dans Le Quai de Wigan, il plaide pour un Front populaire capable d’accueillir « tous ceux qui courbent l’échine devant un patron ou frissonnent à l’idée du prochain loyer à payer » afin de former « une ligue des opprimés contre les oppresseurs ».

L’écrivain ne fait cependant pas qu’énoncer de grands principes. Dans Le Lion et la Licorne, – qui, comme le rappelle Simon Leys, constitue « son manifeste politique le plus complet et le plus explicite » –, il propose également un programme en six points, dont trois nationaux (nationalisation des terres, mines, chemins de fer, banques et grandes industries ; limitation des revenus sur une échelle de un à dix ; démocratisation de l’éducation) et trois internationaux (indépendance de l’Inde ; formation d’un Conseil avec représentation des « personnes de couleur » ; alliances avec la Chine, l’Abyssinie et toutes les nations en proie aux fascismes). Toujours dans sa volonté de rallier les petites gens, il explique à propos de ce programme : « Délibérément, je n’y fais figurer aucun objectif que l’individu le plus simple ne puisse comprendre et dont il ne puisse saisir immédiatement la signification. »

Des mineurs de Wigan.

Le socialisme des gens ordinaires de George Orwell apparaît d’abord comme un socialisme radical et anti-dogmatique, qui pourrait être rangé du côté des socialismes pré-marxistes. Le double aspect à la fois révolutionnaire et conservateur n’est d’ailleurs pas sans rappeler Pierre-Joseph Proudhon[xv]. Mais le définir précisément est secondaire, car au fond, le socialisme de George Orwell est anti-politique : c’est avant tout un appel à la solidarité et à la défense des vraies valeurs humaines. D’ailleurs, Bernard Crick résumait ainsi : « Si Orwell plaidait pour qu’on accorde la priorité au politique, c’était seulement afin de mieux protéger les valeurs non politiques. »

Nos Desserts :

Notes :

[i] Bernard Crick, George Orwell: A life, 1980 (trad. George Orwell, Éditions Balland, 1983)

[ii] George Orwell, Pourquoi j’écris (1946), Repris dans Dans le ventre de la baleine, et autres essais, Ivrea, 2005

[iii] Jean-Claude Michéa, Orwell, anarchiste tory, Castelnau-le-Lez, Éditions Climats, 1995

[iv] Simon Leys, Orwell ou l’horreur de la politique, Hermann, 1984 ; Plon, 2006

[v] Holt Alice et Zoulim Clarisse, « À la recherche du socialisme démocratique » La pensée politique de George Orwell et de Simone WeilEsprit, 2012/8 Août/septembre, p. 69-91. En ligne ici (payant)

[vi] Dans Le Quai de Wigan, il explique : « À dix-sept, dix-huit ans, j’étais à la fois un petit snob poseur et un révolutionnaire. J’étais contre toute autorité […] Je n’hésitais pas à me parer de la qualité de « socialiste », mais je n’avais pas grand-chose du contenu réel du socialisme et il m’était toujours impossible de me représenter les ouvriers comme des êtres humains. […] J’ai l’impression d’avoir passé une moitié de mon temps à vilipender le système capitaliste, et l’autre moitié à ­pester contre les receveurs d’autobus. » Voir Le Quai de Wigan (The Road to Wigan Pier), 1937, traduction Éditions Ivréas, 1999

[vii] Selon Simon Leys, « la littérature fut toujours le premier de ses soucis. » Orwell explique de son côté : « Il me serait impossible de poursuivre la rédaction d’un livre, ou même simplement d’un long article, si cette tâche ne constituait aussi une expérience esthétique. » Voir George Orwell, Pourquoi j’écris (1946), Repris dans Dans le ventre de la baleine, et autres essais, Éditions Ivrea, 2005

[viii] A ce propos, il écrit : « Le péché mortel est de dire : « X… est un ennemi politique, donc c’est un mauvais écrivain. » » Voir Essais, articles et lettres, volume II, Éditions Ivrea & Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, 1995-2001, traduction due à Anne Krief, Bernard Pecheur et Jaime Semprun

[ix] Bruce Bégout, De la décence ordinaire. Court essai sur une idée fondamentale de la pensée politique de George Orwell,  Allia, 2008

[x] George Orwell, La révolte intellectuelle (1946). Repris dans George Orwell, Écrits politiques (1928-1949)Sur le socialisme, les intellectuels & la démocratie, Agone, 2009, trad. Bernard Hoepffner

[xi] George Orwell, Le lion et la licorne : socialisme et génie anglais (1940). Repris dans Dans le ventre de la baleine, et autres essais, Ivrea, 2005

[xii] George Orwell, Notes en chemin (1940). Repris dans George Orwell, Écrits politiques (1928-1949)Sur le socialisme, les intellectuels & la démocratie, Agone, 2009, trad. Bernard Hoepffner

[xiii] George Orwell, Notes sur le nationalisme. Voir Essais, articles et lettres, volume III, Éditions Ivrea & Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, 1995-2001

[xiv] George Orwell, La liberté périra-t-elle avec le capitalisme ? (1941). Repris dans George Orwell, Écrits politiques (1928-1949)Sur le socialisme, les intellectuels & la démocratie, Agone, 2009, trad. Bernard Hoepffner

[xv] Rappelons que l’anarchiste français écrivait : « Qui dit donc révolution dit nécessairement progrès, dit par-là même conservation. » Voir Pierre-Joseph Proudhon, Toast à la révolution, 1848

Christopher Hitchens

Visionnaire hors du commun, Orwell révèle tous ceux qui se frottent à lui. Que certains gauchistes le traitent de « réac » et voilà qu’ils laissent apparaître sous leur plume une trouble fascination envers les systèmes répressifs. Qu’une universitaire féministe le raille pour son « conservatisme sexuel » et voila qu’on découvre au hasard de ses lettres, de ses articles ou de ses journaux une attention à la condition féminine bien en avance sur son temps. Un voyage dans l’un des univers littéraires les plus originaux du siècle dernier : Aujourd’hui encore, la pensée d’Orwell n’a rien perdu de sa pertinence et de son indépendance, à notre époque où les débats politiques se résignent au consensus. Or face au nouveau fascisme du terrorisme et de sa contrepartie étatique, la pensée libertaire est un réconfort et une arme. Ce n’est pas une biographie sur Orwell, mais une réflexion iconoclaste sur son oeuvre : Hitchens ne signe pas là une biographie « à l’américaine », l’énorme pavé fourmillant de détails personnels, mais une réflexion alerte, iconoclaste et documentée. On n’en attendait pas moins de l’essayiste et journaliste qui, entre autres, n’a pas eu peur de s’attaquer aux néo-bondieuseries à la Mère Teresa…

Shinoda Tōkō 篠田 桃紅 (March 28,1913 – ).

Tōkō Shinoda est reconnue comme l’une des plus grands peintres japonais du XXe siècle.

Tōkō aime les traits d’encre “Sumi” gris et noir sur fond blanc. Elle fabrique son encre dans son atelier. Le respect des relations spatiales est évident dans son travail sophistiqué, profondément japonais. 

Tōkō a commencé à réaliser des lithographies dans les années 1960, et son travail est devenu plus disponible à l’étranger. La lithographie se prête bien à son style : l’artiste peut peindre au pinceau directement sur la plaque ou la pierre et peut donc être aussi spontanée que dans ses peintures. 

En 2018, Tōkō Shinoda a105 ans, et vit et travaille toujours à Tōkyō. Son travail fait partie des collections permanentes de nombreux musées partout dans le monde. 

[ reading: 

-Takashina, Shuji. Okada, Shinoda, and Tsukata: Three Pioneers of Abstract Painting in 20th Century Japan. Washington: Phillips Collection, 1979.

-Tolman, Mary and Tolman, Norman. Toko Shinoda: A New Appreciation. Rutland, Vermont: Charles E Tuttle Company, 1993. ]

Christopher Hitchens

Visionnaire hors du commun, Orwell révèle tous ceux qui se frottent à lui. Que certains gauchistes le traitent de « réac » et voilà qu’ils laissent apparaître sous leur plume une trouble fascination envers les systèmes répressifs. Qu’une universitaire féministe le raille pour son « conservatisme sexuel » et voila qu’on découvre au hasard de ses lettres, de ses articles ou de ses journaux une attention à la condition féminine bien en avance sur son temps. Un voyage dans l’un des univers littéraires les plus originaux du siècle dernier : Aujourd’hui encore, la pensée d’Orwell n’a rien perdu de sa pertinence et de son indépendance, à notre époque où les débats politiques se résignent au consensus. Or face au nouveau fascisme du terrorisme et de sa contrepartie étatique, la pensée libertaire est un réconfort et une arme. Ce n’est pas une biographie sur Orwell, mais une réflexion iconoclaste sur son oeuvre : Hitchens ne signe pas là une biographie « à l’américaine », l’énorme pavé fourmillant de détails personnels, mais une réflexion alerte, iconoclaste et documentée. On n’en attendait pas moins de l’essayiste et journaliste qui, entre autres, n’a pas eu peur de s’attaquer aux néo-bondieuseries à la Mère Teresa…

De Marguerite Yourcenar

′′ Je vais mourir. Je ne me plains pas de chance que je partage avec les fleurs, les insectes et les astres. Dans un univers où tout se passe comme un rêve, je ressentirais des regrets de durer pour toujours. Je ne me plains pas que les choses, les êtres, les cœurs soient périssables, car une partie de leur beauté se compose de cette malheureuse. D ‘ autres cœurs se briseront sous le poids d’un amour insupportable, mais leurs larmes ne seront pas nos larmes. Des mains humides de désir continueront à se réunir sous les amandiers en fleur, mais la même pluie de pétales ne se défoule jamais deux fois sur la même venture humaine. »

Les conseils lecture de Jacques Brel

C’est sur un bateau, au large de Menton, qu’il évoque le roman de Cervantés. Il s’avoue plutôt séduit par ses anachronismes et surtout sa tendresse… 

Quels livres ou quels auteurs incarnent le mieux, selon vous, la thématique du « retour à la nature » ?

En attendant la prochaine conférence du cycle « Littérature et écologie » (diffusion en ligne prévue le 30 novembre), nous vous proposons de retrouver sur 

Gallica BnF

trois œuvres, devenus canoniques, dans lesquelles la question du rapport de l’homme à la nature et à l’animal occupe une place centrale.

« Walden ou la vie dans les bois » (1854) 

Dans ce récit, Henri David Thoreau décrit sa retraite de plus de deux ans, dans une cabane près du lac de Walden, en pleine forêt du Massachussets. Une expérience au grand air qui lui permet tout autant de redécouvrir les choses de la nature que de questionner la nature des choses [c.bnf.fr/LVF].

« Les Rêveries d’un promeneur solitaire » (1776-1778)

Considéré par certains comme l’inspirateur de l’écologie moderne, Rousseau distille ses réflexions sur la nature dans plusieurs de ses ouvrages, comme dans « Les Rêveries », où il révèle notamment son intérêt singulier pour la botanique [c.bnf.fr/LVI].

« L’Appel de la forêt » (1903) 

À travers l’histoire d’un chien domestique qui, pour fuir la brutalité des hommes, rejoint une meute de loups, le célèbre roman de Jack London rend hommage aux grands espaces naturels, tout en explorant les liens entre civilisation, instinct sauvage et liberté [c.bnf.fr/LVL].

☛ Rendez-vous le 30 novembre pour suivre la nouvelle conférence du cycle « Littérature et écologie » : « Écrire face à l’incertitude environnementale », par Nasstasja Martin, animée par Anne de Malleray (

Musée de la Chasse et de la Nature

c.bnf.fr/K69

☛ Retrouvez également une sélection de romans contemporains abordant la question écologique dans cet article c.bnf.fr/LVz

Vous avez déjà regardé toutes vos séries ? Pas de panique, nous avons LA bonne solution pour occuper vos soirées pendant ce nouveau confinement. Nous vous invitons à une plongée dans les cours de philosophie de Gilles Deleuze. Promis, sa façon hors-norme d’enseigner ne va pas vous ennuyer. 

Il faut dire que Gilles Deleuze Deleuze a enseigné au Centre expérimental universitaire de Vincennes, puis à l’université de Vincennes à Saint-Denis de 1979 à 1987. Il a poussé l’art de la pédagogie à son extrême. Le cours était le moment d’élaborer ou de perfectionner un concept, d’abord à partir d’une problématique abstraite, puis d’exemples concrets qui s’adressaient tant aux spécialistes des idées qu’aux « non philosophes ». Dans son enseignement, Deleuze n’a cessé de lutter contre l’image traditionnelle de la pensée. Il a fait de sa philosophie elle-même une série de rencontres avec des matières étrangères: la science, l’art, l’anthropologie et l’ethnologie, etc.

Découvrez les enregistrements sonores des cours de Gilles Deleuze donnés entre 1979 et 1987 à l’université Paris-VIII – Vincennes-Saint-Denis. Ces 400 heures d’enregistrement constituent le témoignage unique d’une pensée en train de se construire et vont vous occuper pendant le reste du confinement ! 

Pour retrouver tous les enregistrements sonores de ses cours dans 

Gallica BnF

, c’est par là : https://gallica.bnf.fr/…/gilles-deleuze-cours-donnes…

Pour aller plus loin : https://journals.openedition.org/appareil/896

A proposito di #Zenone

Mais le sujet m’a, de façon intermittente, bien entendu, hantée toute ma vie comme l’a fait celui d’Hadrien. À partir de 1955, je me suis remise au travail, de façon intermittente aussi, et #Zénon est peu à peu devenu pour moi une somme comme les Mémoires d’Hadrien l’ont été, mais une somme plus abstruse et plus noire. Quant aux thèmes principaux du présent livre, ils sont devenus pour moi aussi compliqués que ces #prismes que s’amusaient à construire les géomètres de la Renaissance. 

Lettre à Alain Bosquet 1 janvier 1964

 

 

Socialiste, révolutionnaire, patriote : qui était vraiment Orwell, l’auteur de « 1984 »

Par Pierre Ropert

George Orwell tombe dans le domaine public en 2021. L’occasion de se plonger dans une œuvre riche, politique, et de rappeler que s’il est cité à l’envi par l’ensemble du spectre politique français, l’auteur de « 1984 », socialiste révolutionnaire, exprimait nettement ses convictions propres.

Cela fait maintenant sept ans que je n’ai pas écrit de roman, mais j’espère en écrire un dans un proche avenir. Ce sera nécessairement un ratage – tout livre est un ratage – mais je vois assez bien le genre de livre que j’ai envie d’écrire”, estime Orwell en 1946, dans un petit texte intitulé Pourquoi j’écris, trois ans avant la parution du livre sur lequel il œuvre : 1984. Le “ratage” en question est devenu, on le sait, un des grands monuments de la littérature, loué pour ses qualités, étudié et enseigné, constamment cité comme l’un des chefs-d’œuvre de la littérature d’anticipation. 

Fort d’un indémodable succès, 1984 a d’ailleurs bénéficié d’une nouvelle traduction en 2018 chez Gallimard, et d’une autre en 2020, pour la Pléiade – toujours chez Gallimard – en compagnie de quelques autres ouvrages majeurs d’Orwell. Ce soudain intérêt pour l’écrivain britannique, dont le roman phare n’avait pas bénéficié d’une nouvelle traduction depuis 1950, tient surtout au fait que l’ensemble de sa bibliographie va tomber, au 1er janvier 2021, dans le domaine public. “En janvier prochain, chez Gallimard, on comptera cinq éditions, basée sur trois traductions différentes de “1984”, regrette l’éditeur Thierry Discepolo. C’est une bataille de propriété qui ne peut plus passer par la propriété juridique, et qui passe donc par le pur rapport de force éditorial et médiatique”.

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« 1984 » : l’oeuvre d’Orwell, un miroir de nos existences en 2020 ? 

Orwell, inlassablement cité et récupéré

Le fondateur des éditions Agone connaît d’autant mieux le sujet qu’il publie en janvier prochain une traduction de 1984, augmentée de deux mises au point de l’écrivain. Car après sa parution en 1949, l’ouvrage d’Orwell est largement interprété, aux Etats-Unis, comme une critique du stalinisme, et par extension du socialisme. Alité en raison de la tuberculose qui l’emportera sept mois plus tard, Orwell prend néanmoins le temps de préciser sa pensée : pour lui, le risque du totalitarisme existe autant chez les libéraux que chez les socialistes.

Orwell a vraiment pris le soin de souligner, après la parution du roman, que « 1984 » n’est pas uniquement une satire de l’Union soviétique. Il s’est donné la peine de dicter deux déclarations à son éditeur en expliquant que le nom suggéré dans « 1984 » est bien entendu l’”Angsoc”, donc le socialisme anglais, mais que dans la pratique, un large éventail de choix est ouvert. […] Il aurait pu tout à fait construire son roman en parlant de la dictature managériale dont il considérait qu’elle était en train de s’instaurer aussi bien à l’Ouest qu’à l’Est. C’est ça qui nous ramène dans l’intérêt extrêmement contemporain d’Orwell, c’est-à-dire qu’il a vu arriver des méga-Etats extrêmement puissants. Et la principale caractéristique de ces super États, c’est l’asymétrie grandissante entre les moyens répressifs technologiques dont dispose le pouvoir et l’impuissance dans laquelle chacun des individus est jeté. Celia Izoard, traductrice de la nouvelle édition de « 1984″ chez Agone, dans l’émission Signes des temps

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Big Brother, cet inconnu

Malgré les précisions d’Orwell, 1984 n’a de cesse d’être récupéré, digéré et recraché, dans un indistinct gloubi-boulga, par l’ensemble de la classe politique française. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, en passant par la totalité du spectre politique, les grands concepts d’Orwell, Big Brother et Novlangue en tête, sont cités à l’envi. La journaliste et éditorialiste Natacha Polony, conservatrice revendiquée, a créé ainsi en 2015 un Comité Orwell et sa Orwell TV… finalement rebaptisés Comité Les Orwelliens et Polony TV, pour des raisons de droits d’auteur. Récemment encore, le philosophe et économiste Frédéric Lordon, plutôt proche de la gauche radicale, citait Orwell dans une de ses tribunes. Et au début de la pandémie de Covid-19, c’est encore une fausse citation de 1984 qui a émergé, alors que le nom d’Orwell est de plus en plus régulièrement invoqué dans les commentaires Facebook laissés au détour d’une publication par divers tenants de théories du complot… 

« 1984, comme la Bible, est souvent mal cité »

Ces nombreuses allusions à l’œuvre d’Orwell tendent à brouiller son message politique. Pour Quentin Kopp, président suppléant de la Orwell Society, qui s’attache à faire perdurer l’héritage et la pensée de l’auteur de 1984, ce dernier est “un peu comme la Bible, cité et souvent mal cité, avec des phrases à consonance orwellienne qu’il n’a jamais écrites, par des personnes qui espèrent ainsi ajouter du poids à leurs arguments. La propre position d’Orwell découle, comme il le dit lui-même dans Pourquoi j’écris ?, du contexte : ‘Il est impossible d’apprécier les raisons qui poussent un homme à écrire sans savoir quelque chose de ses premiers pas dans la vie. Les sujets qu’il sera amené à traiter seront déterminés par l’époque à laquelle il vit’” .

Quand on oublie des parties de sa pensée, c’est facile de récupérer quelqu’un, surenchérit Thierry Discepolo. Orwell n’est pas marxiste, donc les communistes n’en veulent pas, les socialistes aujourd’hui sont tellement convertis à l’ordre libéral qu’ils n’en veulent pas vraiment non plus, et les néo-conservateurs trichent puisqu’ils le récupèrent en oubliant complètement qu’Orwell était farouchement défenseur d’une société égalitaire, juste, dans laquelle les pouvoirs ont été abattus ».

Anti-impérialiste, socialiste, révolutionnaire… Où se situe Orwell ? 

Pourtant, au vu de la somme des écrits laissés par Orwell, il n’est guère compliqué de savoir où le romancier et journaliste britannique, dont la pensée est toute entière tournée vers le politique, se situe précisément. “Ce à quoi je me suis le plus attaché au cours de ces dernières années, c’est à faire de l’écriture politique un art à part entière, statue-t-il d’ailleurs dans « Pourquoi j’écris ? ». Ce qui me pousse au travail, c’est toujours le sentiment d’une injustice, et l’idée qu’il faut prendre parti. Quand je décide d’écrire un livre, je ne me dis pas : “Je vais produire une œuvre d’art”. J’écris ce livre parce qu’il y a un mensonge que je veux dénoncer, un fait sur lequel je veux attirer l’attention et mon souci premier est de me faire entendre”.

Toujours dans Pourquoi j’écris ?, Orwell est on ne peut plus clair sur ses idéaux politiques :

Tout ce que j’ai écrit d’important depuis 1936, chaque mot, chaque ligne, a été écrit, directement ou indirectement, contre le totalitarisme, et pour le socialisme démocratique tel que je le conçois. […] Toute la question est de savoir quel camp on choisit et quelle méthode on adopte. Et plus on a conscience de ses propres partis pris politiques, plus on a de chances d’agir politiquement sans rien renier de sa personnalité esthétique ou intellectuelle. 

Il est bien connu qu’Orwell a changé d’avis sur de nombreux sujets au cours de sa vie, lorsqu’il était confronté à de nouvelles informations”, précise Quentin Kopp. Plus encore que son éducation, c’est le parcours d’Orwell qui va forger sa pensée politique. En 1921, à sa sortie du Eton College, alors âgé de 19 ans, Eric Blair, qui n’a pas encore choisi le nom de plume de George Orwell, est recruté au sein des forces de police coloniale en Birmanie. Ce “partisan naïf de l’impérialisme” va comprendre “petit à petit que la gestion de l’Empire, au-delà de la seule Birmanie, repose avant tout sur une double déshumanisation : celle des colons, celle des colonisés”, rappelle le professeur de littérature Olivier Esteves dans George Orwell, l’Empire et l’opinion publique britannique. Dans deux courts récits autobiographiques aux titres évocateurs, Un pendu et Comment j’ai tué un éléphant, Orwell décrit en filigrane toute l’absurdité et la violence de l’impérialisme britannique ; mais c’est surtout dans Une Histoire birmane (1934) qu’Orwell conte comment cette expérience du colonialisme fait de lui un opposant de l’impérialisme sous toutes ses formes : 

Mon cher docteur, dit Flory, comment pouvez-vous imaginer que nous sommes ici pour autre chose que pour voler notre prochain ? C’est pourtant très simple. Le fonctionnaire maintient le Birman à terre tandis que l’homme d’affaires lui fait les poches. […] Jamais nous n’avons appris aux Indiens un seul métier utile. Nous n’osons pas : cela nous ferait trop de concurrence sur le marché. Une Histoire birmane

C’est également par l’expérience qu’Orwell va devenir un fervent partisan du socialisme. A son retour de Birmanie, l’écrivain va vivre des années difficiles, côtoyant de près la misère en France puis en Angleterre, dont il tirera d’ailleurs son premier roman, Dans la dèche à Paris et à Londres. Il y décrit les affres de la pauvreté et dénonce la vision qu’ont les classes aisées des plus démunis, souvent perçus comme responsables de leur propre sort. Une réflexion qu’il complète dans Le Quai de Wigan, après être allé à la rencontre du prolétariat anglais dans les régions minières du nord de l’Angleterre. Orwell y dénonce l’industrialisme, porté par le libéralisme économique, qui exploite la classe ouvrière britannique. 

Antifasciste, tu gardes ton sang-froid

Les trois moments fondateurs, pour Orwell, ce sont l’anti-impérialisme, la classe ouvrière dans le cadre travailliste, et ensuite évidemment le socialisme révolutionnaire, dans le cadre de la guerre d’Espagne. C’est le moment fondamental qui va structurer 1984”, résume Thierry Discepolo. Si Orwell cite, dans Pourquoi j’écris, l’année 1936 comme la date butoir de l’éveil de sa conscience politique, c’est en raison de son expérience de la guerre d’Espagne : parti rejoindre les républicains qui affrontent le général Franco, l’écrivain va combattre aux côtés du Parti ouvrier d’unification marxiste. Là, dans une unité d’une douzaine d’hommes qui prend l’intégralité de ses décisions collégialement, Orwell se bat sur le front d’Aragon avant d’avoir la gorge traversée d’une balle en 1937. La mise au ban du Parti ouvrier d’unification marxiste, déclaré  « hitléro-trotskiste » et complice des franquistes, met pour la première fois l’écrivain face à la portée des mensonges des Etats modernes et achève de faire de lui un farouche anti-fasciste :

J’avais depuis longtemps remarqué qu’aucun événement n’était jamais relaté exactement par les journaux, mais en Espagne, pour la première fois, j’ai lu des articles de journaux qui n’avaient aucun rapport avec les faits, pas même le genre de rapport qu’implique habituellement de mentir à leur sujet. J’ai lu le récit de grandes batailles là où il n’y avait eu aucun combat, puis pas une ligne quand des centaines d’hommes avait été tués. J’ai vu des soldats qui avaient bravement combattu dénoncés comme traîtres et lâches, et d’autres, qui n’avaient pas essuyé un seul coup de feu, salués comme les héros de victoires parfaitement imaginaires, tandis que les journaux de Londres reprenaient à leur compte ces mensonges et que des intellectuels zélés y allaient de leur battage émotionnel sur des événements qui n’avaient jamais eu lieu. J’ai vu, en fait, l’histoire s’écrire non pas en fonction de ce qui s’était passé mais en fonction de ce qui aurait dû se passer selon les diverses « lignes de parti ». […] Ce genre de choses m’effraie, car cela me donne le sentiment que la notion même de vérité objective est en train de disparaître de notre monde. Réflexions sur la guerre d’Espagne, 1942

« Il n’y a aucun doute sur le fait que de faux journalistes, à cette époque, ont fait le compte-rendu de batailles qui n’ont jamais eu lieu et n’ont pas parlé de batailles qui ont existé, raconte Quentin Kopp. La suppression du Parti ouvrier d’unification marxiste et des autres mouvements qui ne supportaient pas infailliblement les vues de Staline sur le monde, ainsi que l’emprisonnement, la torture, y compris de l’ami d’Orwell qu’était mon père (ndlr : Quentin Kopp est le fils de George Kopp, le commandant d’Orwell durant la guerre d’Espagne), et l’exécution de nombreuses personnes innocentes, ont eut un énorme impact sur Orwell. Sa motivation pour révéler la vérité et son désir de contre-attaquer toutes les formes de totalitarismes l’ont d’ailleurs conduit à l’écriture de « La Ferme des animaux » et de « 1984″. 

et capitalisme.• Crédits : John Halas et Joy Batchelor – Getty

La critique directe et assumée de l’URSS par Orwell lui pose d’ailleurs quelques problèmes lorsque celle-ci devient l’alliée de la Grande-Bretagne dans le conflit mondial qui se joue. L’écrivain aura toutes les peines du monde à faire publier La Ferme des animaux, comme il le dénonce dans une préface publiée en 1945 (et lisible chez les éditions Ivrea) où il fustige « la servilité avec laquelle la plupart des intellectuels anglais ont gobé et répété la propagande russe depuis 1941« .

“Le Lion et la licorne” : Orwell, patriote révolutionnaire

Revenu en Angleterre, Orwell se revendique désormais d’un “patriotisme révolutionnaire”. “Si on me demandait pourquoi je soutiens l’effort de guerre, je crois que je serais capable de l’expliquer. Il n’y a pas de troisième voie entre résister à Hitler ou capituler devant lui ; et d’un point de vue socialiste, je puis dire qu’il est préférable de résister”, écrit Orwell en 1940 dans De droite ou de gauche, c’est mon pays. L’écrivain prendra d’ailleurs bien soin de distinguer “patriotisme” et “nationalisme” :

Le nationalisme englobe des opinions et des mouvements aussi divers que le communisme, le catholicisme militant, le sionisme, l’antisémitisme, le trotskisme et le pacifisme. Ainsi entendu, il n’implique pas nécessairement l’allégeance à un gouvernement ou à un pays, et moins encore à son propre pays, et il n’est même pas absolument indispensable que l’entité au service de laquelle il se met possède une existence effective. […] Le nationaliste commence par choisir son camp, pour se persuader ensuite que celui-ci est effectivement le plus fort ; et cette conviction, il se montre capable de la soutenir alors même que tous les faits sont contre lui. Le nationalisme, c’est la soif de pouvoir tempérée par l’illusion. Notes sur le nationalisme, 1945  

S’il est patriote, c’est parce qu’Orwell estime qu’il est nécessaire de gagner la guerre contre le fascisme avant de pouvoir mener à bien une révolution. Socialiste, égalitariste, démocrate et farouchement antifasciste, l’écrivain fait ainsi paraître en 1941 Le Lion et la licorne, dans lequel il estime que “seule une révolution serait de nature à libérer le génie propre du peuple anglais. […] Que ce changement s’effectue dans un bain de sang ou sans qu’une seule goutte de sang ne soit versée dépend largement du lieu et de l’époque”. L’écrivain y prêche, entre autres, pour la nationalisation des richesses et un écart salarial entre plus riches et plus pauvres qui soit de 1 à 10 :

Il est devenu manifeste depuis quelques années que la « propriété collective des moyens de production » ne suffit pas à définir le socialisme. Il faut y ajouter aussi une égalité approximative des revenus (il suffit qu’elle soit approximative), la démocratie politique, et l’abolition de tout privilège héréditaire, en particulier dans le domaine de l’éducation. Ce sont là les indispensables garanties contre la formation d’une nouvelle classe dirigeante. La propriété centralisée ne change, en tant que telle, pas grand-chose si les gens n’ont pas un niveau de revenu à peu près égal et n’ont aucun moyen de contrôler d’une manière ou d’une autre le gouvernement. Si ce n’est pas le cas, “l’État” ne sera qu’un parti politique se mandatant lui-même, et l’on assistera à un retour de l’oligarchie et de privilèges fondés, cette fois, non pas sur l’argent mais sur le pouvoir. Le Lion et la licorne, 1941

Dépassé, Orwell ? 

Quand vous lisez Orwell, ses analyses, ses essais, ses comptes rendus, il y a plein de moments où c’est un homme de son temps, temporise cependant Thierry Discepolo. La façon dont « Le Lion et la licorne » lit la société ne fonctionne plus très bien aujourd’hui, et il faut faire des abstractions pour en tirer quelque chose”. Pour le fondateur des éditions Agone, Orwell a surtout inventé un vocabulaire qui permet, encore actuellement, de décrire des situations contemporaines : “La modernité d’Orwell n’est pas visionnaire, elle est analytique”. 

Bien avant ses contemporains, Orwell, après son passage en Espagne, a compris l’importance à venir de la place de la vérité, non seulement dans les conflits mais plus encore en politique. Si les termes “novlangue” ou “police de la pensée” sont entrés dans le vocabulaire et l’imaginaire commun, c’est avant tout parce qu’ils font écho au problème soulevé par l’écrivain britannique : “Le principal ennemi du langage, c’est l’hypocrisie”.

Pour Quentin Kopp, le président suppléant de la Orwell Society, “un autre travail essentiel à lire pour comprendre Orwell, d’autant plus important en ces temps de “fake news”, est “La Politique et la langue anglaise”. Un passage critique de ce travail résonne notamment avec les mensonges perpétrés par les politiciens” :

Les discours et les écrits politiques sont aujourd’hui pour l’essentiel une défense de l’indéfendable, […] à l’aide d’arguments d’une brutalité insupportable à la plupart des gens, et qui ne cadrent pas avec les buts affichés des partis politiques. Le langage politique doit donc principalement consister en euphémismes, pétitions de principe et imprécisions nébuleuses. Des villages sans défense subissent des bombardements aériens, leurs habitants sont chassés dans les campagnes, leur bétail est mitraillé, leurs huttes sont détruites par des bombes incendiaires : cela s’appelle la « pacification ». Des millions de paysans sont expulsés de leur ferme et jetés sur les routes sans autre viatique que ce qu’ils peuvent emporter : cela s’appelle un « transfert de population ». […]. Cette phraséologie est nécessaire si l’on veut nommer les choses sans évoquer les images mentales correspondantes. La Politique et la langue anglaise, 1946

La manipulation du langage et les mensonges à visage découvert des politiciens, Donald Trump ou le premier ministre britannique Boris Johnson en tête, sont l’exemple même des avertissements donnés par Orwell dans “La Politique et la langue anglaise”, poursuit Quentin Kopp. Orwell avait compris que les gens réagissent à leur perception de la “vérité” et non à ce qui est réellement vrai. C’est d’ailleurs ce qu’a fait Trump, sachant sa campagne présidentielle en difficulté, qui a affirmé sans le prouver que les votes par courrier seraient de la fraude. C’est ce que pensaient 70 % de ses électeurs le 3 novembre dernier, selon Reuters !

On vit dans un monde dans lequel la vérité est quelque chose qui dépend du pouvoir, résume Thierry Discepolo. C’est une position épistémologique forte : la vérité est quelque chose d’extérieur à nous. Si elle est extérieure à nous, cela signifie que tout un chacun peut la découvrir. En revanche, si la vérité est quelque chose de relatif, c’est-à-dire quelque chose qui va dépendre de la décision du pouvoir, alors on n’a plus rien à quoi s’accrocher. C’est ça qu’Orwell essaye d’expliquer.” 

Si Orwell reste donc dans l’air du temps, c’est pour son immarcescible défense de la vérité. Mais pour être fidèle à sa pensée, il convient, pour lui rendre hommage comme pour le citer, de s’appuyer sur les faits. 

Consciemment ou inconsciemment, chacun écrit en partisan. Au cas où je ne l’aurais pas déjà dit quelque part dans ce livre, je vais le dire ici : méfiez-vous de ma partialité. George Orwell, Hommage à la Catalogne

C’est une psychologue clinicienne, elle est psychanalyste, elle est niçoise aussi et elle a ouvert la PREMIÈRE consultation de souffrance au travail à l’hôpital de Nanterre…
Elle travaille au CNAM avec le Dr Christophe Dejours, psychiatre, lui aussi psychanalyste qui a publié un nombre considérable d’articles sur la question de la souffrance au travail…
Si vous doutez des intrications psychosomatiques je vous recommande la lecture de ce livre qui est le journal de bord de la consultation de cette psychologue clinicienne…
Là encore ce n’est pas Mr Jacques Van Rillaert (grand pourfendeur de la psychanalyse et de la psychologie clinique) qui a fait ça mais Mme Marie Pezé que je vous encourage à lire…
Ses travaux sont passionnants

Sekigahara, la plus grande bataille de samourais

Julien Peltier

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À propos

À l’automne 1600, Tokugawa Ieyasu, l’un des plus fascinants personnages de l’histoire du Japon, sort vainqueur de la plus grande bataille de samouraïs jamais livrée. L’enjeu est de taille puisqu’il ne s’agit rien moins que de l’empire tout entier, enfin pacifié. Le suzerain de la maison Tokugawa sera le troisième des Unificateurs du pays. Avant de parvenir à engranger les dividendes de la paix, il aura pourtant fallu tout risquer une ultime fois sur le tapis vert des rizières de Sekigahara, mince vallée sise en plein coeur de l’archipel. La suprême querelle se vide au matin du 21 octobre 1600, mettant aux prises les meilleurs capitaines et les plus vaillants champions de leur temps. Épreuve du gigantisme, près de 170 000 combattants s’y sont taillés en pièces, laissant 30 000 d’entre eux sur le carreau. Il faudra attendre l’épopée napoléonienne, deux siècles plus tard, pour voir se lever des effectifs similaires sous nos latitudes. À la charnière de deux siècles que tout oppose, Sekigahara bruit également du chant du cygne qu’entonnent malgré eux les guerriers de jadis. A l’issu de la bataille, le temps des seigneurs de guerre, des samouraïs et des citadelles est révolu.

Amours fous, passions fatales

Trente vies d’artistes

L’histoire de l’art repose traditionnellement sur l’analyse des styles, des courants ou des techniques. Peut-on décrypter cette histoire à la lumière des sentiments amoureux ? C’est le pari que fait Alain Vircondelet, qui retrace l’histoire de trente couples mythiques. Avec une plume alerte de romancier, l’auteur ajoute une dimension romanesque à ces histoires brûlantes qui font déjà partie de la légende.
L’ouvrage raconte comment les grandes figures de l’histoire de l’art ont vécu leur relation à l’autre. Des relations souvent très mouvementées : parfois soleil éblouissant, parfois soleil noir et tragique ; mais dans un rayonnement toujours créatif.

224 pages – Paru le 6 septembre 2017 – Broché à rabats – 20 × 26 cm – EAN : 9791020403476

Socrate

 / Philosophe, -469 – -399

Retrouvez ici des citations de Socrate venant de ses essais et pensées philosophiques.
Né en 469 av. J.C, d’un père sculpteur et d’une mère sage-femme, Socrate connaît la philosophie de la nature d’Anaxagore et d’Archélaos. Il s’éleva contre l’enseignement des sophistes. Socrate voulait éduquer les jeunes mais il ne fonda pas d’école, il passait sa vie à discuter dans les rues, les lieux publics avec des artisans, des hommes d’état, des artistes, des sophistes, des hétaïres, pour discuter du bien et du mal, comme investi d’une mission divine. »Connais-toi toi-même » affirmait-il. Platon et Xénophon, produiront plusieurs écrits sur ses enseignements. Il avait presque quarante ans quand il combattit comme hoplite pendant la guerre de Péloponnèse en 431. En 406 av. J.-C., Socrate devint le président du Conseil des Cinq Cents (la Boulê). Il vécut le déclin et la catastrophe d’Athènes en 405. A soixante-dix ans la démocratie lui intenta un procès pour athéisme. Il mourut en 399, condamné à boire la ciguë.

Ressouder le monde : entretien avec la prix Nobel de littérature Olga Tokarczuk

Par Christine Lecerf

Le fil culture |Depuis le cœur de l’Europe, Olga Tokarczuk écrit pour donner du sens, rassembler les morceaux d’un continent éclaté. Sur la littérature, ses structures, l’histoire, écoutez un long entretien que l’écrivaine récemment récompensée par le prix Nobel de littérature avait accordé en octobre 2018.

Olga Tukarczuk• Crédits : Franck Lilin – Radio France

De passage à Paris, pour présenter son grand opus Les Livres de Jakob (Noir sur Blanc, 2018), Olga Tokarczuk nous avait accordé en octobre 2018 un grand entretien dans sa loge, avant de donner une conférence au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme. 

Née en Pologne en 1962, autrice d’une quinzaine de romans, dont sept sont déjà traduits en français, Olga Tokarczuk est sans doute aujourd’hui l’écrivaine la plus connue, la plus lue et la plus traduite de son pays. Récompensée par de nombreux prix (Niké, International Booker Prize, Jan Michalski), Olga Tokarczuk vient de se voir décerner le Prix Nobel de littérature 2018 pour son “imagination narrative qui, avec une passion encyclopédique, représente le franchissement des frontières comme forme de vie”. 

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Nobel de littérature : l’écrivaine polonaise Olga Tokarczuk et l’auteur autrichien Peter Handke récompensés

Sur un ton doux et avec des mots très choisis, l’écrivaine dépeint ici son enfance à la frontière germano-polonaise, son attachement au paysage de l’Europe centrale et ses lectures multiples. Inquiète mais confiante dans l’avenir, elle aborde également les traumatismes de l’histoire, l’antisémitisme en Pologne, le clivage persistant entre l’Europe de l’Est et de l’Ouest, et le rôle particulier de l’écrivain dans ce monde en morceaux.

Je pense avoir accédé à l’identité européenne par le biais de la littérature. Olga Tokarczuk

Olga Tokarczuk est née à Sulechów, en Pologne. Autour d’elle, on parle polonais et allemand. A l’école, on apprend le russe. Olga passe son enfance entourée de livres dans un ancien palais transformé en université populaire. Adolescente, elle s’immerge dans les grands classiques romanesques, dévore Dostoïevski, Tolstoï, Gogol, Tchekhov et Faulkner à qui elle doit beaucoup. Mais l’écrivaine en herbe ressent très tôt une affinité particulière avec des romanciers comme Franz Kafka, Gustav Meyrink ou Danilo Kiš, tous issus d’Europe centrale. 

Olga Tokarczuk• Crédits : Franck Lilin – Radio France

“Dans cette région qui est la mienne, on accorde une grande importance à l’écriture et au côté poétique de la narration. Ce qui m’a attirée, c’est non seulement la manière de raconter les histoires, mais aussi une certaine anxiété. (…) J’ajouterais aussi l’ironie, une ironie bien spécifique, qui est la philosophie des impuissants. (…) Je me sens proche de tout cela.”

L’antisémitisme polonais, « maladie étrange »

Olga Tokarczuk découvre très tôt l’existence de la Shoah. Dès l’âge de six ans, elle se rend à Auschwitz avec ses parents. Cette visite du camp la transforme profondément et la sensibilise au phénomène de l’antisémitisme, qui a sévi et sévit encore encore aujourd’hui dans son pays. Pour l’écriture de son roman Les Livres de Jakób, l’écrivaine s’est plongée pendant huit années dans l’histoire des juifs en Pologne au XVIIIe siècle. A ses yeux, il faut considérer l’antisémitisme en Pologne comme une maladie étrange, une sorte de réaction contre sa propre identité : “Je pense que la Pologne est toujours profondément malade de la Shoah. Cette maladie ressemble à une sorte de réaction auto-immune, puisque la culture polonaise, et plus généralement la Pologne en tant que communauté, sont très fortement imprégnées par la culture, la religion et la mentalité juives. C’est peut-être un cas unique au monde”.

Parmi toutes ses lectures adolescentes, celle de Bruno Schulz, écrivain juif polonais assassiné en 1942, a été particulièrement déterminante. Sans les livres de Bruno Schulz, Olga Tokarczuk dit qu’elle n’aurait jamais “osé” écrire. Tous ses livres sont habités par cet imaginaire centre-européen, encore trop mal connu du reste du continent. 

“Je me rends bien compte que la position de la Pologne est périphérique par rapport aux grands centres européens. Et c’est une bonne chose, car je suis profondément convaincue que c’est justement à la périphérie que beaucoup d’idées voient le jour. J’aime m’occuper de la périphérie dans mes livres. Je l’appelle ‘l’excentrisme’, quelque chose qui se trouve « ex centrum », en dehors du centre”. 

La grenouille et le drone

Observer le monde depuis la périphérie ne veut pas pour autant dire qu’on le regarde de loin, mais autrement. Olga Tokarczuk adopte souvent dans ses livres un double point de vue, celui de la “grenouille” qui regarde les choses d’en bas, et celui du “drone” qui permet d’avoir une vue d’ensemble. C’est sa manière à elle, poétique, fragmentaire et décalée, d’être réaliste. D’ailleurs, l’écrivaine ne croit pas que la littérature puisse être coupée de ce qui se passe à l’extérieur : “Dans tout ce qu’on écrit se retrouve une trace des problèmes de notre temps, de la douleur de l’époque à laquelle nous vivons. Si un livre est écrit d’une manière sincère, s’il vient du fond du cœur, il devient tout de suite politique.

Dans ce monde douloureux et incertain, l’une des grandes tâches de la littérature est de recoudre ce qui a été séparé, disjoint par les vicissitudes de l’histoire ou les simplifications de la pensée. “Je traite l’écriture comme une manière de ressouder le monde. (…) Nous devons aujourd’hui fournir un véritable effort pour redonner du sens au monde.” 

Bibliographie
Dieu, le temps, les hommes et les anges (Robert Laffont, 1998)
Maison de jour, maison de nuit (Robert Laffont, 2001)
Récits ultimes, (Noir sur Blanc, 2007)
Les Pérégrins, (Noir sur Blanc, 2010)
Sur les ossements des morts (Noir sur Blanc, 2012)
Les Enfants verts (La Contre-allée, 2016)
Les Livres de Jakób (Noir sur Blanc, 2018)

Après « Retour à Lemberg » (Albin Michel, 2017), Philippe Sands, avocat et professeur de droit international à Londres, publie « La Filière » (Albin Michel, 2020).

Philippe Sands (New-York / 2015).• Crédits : © John Lamparski / WireImage – Getty

Dans ce livre, Philippe Sands, avocat et professeur de droit international à Londres, nous fait entrer dans l’intimité d’une famille nazie. Pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit de celle d’Otto Wächter, Gouverneur d’abord à Cracovie puis à Lemberg (Lviv en Ukraine aujourd’hui) pendant la guerre, à qui est imputé l’extermination de 400 000 juifs. Ayant eu accès à toutes les archives familiales, il permet de comprendre les protections, voire les complicités, dont ce dignitaire a pu bénéficier dans sa fuite jusqu’à sa mort à Rome en 1949. 

Je ne décris pas Otto von Wächter comme un monstre, ce n’est pas seulement un monstre. Il a agi de façon monstrueuse, mais il a aussi agi comme père, comme mari, comme fils, avec amour et humanité et c’est là toute la complexité. Ce qui est fascinant avec les archives personnelles et familiales, c’est que l’on découvre les relations entre l’humanité et la brutalité.

Pour moi, le cœur battant de la filière, c’est Charlotte Bleckmann Wächter (l’épouse d’Otto von Wächter ndlr.) : on sait grâce aux archives qu’elle savait tout et à mon avis, elle participait dans ce domaine. Elle voulait le pouvoir, elle voulait être au centre de l’activité et adorait aller à Nuremberg voir les grands événements. Les femmes jouent un rôle très important et Charlotte est absolument impliquée dans cette histoire. 

Horst Wächter (le fils d’Otto von Wächter ndlr.) est dans le déni total. Je lui ai montré les photos que j’avais trouvées : il les regarde, il y a un silence, il réfléchit et il dit que ça ne prouve rien. A chaque preuve que je trouve, il la réfute. […] Il me dit souvent « Ce n’est pas mon père que j’aime, c’est ma mère. Je dois trouver le bien dans mon père car si je ne le trouve pas, j’attaque ma mère et je refuse de le faire. » 

Les procès sont une façon de raconter des histoires avec une grande autorité […] ce qui nous aident à éviter ce qui pourrait encore arriver. Je pense que c’est ça le rôle cardinal de la justice dans le domaine international.

Mes fonctions d’avocat et d’écrivain sont absolument liées. Ce que j’ai appris dans les tribunaux, je l’ai appliqué dans mes écrits : c’est une façon de parler sans émotion, de laisser les faits parler d’eux-mêmes. Je n’impose pas aux juges mes propres conclusions ; c’est la même chose avec quelqu’un qui lit. Je présente une histoire et les lecteurs et lectrices sont assez intelligents pour arriver à leur propre conclusion.

Pour en savoir plus 

La page Wikipédia de Philippe Sands 

Choix musicaux 

Chanson : « La passion Saint Matthieu » par Jean-Sébastien Bach, interprété par Laurent Naouri au chant et Guillaume de Chessy au piano, à retrouver sur le site de France Culture. 

Chanson : « Anthem (Live in London) » par Leonard Cohen – Album : Live In London (2009) – Label : Columbia. 

De Jean-Marie Montali, paru aux Éditions du Cherche Midi en avril 2020: « Nous sommes les voix des morts. Les derniers déportés témoignent »

Voici un livre véritablement magnifique ! L’auteur, grand reporter et réalisateur a été directeur exécutif de la rédaction du Figaro Magazine et directeur adjoint des rédactions du Parisien et d’Aujourd’hui en France.

En Israël, il est allé à la rencontre des derniers survivants de la Shoah et nous livre leur précieux témoignage. Afin que nul n’oublie et que les jeunes d’aujourd’hui et de demain, ne puissent pas dire : « Je ne savais pas ! ». D’entrée de jeu, Jean-Marie Montali tient à préciser : « Je ne suis pas juif. Je ne suis pas historien. Je suis journaliste ».

Chaque récit est accompagné de précisions historiques qui permettent de bien situer le cadre dans lequel se déroule le drame qui est rapporté.

En tout, dix histoires extraordinaires, dix destinées hors du commun. Voici, tout d’abord, en Hongrie, « Le miraculé du Danube », Reinhardt Tibor, désormais Raphaël Bar-Lev, Tibi devenu Raphi, né le 21 avril 1930. 700 000 Juifs vivaient alors en Hongrie, un pays qui sera occupé par la Wehrmacht et où Adolf Eichmann se rendra en mars 1944 pour mettre en pratique la « solution finale ». Ses parents, Alexandre et Rachel et son frère aîné Youri ont été assassinés dans les camps de la mort. Seule sa sœur Eva en réchappera. Tibi et Eva choisiront après la Guerre d’aller vivre en terre d’Israël où Raphaël deviendra menuisier.

Trois des récits concernent la Pologne avec « La petite fille de la forêt », « Anne Frank à Bergen-Belsen » et « L’enfant qui dessinait sa vie ». La petite fille de la forêt, c’est Esther Lieber, fille d’Éliézer , massacré le 4 octobre 1942 par ceux que l’auteur désigne comme des « hommes-bêtes ». Cela se passait à Ulanów, ville rurale du sud-est du pays. Pendant des mois, Esther, alors âgée de six ans, vivra cachée dans la forêt. Elle sera recueillie par une paysanne, Milka. L’enfant qui dessinait sa vie, Rita Kasimow, fille de Nathan et de Masha, est née à Turmont dans la Lituanie polonaise que les Allemands envahiront en été 1941. Très attirée par le dessin, elle deviendra artiste-peintre en Israël. Pour sa part, Myriam Harel, née Goldberg, fille de Gabriel, juge rabbinique et de Sarah, née à Lódź le 10 novembre 1924, était l’amie d’Anne Frank. Myriam sera déportée dans les camps où toute sa famille, à l’exception de sa sœur Paula, périra.

Nous voici en Roumanie avec trois autres témoignages : « La petite fille aux pieds nus », « Les martyrs de Iaşi » et « 52719 ».

La petite fille aux pieds nus, c’est Sophie Leibovitz, native de Suceava, fille d’Yitzhak et de Malka. En septembre 1940, le général Ion Antonescu, antisémite forcené qui a obligé le roi Carol II à abdiquer et à quitter le pays, devient le « Conducåtor », sorte de « Führer » ou encore de « Pétain » roumain. Déportés, les Leibovitz deviendront de la « munca obligatoria », des esclaves corvéables à merci. Le typhus emportera les parents de Sophie qui laissent alors quatre enfants désemparés. Après plusieurs années de cauchemar, Sarah, ses deux frères et sa sœur, échapperont à la mort.

La tragédie des martyrs de Iaşi renvoie à Hia Kaspi, fille de Nahman et Léa, parents de sept enfants dans une ville où vivaient alors 45 000 Juifs et où un terrible pogrom fera quelque quinze mille victimes.

Quant à « 52719 », ce fut le matricule de Laszlo Lazar, fils de Jenö et Rosalia, né le 25 janvier 1930 à Oradea Mare, 100 000 habitants dont 30% de Juifs. Les Lazar seront déportés à Auschwitz-Birkenau puis à Buchenwald.

On se rend aussi en Ukraine, à la rencontre de Sophie Gruzmann dont la vie, éparpillée en morceaux fut, selon ses dires, un véritable puzzle. Fille de Mosché et Esther, elle naquit à Kiev le 13 mars 1939. Sophie évoque avec émotion le massacre de Babi Yar : 34 000 Juifs ukrainiens assassinés.

Nous voici également en Lituanie avec « L’âme morte de Buchenwald », Moshé Kravitz, fils de David et Louba, né le 21 mai 1931 à Kaunas. Le petit Moshe sera déporté avec ses parents au camp du Stutthoff, près de Dantzig puis à Dachau et Buchenwald. Quand il est délivré par les Américains, il ne pèse que 28 kilos. La majeure partie des Juifs de Lituanie a été exterminée par les nazis.

Enfin, en France, l’auteur a rencontré Gérald Finaly qui, avec son frère, Robert, vécut une épopée que l’Histoire a retenue sous le nom d’ « Affaire Finaly »…

Tiffany McDaniel et Alain Damasio, les choix de la libraire du jour

Sophie Rahal,

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La Horde du Contrevent et Betty, les deux coups de cœur d’Élodie Maurin,

Élodie Maurin / librairie De fil en page

UN(E) LIBRAIRE, DEUX LIVRES – Reconfinement oblige, ils ont dû une nouvelle fois fermer boutique. Mais leurs conseils sont toujours aussi précieux. Chaque jour, nous donnons la parole à un ou une libraire qui nous livre deux de ses coups de cœur littéraires, l’un de saison et l’autre hors actualité, et ses coups de blues ou de gueule… Ce mercredi, Élodie Maurin, de la librairie De fil en page, à Château-Arnoux-Saint-Auban.

Les portes de sa librairie ont fermé, mais Élodie Maurin ne chôme pas pour autant : gestion des commandes et du stock, tâches administratives, mise en place du « click and collect »… Sans oublier les lectures (sur son temps personnel) et le conseil : tous les moyens sont bons pour maintenir le lien avec ses clients ! Par téléphone, elle conseille les polars de Peter May à une fidèle lectrice ; par e-mail, elle envoie plusieurs propositions de BD et de mangas à une dame en panne d’idées pour l’anniversaire de sa fille… « Le conseil est à la base de notre métier, mais en ce moment c’est bien plus chronophage ! » note celle qui fut autrefois libraire à Paris avant de regagner son Sud natal il y a trois ans pour ouvrir sa propre boutique dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Un choix qu’elle ne regrette pas. « Non seulement j’ai été bien accueillie à l’époque, mais je constate que cette crise a renforcé l’attachement de beaucoup de gens au commerce de proximité, surtout dans les petites localités : certains de mes clients font quarante-cinq minutes de route pour récupérer leur commande ! » Conséquence : son commerce a résisté au premier confinement sans faire appel aux aides destinées aux libraires. « D’autres étaient sûrement plus en difficulté. On fait tous un métier de passionné, alors autant s’épauler dans les moments compliqués. »

Quel livre sorti cette année recommanderiez-vous à nos lecteurs et à vos clients ?
Betty, de Tiffany McDaniel (éd. Gallmeister, 720 p., 26,40 €).
Un roman très fort, empreint d’une intense dureté mais aussi de poésie et de lumière. L’histoire est celle de Betty, une métisse qui grandit dans l’Amérique des années 1960, entourée d’un père Indien et d’une mère blanche, ce qui est mal vu. Pauvre, la famille vit en marge de la société, victime du racisme et de discriminations. Mais la force de ce roman, au-delà de ses personnages attachants, réside dans la capacité de son autrice à diluer de la beauté dans un univers si sombre. Le père apprend à sa fille tout ce que la terre peut offrir, parvient à tirer de magnifiques histoires du quotidien à partir de choses très simples… une richesse qui permettra à l’héroïne de s’échapper.

Quel livre intemporel recommanderiez-vous à nos lecteurs et à vos clients ?
La Horde du Contrevent, d’Alain Damasio, éd. Folio, 736 p., 11,50 €.
C’est le premier roman d’Alain Damasio que j’ai lu, en 2018. Je l’avais en tête depuis plus de dix ans mais le déclic s’est produit un jour où j’ai découvert une édition collector chez Folio (que l’on trouve encore dans quelques librairies) : j’ai eu un coup de cœur pour la couverture, j’ai senti que le moment était venu d’ouvrir ce livre. Et j’ai pris une claque de lecture !

Dans ce roman, marqueur de la littérature de l’imaginaire, le monde est balayé par un vent féroce qui souffle toujours dans la même direction, et a façonné l’existence des hommes. Le récit suit la trente-quatrième Horde, constituée d’enfants, qui s’élance dans le sens contraire du vent pour tenter de comprendre pourquoi il souffle ainsi. L’auteur joue magnifiquement avec le langage et les mots : le point de vue de chacun des personnages est introduit par un signe typographique particulier, le vent est décrit par des procédés géniaux et très originaux… J’ai lu tous les romans d’Alain Damasio depuis, et je relirai La Horde du Contrevent plus tard car je sais que ce sera à nouveau un moment agréable. Presque comme si j’ouvrais un nouveau roman !

Explorez « l’œuvre secrète » de Paul Valéry : plus de 260 cahiers manuscrits, dans lequel l’écrivain a consigné ses pensées, chaque jour avant l’aube, pendant près de 50 ans 

Jeune poète précoce d’inspiration symboliste, très proche de Mallarmé, Paul Valéry avait publié au début des années 1890 plusieurs poèmes et essais avant de se réfugier dans le silence. Plus de vingt ans séparent la publication de « La Soirée avec monsieur Teste » (1896) et « La Jeune Parque » (1917). Pendant toute cette période où il occupait la fonction de secrétaire d’Édouard Lebey, à la tête de l’agence Havas, Valéry se livrait en secret à une œuvre unique en son genre. Ayant fait le choix de se consacrer tout entier à la vie de l’esprit, l’auteur passait les premières heures de ses journées, avant l’aube, à une exploration intérieure qui lui faisait couvrir des pages de cahiers de réflexions diverses, sans liens apparents les unes avec les autres. De 1894 à 1945, ce sont plus de 260 cahiers représentant 30.000 pages qui sont ainsi recouverts de textes denses de toute nature, mais aussi de dessins et d’aquarelles.

Du point de vue de l’auteur c’était cette œuvre secrète qui était au cœur de son héritage littéraire, bien plus que sa poésie publiée. S’il avait longtemps cherché le moyen d’organiser la matière brute de ses cahiers dans le but d’en assurer la publication, il ne put jamais mener ce projet à terme. Paul Valéry avait à ce point lié son existence à la rédaction océanique de ses cahiers qu’il y traça ses dernières lignes, d’une écriture presque illisible, tremblante et penchée, signe des derniers moments de son agonie : « Le mot amour ne s’est trouvé associé au nom de Dieu que depuis le Christ. » 

Les cahiers de Paul Valéry, conservés au Département des manuscrits de la BnF, sont accessibles sur 

Gallica BnF

Une leçon de dignité politique : George Orwell entre dans « La Pléiade »

Soixante-dix ans après la mort de l’auteur de « 1984 », un volume de « La Pléiade » et des essais sur l’écrivain rappellent l’actualité de cet amoureux de la vérité, chez qui la franchise est une arme politique. 

Par Jean Birnbaum  Publié hier à 16h00, mis à jour à 05h23

L’écrivain britannique George Orwell, photo non datée. COLLECTION PRIVEE

« Œuvres », de George Orwell, multiples traducteurs de l’anglais, édité sous la direction de Philippe Jaworski, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1664 p., 66 € jusqu’au 31 mars 2021.

« Orwell, à sa guise. La vie et l’œuvre d’un esprit libre » (The Crystal Spirit. A Study of George Orwell), de George Woodcock, traduit de l’anglais (Canada) par Nicolas Calvé, Lux, 424 p., 20 €, numérique 13 €.

« Orwell, anarchiste tory, suivi de : A propos de “1984”, et d’Orwell, la gauche et la double pensée », de Jean-Claude Michéa, Climats, 336 p., 21 €, numérique 15 €.

En octobre 1946, le magazine new-yorkais Politicscommande un texte à George Woodcock (1912-1995), intellectuel anarchiste haut en couleur, à la fois poète, historien, critique littéraire… L’objet de cette commande? Un article sur George Orwell (1903-1950), qui commence à jouir d’une certaine notoriété : bien que 1984 ne soit pas encore publié – il paraîtra en 1949 –, La Ferme des animaux (1945) connaît un succès international. Or, cet article, l’un des premiers consacrés à l’œuvre d’Orwell en général, n’est pas tendre : il pointe notamment plusieurs « incohérences » dans sa pensée. Peu après la parution du papier, Woodcock tombe par hasard sur l’écrivain socialiste, vêtu de son éternelle veste en tweed et de son pantalon 

Absalon ! Absalon !, William Faulkner (Gallimard L’Imaginaire) (par Léon-Marc Levy)

« Jamais Faulkner n’a autant écrit comme Faulkner que dans Absalon. Sa phrase serpente longuement, parfois sur plus de deux pages, s’enroulant et se déroulant pour mieux enrober la totalité de ce qu’il veut dire. On a sans cesse le sentiment que le romancier happe tel détail, se rappelle tel souvenir, croit nécessaire de répéter tel fait ou telle pensée d’un personnage. Il prend au filet de sa phrase la complexité du monde et des hommes. Les accents bibliques et shakespeariens, qui scandent ici la phrase faulknérienne plus que jamais dans son œuvre, ajoutent encore au sentiment d’universalité littéraire enfin trouvée. On peut, probablement, parler d’une écriture de l’inquiétude narrative, de la réactivité totale. William Faulkner est à la recherche du roman absolu et, avec Absalon ! Absalon ! il l’a trouvé.

Après Absalon ! Absalon ! il y aura bien sûr encore des romans mais peut-on imaginer le Roman ?

Absalon ! Absalon !, William Faulkner (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy 11.11.20 dans La Une LivresCritiquesLes LivresRomanUSAGallimard

Absalon ! Absalon !, (Absalom ! Absalom !, 1936), trad. américain, René-Noël Raimbault, 432 pages, 13,90 €

Ecrivain(s): William Faulkner Edition: Gallimard

On est toujours intimidé quand on projette de parler d’un des plus grands romans de l’histoire littéraire. Comment ne pas l’être tant ce livre est désormais installé – au-delà de la littérature – dans le domaine des mythologies occidentales. Claude Lévi-Strauss nous a appris à l’envi qu’une des caractéristiques fondatrices d’un mythe est sa répétition, la superposition dans la mémoire des peuples et tribus de plusieurs versions de la même histoire, avec, à chaque fois, quelques détails qui changent. C’est le choix narratif de Faulkner dans ce roman. Il reprend encore et encore la même histoire, mais avec des points de vue différents, des changements de narrateurs, des faits « oubliés » ou racontés avec un autre relief. Ce qui est sûr, c’est que les points de changement, les variations narratives, les détails différents, apportent toujours un approfondissement des personnages, une accentuation des flux de conscience qui mène à la construction d’une narration et de personnages vertigineux. William Faulkner tresse ici, jusqu’à l’obsession, les fils de ses obsessions justement. Celles qui fondent son œuvre et qui hantent la littérature du Sud : la chute, la dépravation, le mal. Quentin, le narrateur inaugural, fait ainsi la présentation de Sutpen – on notera que Faulkner adopte alors une langue purement poétique, comme pour nourrir d’emblée son projet de bâtir un mythe, par un chant homérique.

« Il paraît que ce démon – il s’appelait Sutpen – (le colonel Sutpen) – le colonel Sutpen. Qui arriva on ne sait d’où et sans crier gare avec une bande de nègres inconnus pour établir une plantation – (pour l’arracher du sol avec violence, selon Miss Coldfield) – avec violence. Et qui épousa sa sœur Hélène et lui donna un fils et une fille qui – (Lui donna sans tendresse, selon Miss Coldfield) – sans tendresse. Qui auraient dû être les joyaux de sa fierté et la protection et le réconfort de sa vieillesse, mais – (Mais ils furent sa perte d’une manière ou d’une autre ou ce fut lui qui fut leur perte d’une manière ou d’une autre. Et il mourut) et il mourut. Sans regret, selon Miss Coldfield – (sauf de sa part à elle) Oui, sauf de sa part à elle. Et de celle de Quentin Compson) Oui. Et de celle de Quentin Compson ».

Cet extrait montre aussi l’étrange composition du narrateur Quentin Compson. Il raconte, en tant que témoin réel, l’histoire de Sutpen. Mais, dans les parenthèses, il semble se transformer en voix collective, il semble porter et dire ce que les gens savent. Il fait fonction de chœur antique, apportant au lecteur deux fois l’information : ce que l’on dit et sa confirmation personnelle (« Oui »). La parenthèse chez Faulkner joue ce rôle dans presque tous ses romans : elle est le décentrement du récit qui ne provient plus directement du narrateur mais sourd de la rumeur publique, de l’information partagée par les protagonistes incluant ceux qui ne jouent aucun rôle dans l’histoire. Faulkner renoue ainsi – on l’a dit – avec le chœur de la tragédie grecque – mais aussi donne à son récit un élargissement, une étendue ajoutée, qui fait du hors-champ – ceux qu’on ne voit ni n’entend – un véritable personnage du roman. A en pousser la logique jusqu’au bout, c’est le Sud qui parle, le Delta.

La dynastie Sutpen – en tout cas ce que son fondateur, Thomas Sutpen, voulait une dynastie – commence au début du XIXème siècle et finit au début du XXème. C’est donc l’histoire du Sud qui est racontée en permanence en fond d’écran. Autour du pivot qui sera le moment-clé de cette histoire, la Guerre de Sécession de 1861 à 1865. Le Sud avant, orgueilleux et glorieux. Le Sud après, amer et défait, qui va bâtir sur cette amertume une nouvelle identité, faite de rancœur et de nostalgie.

Thomas Sutpen apparait donc, dès l’abord comme l’incarnation du mal, une sorte de démiurge démoniaque, privé de toute morale et uniquement tendu vers son grand projet : créer un royaume autour de lui. Les personnages, sans exception, le croient au-delà de l’humain, force inarrêtable et incarnation de la revanche du Sud. Et c’est Wash Jones, celui qui finira par le tuer, qui le dit ici, alors que la chute est en cours :

« Il est plus grand que tous ces Yankees qui nous ont massacrés, nous et nos nègres, plus grand que tout ce pays pour lequel il était fait et qui pour tout paiement lui a juste laissé un petit magasin pour gagner son pain et sa viande ; plus grand que le mépris et le déni qui l’ont frappé sur les lèvres comme la coupe amère du Livre. Et comment aurais-je pu vivre près de lui pendant vingt ans sans en être touché et transformé ? »

On a dit que Faulkner bâtissait son récit à partir de plusieurs narrateurs. Mais ce sont des narrations croisées qui se présentent comme des dialogues entre les principaux narrateurs qui s’adressent les uns aux autres et tissent ainsi l’histoire. Des éléments narratifs viennent régulièrement s’ajouter hors de l’apport principal des narrateurs, une sorte de rhizome formé par les petits affluents que sont les narrateurs secondaires. Ainsi, Mr Compson, le père de Quentin qui en plusieurs occurrences intervient pour compléter le discours de son fils.

Si on a dit de Absalon ! qu’il est un roman complexe et « difficile », il ne l’est ni plus ni moins que le sont les histoires d’hommes sur un siècle – et ce roman s’étend sur l’ensemble du XIXème siècle – quand elles sont rapportées par des voix multiples, mêlant souvenirs, témoignages, choses entendues. Le besoin des narrateurs de confirmer « l’opinion publique » est une sorte de Bejahung freudienne, cette volonté d’affirmer plus fort encore les faits parce qu’en réalité ils sont douteux. On a la preuve de ces doutes par les contradictions que l’on peut pointer dans les récits des différents narrateurs.

Avec Quentin et Rosa Coldfield, le troisième narrateur principal se nomme Shreve (abréviation de Shrevlin McCannon), un proche ami de Quentin. Dans son effet d’écho sans cesse répété, Faulkner continue à travers ce personnage, plus encore, à « certifier » le discours des narrateurs sur l’histoire de Thomas Sutpen. En effet, Shreve n’est pas sudiste, Faulkner prend soin de préciser qu’il vient du Grand Nord. Il prend ainsi une couleur de neutralité qui donne un poids accentué à ses dires. Il ajoute, plus que tous les autres narrateurs, l’arrière-plan historique qui accompagne et mine le Sud, comme cette veille de Noël 1860 – la dernière du Sud d’autrefois – dans la grande bibliothèque de la demeure de Sutpen, avant que la joie laisse la place aux ambulances de la Guerre et à l’amertume de la Défaite. De manière au début impersonnelle, en position de témoin neutre, il dit la grandeur et la décadence du pays, avant de, peu à peu, pénétrer dans ce récit et en devenir un personnage à part entière. On peut se demander si Shreve n’est pas le personnage le plus proche du lecteur en ceci que le lecteur suit un peu la même trajectoire, de l’auditeur/spectateur au véritable protagoniste des traits universels qui traversent ce roman.

Jamais Faulkner n’a autant écrit comme Faulkner que dans Absalon. Sa phrase serpente longuement, parfois sur plus de deux pages, s’enroulant et se déroulant pour mieux enrober la totalité de ce qu’il veut dire. On a sans cesse le sentiment que le romancier happe tel détail, se rappelle tel souvenir, croit nécessaire de répéter tel fait ou telle pensée d’un personnage. Il prend au filet de sa phrase la complexité du monde et des hommes. Les accents bibliques et shakespeariens, qui scandent ici la phrase faulknérienne plus que jamais dans son œuvre, ajoutent encore au sentiment d’universalité littéraire enfin trouvée. On peut, probablement, parler d’une écriture de l’inquiétude narrative, de la réactivité totale. William Faulkner est à la recherche du roman absolu et, avec Absalon ! Absalon ! il l’a trouvé.

Après Absalon ! Absalon ! il y aura bien sûr encore des romans mais peut-on imaginer le Roman ?

Léon-Marc Levy

« Ce qui change le monde, c’est la connaissance. Rien d’autre, rien ne peut transformer le monde. La connaissance seule peut le changer, tout en le laissant tel qu’il est, inchangé. Vu sous cet angle, le monde est éternellement immuable, mais aussi en perpétuel changement. Tu me diras que ça ne nous sert pas à grand-chose. N’empêche que pour rendre la vie supportable, on peut le dire, l’humanité dispose d’une arme, qui est la connaissance. les bêtes n’ont pas besoin de ça. Parce que pour elles ça ne signifie rien : rendre la vie supportable. Mais l’homme, lui, connaît et se fait une arme de la difficulté même de supporter l’existence, sans que pour autant cette difficulté s’en trouve pour le moins adoucie. » Yukio Mishima, Le pavillon d’or

MARGUERITE YOURCENAR, VIRGINIA WOOLF. DEUX FEMMES LIBRES.

Rencontre en 1937, à Londres, quartier de Bloomsbury. La jeune auteure de 34 ans, encore peu connue, rend visite à la grande romancière anglaise, 55 ans, car elle traduit son roman « Les Vagues » pour les éditions Stock. Dans son « Journal », Virginia Woolf ne mentionne la chose qu’en peu de mots.

Dans la préface de « Vagues », Marguerite Yourcenar, éblouie, nous détaille la scène. 

On les imagine dans le salon, très différentes, parlant un peu de traduction. Mais surtout de « l’état présent du monde ». En Europe, 1937, c’est la montée au pire, la Rhénanie occupée, la guerre d’Espagne. Marguerite Yourcenar qui s’est fait connaître par « Feux » s’intéresse à l’amour mais elle a aussi publié en 1934 « Denier du rêve », un roman sur un attentat antifasciste dans l’Italie de Mussolini. Avec son livre « La Mort conduit l’attelage » paru cette même année, elle a posé les prémices de l’univers littéraire de ses trois grands romans à venir. Elle raconte :

« Il y a peu de jours dans le salon vaguement éclairé par les lueurs du feu où Mrs Woolf avait bien voulu m’accueillir, je regardai se profiler sur la pénombre ce pâle visage de jeune Parque à peine vieillie mais délicatement marquée par des signes de la pensée et de la lassitude, et je me disais que le reproche d’intellectualisme est souvent adressé aux natures les plus fines, les plus ardemment vivantes, obligées par leur fragilité ou par leur excès de forces à recourir sans cesse aux dures disciplines de l’esprit. Pour de tels êtres, l’intelligence n’est qu’une vitre parfaitement transparente derrière laquelle ils regardent attentivement passer la vie. Et tandis que Virginia Woolf, dirigeant la conversation sur l’état présent du monde, voulait bien me faire part de ses inquiétudes et de ses tourments, qui sont les nôtres, et où la littérature ne tenait qu’une petite place, je pensais tout bas que rien n’est complètement perdu tant que d’admirables ouvriers continuent patiemment pour notre joie leur tapisserie pleine de fleurs et d’oiseaux, sans jamais mêler indiscrètement à leur oeuvre l’exposé de leurs fatigues, et le secret des sucs souvent douloureux où leurs belles laines ont été trempées ». Préface et traduction de Marguerite Yourcenar, « Les Vagues », édition Stock, 1937 où elle évoque l’oeuvre de Virginia Woolf et sa vision du « Temps-Atmosphère ». Repris dans l’essai « En pèlerin et en étranger », 1989, Gallimard. (Bulletin de la SIEY, n°15)

Virginia Woolf a en tête les idées audacieuses qui lui tiennent tant à coeur : l’invisibilité des femmes, la difficulté pour elles d’avoir une chambre à soi pour écrire. Les rapports de violence masculine et, singulièrement, celle des fascistes et des nazis. Les idées de son livre « Trois Guinées » à paraître un an plus tard. Avant-dernier livre avant son suicide en 1941.

Photo de Gisèle Freund 1939.

′′ Un idiot est toujours satisfait de ce qu’il dit et, en plus, il en dit toujours plus qu’il n’a besoin. »-De L ‘ ADOLESCENT par Fyodor Dostoevsky, traduit par Richard Pevear et Larissa Volokhonsky

“L’homme est un animal faible, misérable.” C’est Léon Tolstoï lui-même qui le dit, en français, en 1909. Ecoutez la voix de ce génie de la littérature grâce à un trésor exceptionnel exhumé dans le fonds des Archives de la parole de la BnF.

Voici un document exceptionnel, un trésor exhumé dans le fonds sonore ancien de la Bibliothèque nationale de France : l’unique enregistrement de la voix de Léon Tolstoï. Un an avant sa mort en 1910, un musicien et producteur américain passionné par les gramophones, Fred Gaisbeg, parcourt l’Europe pour enregistrer des voix célèbres. Il se rend sur les terres du comte Tolstoï, dans la maison où il écrivit Guerre et Paix et Anna Karénine. De cette rencontre, il nous reste quatre prises, dans les quatre langues que maîtrise l’écrivain : russe, anglais, allemand, et français. Dans cet enregistrement en français, Tolstoï, en bon chrétien mystique anarchiste, en profite pour définir la religion, car pour lui, “le Royaume de Dieu est en vous”. 

Léon Tolstoï, 1909

« La religion n’est pas une croyance établie une fois pour toutes, une croyance aux phénomènes surnaturels qui soi-disant se produisirent autrefois, ni la croyance à la nécessité de certaines prières et de certains rites. Elle n’est pas non plus, comme le pensent les savants, le reste des superstitions et de l’ignorance antiques, qu’il n’est, dans notre temps, d’aucune nécessité d’adapter dans la vie. La religion, c’est le rapport de l’Homme envers la vie éternelle, envers Dieu, rapport établi en accord avec la raison et la science contemporaine et qui seules poussent l’humanité en avant vers le but qui lui est assigné. ‘L’âme humaine, c’est la lampe de Dieu’, dit une sage expression hébraïque. L’homme est un animal faible, misérable, tant que dans son âme ne brûle pas la lumière de Dieu. Et quand cette lumière s’enflamme, et elle ne s’enflamme que dans l’âme éclairée par la religion, l’homme devient l’être le plus puissant au monde. Et il n’en peut être autrement, parce qu’alors ce n’est plus sa force qui agit en lui, mais celle de Dieu. Voilà ce qu’est la religion et en quoi consiste son essence. »

Le contexte d’enregistrement et de diffusion

Lionel Michaux, du service des documents sonores du fonds ancien à la BnF, éclaire les conditions de captation et de diffusion de cette archive :

« L’enregistrement de la voix de Tolstoï s’effectue dans un double contexte. D’abord le développement, depuis l’année 1900, de l’enregistrement sonore en Russie et les visées commerciales expansionnistes de la Gramophone Company. Cette année-là, un directeur, Norbert Rodkinson, est nommé à la tête de la nouvelle branche russe. Le succès est au rendez-vous à tel point qu’une usine de disques est fondée en 1903 à Riga (la Lettonie fait alors partie de l’empire Russe). Une politique volontariste d’enregistrement est mise en place : contrats avec de grands artistes (Féodor Chaliapine, Nikolay Figner, etc…) et enregistrements de traditions musicales locales dans les provinces de l’empire (Tatarstan, Géorgie….) dans des conditions difficiles (certains chants tatars sont enregistrés dans des cafés ou des maisons de passe).

Parallèlement, Fred Gaisbeg, qui exerçait à la Gramophone Company à Londres des fonctions de producteur et d’ingénieur du son (les appellations n’existaient pas encore) avait lancé l’idée d’enregistrer des voix célèbres. Il s’était donc rendu, en 1903, en Roumanie pour enregistrer la reine Elisabeth qui, sous le pseudonyme  de Carmen Sylva, publiait avec succès les poèmes qu’elle écrivait. Et en 1909, Gaisberg se rendit sur le domaine de Léon Tolstoï, Iasnaïa Poliana, l’enregistrer en quatre langues : le russe, l’anglais, l’allemand et le français. Comme indiqué sur les disques, ces enregistrements  furent faits au profit de l’Union de la Presse périodicale en Russie.

D’autres initiatives similaires virent le jour à la même époque : en Autriche, Carl Lindström enregistre la voix de l’empereur François-Joseph. En France, à partir de 1911, les Archives de la Parole capteront les voix d’Apollinaire, de Dreyfus et d’autres.

Les disques furent publiés par la marque Gramophone et vendus dans le commerce. Les deux disques français et anglais sont arrivés par la suite par don et achat dans les collections de la Bibliothèque nationale de France. Ce ne sont pas des exemplaires uniques. On en trouve dans des collections privées, Deutsche Grammophon a eu accès aux quatre enregistrements, et on en trouve également trace à la British Library. »

Archive : Gramophone Company, 1909, conservée à la Bibliothèque nationale de France.

Merci au service Son du département de l’Audiovisuel, BnF et au Service de la coopération numérique et de Gallica, BnF. Archives de la Parole, conservation : BnF, Département de l’Audiovisuel, service Son.

« Les Archives de la parole », à découvrir sur Gallica 

– Les Archives de la parole, 1911-1914
– Les Archives de la parole, 1920-1924
– Les Archives de la parole, 1924-1930 

Homme passionné par l’histoire du peuple russe, obsédé par la mort et le bonheur terrestre, tiraillé par des angoisses existentielles, Léon Tolstoï a réalisé de grandes romans épiques qui frappent par le réalisme et l’humilité de leurs personnages.

Portrait de Léon Tolstoï, non daté• Crédits : Bettmann – Getty

Le nom de Léon Tolstoï évoque bien sûr, immédiatement, Guerre et Paix et Anna Karénine, deux romans magnifiques qui ont marqué l’histoire de la littérature par leur ampleur épique, leurs personnages foisonnants et vivants, leur façon d’inscrire le temps de la vie et le temps de l’Histoire dans le temps romanesque. 

Avec ces livres, Tolstoï invente une forme nouvelle, un roman « univers » dans lequel il y a tout : la vie, l’amour, la vérité, la mort. « Mon ami, écrivait sur son lit de mort Tourgueniev à Tolstoï, je vous écris pour vous dire que j’ai été heureux d’être votre contemporain ». Vous êtes le plus grand écrivain de la terre russe. Au-delà de ses romans célèbres, Tolstoï a laissé une œuvre immense et mal connue. 

Son rêve, au fond, c’était d’écrire une histoire véridique, véritable, c’est-à-dire qui soit ancrée dans la vie quotidienne des gens qui ont vécu à ce moment-là. Et parmi eux, il y a eu notamment son père et sa mère. La Guerre et la paix, c’est aussi une tentative de reconstitution de la jeunesse de ses parents. » 14′ 

Tolstoï et ses petits-enfants• Crédits : Hulton Archive – Getty

Né en 1828 dans une aristocratie russe dont il ne cessa de se démarquer, mort en 1910 à quelques années de la Révolution d’octobre, il écrivit sans relâche pendant près de 50 ans : des nouvelles, du théâtre, trois romans, un Journal, des lettres, sans oublier des écrits esthétiques, religieux, moraux, et politiques. 

Car Léon Tolstoï fut un artiste engagé qui ne sépara jamais l’écriture de la vie. Il prit parti contre toutes les formes d’injustice, dénonça l’hypocrisie religieuse ou sociale, se battit pour améliorer la condition des serfs, créa des écoles, et fit l’apologie d’une non violence qui influença Gandhi. Tolstoï, c’est ainsi non seulement un demi-siècle de littérature et d’histoire de la Russie, mais un regard sur le monde plein d’humanité, une formidable profession de foi dans la force de la vie et dans la quête de l’idéal. 

Lev Nikolayevich Tolstoï (1828-1910) pour ses 80 ans. Collection du musée Tolstoï à Moscou.• Crédits : Photo by Fine Art Images/Heritage Images – Getty

Il ne faut écrire que lorsqu’on sent en soi quelque chose d’absolument nouveau, d’important, et que le besoin d’exprimer cette chose ne vous laisse pas en repos. » Léon Tolstoï, 1890

Avec : Michel Aucouturier, professeur à Paris IV ; Dominique Fernandez, écrivain, romancier, essayiste et grand voyageur français, membre de l’Académie française ; Luba Jurgenson, écrivain, traductrice et maître de conférence à l’Université Paris IV-Sorbonne ; Tatiana Albertini Tolstoï, Petite-fille de Léon Tolstoï (à ne pas confondre avec l’écrivain Tatiana Tolstoï), Laure Trouberzkoy, traductrice, professeur de littérature russe à l’Université de Paris IV.    

Textes extraits de La Tempête de neigeGuerre et PaixAnna  Karénine lus par Christophe Brault.

Léon Tolstoï, romancier et auteur dramatique russe, pose chez lui à Iasnaîa Poliana en 1909• Crédits : TASS / AFP – Sipa

Archives INA : Vladimir Jankélevitch, Tatiana Tolstoï. Avec la collaboration d’Annelise Signoret et Sylvia Favre.

Un documentaire de Laétitia Le Guay, réalisé par Pascale Rayet. (Rediffusion du 10 janvier 2009).Documentation et recherche internet : Annelise Signoret. Collaboration Sylvia Favre.

Pour aller plus loin

  • Avec Tolstoï, la Russie passionnément, documentaire Arte (2019) : 

À la colonie pénitentiaire

de Franz Kafka

Un voyageur, qui visite une colonie pénitentiaire, est appelé à donner son avis sur le système judiciaire qui y est appliqué. Un officier, fervent défenseur de l’idéologie de l’ancien commandant, le reçoit et lui explique le fonctionnement de la machine infernale conçue par son mentor..

George Orwell

Dans la dèche à Paris et à Londres

Ecrit dans les années 30, ce livre reflète assez bien l’état d’esprit dans lequel étaient plongés les laissés pour compte de la crise de 1929… Ce « Peuple d’en-bas »

version George Orwell, alors 

ne passez pas à côté de ce livre, car, en dehors du plaisir qu’il procure lors de sa lecture, il apporte un témoignage édifiant sur son époque, et un peut la nôtre…

Riche témoignage de ce qu’est la pauvreté, captivant, dur, mais parfois très drôle, ce livre est bien écrit et se lit avec un grand plaisir. ..Ecrit avec vitalité, ce livre se veut un témoignage sur la vie que mènent les vagabonds et autres clochards, en marge des « normes établies » auxquelles continue de se plier l’individu moyen. Les portraits sont attachants, les descriptions précises et souvent originales. De plus, à l’inverse d’un Zola, Orwell explore ce monde de l’intérieur; Son expérience en est d’autant plus sincère.Elle vaut avant tout pour la galerie des portraits, attachants, et le talent de conteur qu’est George Orwell. A lire, vous ne verrez plus les clochards de la même façon à méditer..

Je n’ai jamais eu la prétention de dire la vérité à personne – en partie parce que cela ne sert à rien, et en partie parce que je ne la connais pas.

Je suis naturellement poète parce que je suis la vérité qui parle par erreur, et toute ma vie, finalement, est un système spécial de morale déguisé en allégorie et illustré par des symboles. »

(Fernando Pessoa In L’heure du diable : édition bilingue ; trad. de Maria Druais et Bernard Sesé. Paris : José Corti, 1989)

« Comme tout le monde qui écrit, je suis complètement névrotique… -Et alors? 

J’utilise les choses névrotiques pour créer les personnages. »

-Douglas Kennedy

Douglas Kennedy, LE maître incontestable du roman psychologique vous partage ses secrets d’écrivain.

A l’aube du XXème siècle, le 3 novembre 1901, naissait André MALRAUX qui fut, assurément, l’un des grands écrivains de son siècle. Son œuvre, marquée par ses engagements militants (Guerre d’Espagne, Résistance, soutien aux luttes anticoloniales, Gaullisme …), est animée d’un souffle épique et d’une spiritualité ardente. Son discours d’accueil des cendres de Jean Moulin au Panthéon est encore dans toutes les mémoires :

« (…) L’hommage d’aujourd’hui n’appelle que le chant qui va s’élever maintenant, ce Chant des Partisans que j’ai entendu murmurer comme un chant de complicité, puis psalmodier dans le brouillard des Vosges et les bois d’Alsace, mêlé au cri perdu des moutons des tabors, quand les bazookas de Corrèze avançaient à la rencontre des chars de Runstedt lancés de nouveau contre Strasbourg. Ecoute aujourd’hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le Chant du Malheur. C’est la marche funèbre des cendres que voici. A côté de celles de Carnot avec les soldats de l’an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu’elles reposent avec leur long cortège d’ombres défigurées. Aujourd’hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu auras approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n’avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France. »

Le monumental roman de Dostoïevski est un texte truffé de références bibliques qui rendent d’autant plus puissante la dimension morale d’une telle histoire. Nous y retrouvons aussi les prémices des récits policiers dans lesquels le lecteur connaît le meurtrier mais se délecte de sa manière d’affronter ou de fuir celui qui verra en Raskolnikov un suspect dont la culpabilité reste à prouver face aux rebondissements de l’enquête. Enfin, si l’aura ténébreuse de la tragédie plane sur l’œuvre, **Crime et châtiment** est aussi et surtout un grand roman d’amour et d’attentes impatientes. »

 

 

 

Crime et châtiment – Fiodor Dostoïevski

27 juillet 2020Mokamilla

Les petites choses ont leur importance ; c’est toujours par elles qu’on se perd.

Était-ce la folie? Y avait-il quelque chose à prouver, quelque pulsion à assouvir? Quand la hache s’écrase violemment sur le visage sillonné de rides de la vieille usurière, Raskolnikov semble presque impassible. Son butin criminel tiendra dans une poche, fruit d’une main fugacement voleuse pleine de bracelets et de chaînettes qui ne rapporteront rien. Le vrai gain est bien plus perfide que cela, et le revers de la médaille a le goût de la culpabilité qu’on étouffe pour mieux la voir resurgir sous sa forme la plus spectaculaire, sorte de déraison délirante qui s’emparera du personnage.

Il est certaines rencontres, même de gens absolument inconnus de nous, qui du premier coup d’œil éveillent notre intérêt, comme cela subitement, avant même qu’un mot ait été prononcé.

Le monumental roman de Dostoïevski est un texte truffé de références bibliques qui rendent d’autant plus puissante la dimension morale d’une telle histoire. Nous y retrouvons aussi les prémices des récits policiers dans lesquels le lecteur connaît le meurtrier mais se délecte de sa manière d’affronter ou de fuir celui qui verra en Raskolnikov un suspect dont la culpabilité reste à prouver face aux rebondissements de l’enquête. Enfin, si l’aura ténébreuse de la tragédie plane sur l’œuvre, Crime et châtiment est aussi et surtout un grand roman d’amour et d’attentes impatientes. Le héros se révèle à la fois objet de désir ou de jalousie, sujet des plus grands tourments tiraillant les femmes qui traversent la vie de ce personnage insaisissable, qu’il soit un frère, un fils, ou un potentiel amant.

Crois-tu donc, marchand, que ta demi-bouteille m’a procuré du plaisir? C’est la douleur, la douleur que je cherchais au fond de ce flacon, la douleur et les larmes; je les y ai trouvées et savourées.

Inévitablement, nous ne sommes pas à l’abri de passages digressifs un poil longuets et bavards, assurément inévitables quand on lit (ou l’on écrit) un texte de cette envergure. La narration de Dostoïevski se voit régulièrement entrecoupée de petits portraits incisifs qui ponctuent le récit, reflets cyniques et peu flatteurs d’une société russe où le mensonge masque sans vergogne la moindre des faiblesses. On y boit beaucoup, l’alcool coule à flot dans les verres et dans le sang, et l’on y oublie la misère quotidienne. À l’instar des fresques familiales de la littérature française, les manipulations sont de mise, et les travers des Hommes sont enrobés de ridicule quand leurs manigances éclatent au grand jour.

 Les classiques c’est fantastique !

Juillet 2020, j’ai enfin lu cet immense classique et suis ravie de passer ce cap de notre RDV « Les classiques c’est fantastique » avec ma chère FannyNatiora, Alice et Paolina sont aussi de la partie et je vous invite à aller découvrir ces chroniques russes estivales.

Crime et châtiment de Fiodor Dostoïevski (Volume 1)traduit du russe par André Markowicz.
Actes Suddans la collection Babel
10,70€ / 478 pages /janvier 2002
 (pour la présente édition)
Les classiques c’est fantastique / Lire l’ailleurs.
Crime et châtiment de Fiodor Dostoïevski (Volume 2)traduit du russe par André Markowicz.
Actes Suddans la collection Babel
10,70€ /484 pages / Mai 2002
 (pour la présente édition)
Les classiques c’est fantastique / Lire l’ailleurs.

Articles similaires

Fernand Braudel, La dynamique du capitalisme, Paris, Flammarion, 1985

Ce petit ouvrage de quelques cent vingt pages réunit les textes de trois conférences données par Fernand Braudel au moment même où il achevait, à la fin des années 1970, son maître ouvrage Civilisation matérielle, économie et capitalisme [1]. Le premier peut donc passer pour une sorte de condensé du second.

La question centrale qui sert de fil conducteur à Braudel est celle des conditions de formation du capitalisme en Europe au cours des temps modernes (du XVIe au XVIIIe siècle). Il tente d’y répondre en recourant au concept d’économie-monde. En définitive, pour Braudel, c’est pour être parvenue, à la faveur de son expansion commerciale et coloniale, à constituer autour d’elle et à son bénéfice une économie-monde à l’échelle planétaire que l’Europe occidentale a eu le privilège de constituer le berceau historique du capitalisme. C’est donc sur ce concept que je centrerai mon compte rendu.

Selon Braudel, une économie-monde est une formation socio-spatiale qui présente une structure caractéristique : autour d’un centre qui tend à accumuler richesse, pouvoir, savoir et culture s’échelonne une hiérarchie de zones périphériques de moins en moins développées au fur et à mesure où l’on s’éloigne du centre. Et, dans une telle économie-monde, l’insertion d’une formation sociale s’effectue en fonction de son articulation spécifique entre ce que Braudel nomme la civilisation matérielle, l’économie et le capitalisme. Au centre, le capitalisme se soumet les rapports marchands constitutifs de l’économie et les civilisations matérielles ; dans les régions semi périphériques se développent des rapports marchands qui ne connaissent cependant pas de transcroissance capitaliste ; enfin les vastes zones périphériques en restent aux civilisations matérielles.

La notion d’économie-monde nous renvoie donc à aux trois concepts clés que sont pour Braudel la civilisation matérielle, l’économie et le capitalisme, par lesquels il désigne ce qu’il considère comme trois niveaux différents d’organisation socioéconomique des sociétés préindustrielles. Penchons-nous sur chacun d’eux.

Au premier de ces niveaux, le plus fondamental et de loin quantitativement le plus important, se trouve la civilisation matérielle, soit l’immense champ des pratiques d’autosubsistance (d’autoproduction et d’autoconsommation). Pratiques le plus souvent ancestrales, profondément ancrées dans le quotidien, échappant dans une large mesure à la conscience des hommes, et au sein desquelles règnent en maîtres l’usage et la valeur d’usage, que ce soit à des fins de simple subsistance ou à des fins de jouissance.

Ce n’est qu’au second niveau que commence ce que Braudel nomme l’économie avec l’entrée dans l’échange d’une part du surproduit dégagé au sein de la « civilisation matérielle », donnant ainsi lieu au développement de la petite production marchande, dans l’agriculture et l’artisanat. L’échange, ses pratiques et ses normes, et la valeur d’échange commencent à s’y affirmer, notamment avec la naissance et le développement du commerce (l’activité visant à s’enrichir par la circulation de marchandises), tout en restant globalement subordonnés à l’usage et la valeur d’usage qui continuent à prédominer et à limiter leur autonomie. Car c’est encore la reproduction des producteurs et des échangistes qui reste la finalité de toute l’activité économique au sens que lui donne Braudel.

Au dernier niveau seulement s’épanouit ce que Braudel nomme le capitalisme, qu’il réduit cependant au développement du seul capital marchand (commercial et financier) : au négoce, à la banque et à la bourse, tous liés directement ou indirectement au commerce lointain, capable de se soustraire à la fois aux usages locaux et régulations traditionnelles, aux règlementations politiques et à la concurrence qui règne en principe au sein de l’économie de marché, de réaliser de ce fait de somptueux bénéfices et d’accumuler d’immenses capitaux, des capitaux concentrés et centralisés entre peu de mains. Là seulement s’affirme et se confirme la pleine autonomie de la valeur (d’échange), ce que manifeste le fait que le capitalisme (au sens où l’entend Braudel) n’a pas d’autre fin que la valorisation de la valeur et son accumulation, et par conséquent la pleine subordination de l’usage et de la valeur d’usage. En quoi il se distingue bien de « l’économie de marché » (la production et la circulation marchandes simples).

En lisant Braudel, on ne peut qu’être surpris et, pour tout dire, déçu par la grande pauvreté conceptuelle de ses analyses. Ainsi, faute de maîtriser, semble-t-il, la dialectique de l’usage et de l’échange, de la valeur d’usage et de la valeur d’échange, ne parvient-il ni à préciser correctement ni à différencier ses trois concepts de base : civilisation matérielle, économie et capitalisme. Dans la présentation précédente qui en est faite, c’est moi qui ai introduit cette dialectique à des fins de clarification, là où Braudel se contente d’exemples illustratifs. Car, au sens où Braudel les entend, « la civilisation matérielle » se caractérise bien par le règne exclusif de l’usage ,« l’économie » par un développement des échanges marchands qui n’abolit pas la prédominance continue de l’usage sur l’échange (ce qui correspond à ce que Marx analyse comme le propre du mouvement M – A – M : marchandise – argent – marchandise), « le capitalisme » seulement parvenant à inverser ce dernier rapport en instituant la prédominance de l’échange sur l’usage sous la forme du mouvement A – M – A’ : argent – marchandise – argent valorisé, la circulation de la marchandise n’étant plus alors que le simple moyen de conserver et d’accroître la valeur sous la forme autonomisée de l’argent – ce qui est bien pour Marx le propre du capital.

En second lieu, comme la plupart des économistes et des historiens à leur suite, Braudel travaille à partir d’une conception fétichiste du capital, en le réduisant soit à un ensemble de choses (réification) soit à une série de dispositions subjectives (personnification), en ignorant là encore ce que Marx nous a appris à son sujet. A savoir qu’il est d’abord ce rapport social de production qui transforme ces choses en moyens de valorisation et ces dispositions en pratiques de valorisation. Encore moins Braudel est-il capable de concevoir le capitalisme comme le mode de production, le type de société globale résultant du procès global de reproduction de ce rapport de production, processus par lequel ce dernier se subordonne l’ensemble de la pratique sociale, dans toute son étendue et toute sa profondeur. Cela apparaît clairement dans le passage suivant :

« Vous ne disciplinerez, vous ne définirez le mot capitalisme, pour le mettre au service de l’explication historique, que si vous l’encadrez sérieusement entre ces deux mots : capital et capitaliste. Le capital, réalité tangible, masse de moyens aisément identifiables, sans fin à l’œuvre ; le capitaliste, l’homme qui préside ou qui essaie de présider à l’insertion du capital dans l’incessant processus de production à quoi les sociétés sont toutes condamnées ; le capitalisme, c’est, en gros (mais en gros seulement), la façon dont est conduit, pour des fins peu altruistes d’ordinaire, ce jeu constant d’insertion. » (Page 52)

En troisième lieu, comme la plupart des historiens, victimes de la prédominance du paradigme libéral, Braudel réduit le capitalisme à une croissance et un développement des rapports marchands, notamment sous la forme du commerce lointain, en réduisant du coup le capital au seul capital marchand. Par conséquent, il tend à méconnaître voire à ignorer la différence essentielle, une nouvelle fois établie par Marx, entre capital marchand et capital industriel, autrement dit le moment où le capital se rend maître non plus seulement des conditions de la circulation (de l’échange) mais de celles de la production des marchandises. Alors seulement, en effet, pour parler comme Braudel, le capitalisme ne se contentera plus de jeter ses filets par-dessus les réseaux de « l’économie » et de survoler de très haut les continents des différentes « civilisations matérielles » : en colonisant la circulation marchande, il réduira la première à la portion congrue ; tandis qu’en s’emparant de la production, il pénétra les secondes dans toute leur profondeur.

En quatrième lieu, on retrouve le même manque de rigueur conceptuelle dans l’usage fait par Braudel de la notion d’économie-monde. Braudel la transforme en une sorte de notion tout terrain, qui le conduit à l’étendre à différents espaces et à différentes époques, au risque d’en compromettre l’unité : le monde romain antique centré sur la Méditerranée, le monde méditerranéen puis toute l’Europe occidentale au Moyen Age, la Russie d’avant Pierre le Grand, l’empire ottoman jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, l’Inde, l’Insulinde et la Chine, avant l’arrivée de Européens et même longtemps après, ont été pour lui autant d’économies-mondes.

Cela s’explique en définitive par le déficit de définition en compréhension du concept, que Braudel réduit à l’énumération de quelques caractéristiques descriptives. Mais rien ne nous est dit ni des conditions minimales requises pour que se constitue une économie-monde, ni de ses processus générateurs ou de ses dynamiques internes, encore moins de ses éventuelles contradictions. A peine Braudel évoque-t-il quelquefois le développement, au sein d’une économie-monde, comme condition nécessaire à sa constitution, d’une division du travail avec ses inévitables effets de développement inégal et par conséquent d’échange inégal. C’est ce qui l’empêche aussi de concevoir clairement les rapports entre les différentes parties dont se compose une économie-monde et, par conséquent, sa hiérarchie interne : la réduction du centre à une ville est abusive ; les rapports d’exploitation et de domination des zones périphériques par le centre ne sont pas systématiquement analysés et ne font pas partie de la définition principielle de la polarité entre les deux ; les notions de périphérie (incluse dans l’économie-monde) et de marge (au-delà de l’économie monde) sont enfin fréquemment confondues.

Hommage à l’illustre intellectuel Amazigh : Kateb Yacine ( 2 août 1929 – 28 octobre 1989).

« Pour être au fond de l’univers, il faut être au fond de sa société et de son village ». 

Kateb Yacine.

Yacine Kateb, plus connu sous son nom de plume Kateb Yacine, né le 2 août 1929 à Constantine, dans le département de Constantine, en Algérie française, et mort le 28 octobre 1989 à Grenoble, en France, est un écrivain, poète, romancier, dramaturge, metteur en scène, essayiste et journaliste, intellectuel engagé en faveur de l’identité Amazighe et la démocratie, originaire des Aurès.

Les œuvres de Kateb Yacine

Soliloques, poèmes.

Bône, Imprimerie du « Réveil bônois », 1946.

Réédité : Paris, La Découverte, 1991, Alger, Bouchène, 1990.

Nedjma, roman

Paris, Seuil, 1956

Le cercle des représailles, recueil de théâtre comprenant :

« Le cadavre encerclé », « Les ancêtres redoublent de férocité », « Le vautour », « La poudre d’intelligence ».

Paris, Edition du Seuil, 1959.

Le Polygone étoilé, roman

Paris, Edition du Seuil, 1966.

L’homme aux sandales de caoutchouc, Théâtre,

Paris, Edition du Seuil,1970.

L’œuvre en fragments : inédits rassemblés par Jacqueline Arnaud.

Paris, Edition Sindbad, 1986.

Le poète comme un boxeur : entretien de l’auteur, 1958-1989, rassemblés par Gilles Carpentier.

Paris, Edition du Seuil, 1994.

Minuit passé de douze heures : écrits journalistiques, 1949-1989, textes réunis par Amazigh Kateb

Paris, Edition du Seuil, 1999.

Boucherie de l’espérance : œuvres théâtrale, textes établis et traduits par Zebeïda Chergui.

« Mohamed prends ta valise », « La guerre de 2000 ans ou Palestine trahie », « La guerre de 2000 ans ou le Roi de l’Ouest », « Le bourgeois sans culotte ou le spectre du parc Monceau ».

Paris, Edition du Seuil, 1999.

Prix littéraires

1963 : Prix Jean Amrouche, décerné par la ville de Florence, Italie.

1975 : Prix Lotus décerné par les écrivains afro-asiatiques dont les œuvres embrassent les luttes des peuples du Tiers-Monde.

1980 : premier prix du Lion pour le théâtre, Académie Simba et Corriere Africano.

1987 : Grand Prix national des Lettres décerné par le ministère de la Culture en France.

1991 : Médaille d’honneur décernée à titre posthume par le Jury du Festival international du Théâtre Expérimental, le Caire.

2084 de Boualem Sansal, ou le magnifique et terrible conte orwellien de la théocratie.

2084 de Boualem Sansal,

ou le magnifique et terrible conte orwellien

de la théocratie.

Boualem Sansal : 2084, Gallimard, 288 p, 19,50 €.

 

      Où se trouve « l’Abistan » ? Parmi des montagnes ocres, brunes et lointaines, des déserts, du vide, ou au-delà du temps ? Dans une fiction, celle de Boualem Sansal, ou trop près de notre réel ? Au carrefour de maintes influences, d’une allusion non voilée à un chef d’œuvre indépassable, l’écrivain algérien parvient pourtant, comme avec une insolente et délicieuse aisance, à imprimer sa marque, indélébile qui sait, sur la tradition déjà foisonnante du roman d’anti-utopie. En une contrée imprécisée, en un futur fort précis, l’an 2084, quoique hypothétique pour qui ferait profession d’anticipation, un homme dresse le tableau cotonneux et terrible d’une théocratie hallucinante qu’il est inutile de nommer tant elle est reconnaissable : impossible, ou probable ?

 

      En son sanatorium isolé, Ati voit passer de nombreux blessés qui lui révèlent par bribes l’envers du décor : il y a bien des dissidents qui fuient vers les confins la tyrannie heureuse d’Abi, « Délégué » sur terre du dieu unique Yölah. Une « Grande Guerre sainte », y compris nucléaire, a pourtant purifié le monde entier. Mieux vaut cacher ces informations, ce doute sacrilège, car « les V ont des antennes ultrasensibles ».

      Au tournant de la première partie, Ati, à peu près guéri, quoique déclaré « À surveiller », quitte son sanatorium. Le voyage de retour dure un an, au travers de territoires encore marqués par les destructions, où « la misère était pantagruélique »,  jusqu’à la capitale, Qodsabad. Là il retrouve un studio, un travail d’archivage, sans se sentir « la force et le courage d’être un incroyant engagé ». Pourtant, sa curiosité ianapaisée trouve la force de visiter « le ghetto dit des Renégats ». Lieu dévasté, où pullulent les graffitis obscènes et blasphématoires, où les femmes débraillées peuvent être coquettes, monde inverse et choquant pour Ati et son ami Koa, qui en viennent à être taraudés par le doute… Ainsi, les péripéties alternent : entre celles dévolues à Ati et celles du vaste monde dominé par le grand Abi, idéalement immobile, où chacun vit dans des conditions misérables, et cependant secoué de convulsions programmées, comme lorsque le village originel d’Abi est redécouvert, au point de devenir lieu de pèlerinage et motif de récrire le livre saint. Mais à mi-chemin du roman, l’inquiétude des personnages, sans compter celle des lecteurs emportés par un sombre suspense, s’intensifie : seront-ils découverts lors de leur voyage initiatique vers le pyramidal siège de « l’Abigouv » ; Ati n’est-il qu’un « cobaye » ; seront-ils bientôt châtiés selon la loi terrible d’Abi ?

      Par un étrange retournement de situation, Ati est introduit dans un contre-monde, celui du luxe, où l’abilang n’a plus cours, où une conspiration lui sera révélée, quoique cachant peut-être une autre conspiration. Comme à la fin du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley[1], l’intrépide héros, invité ou piégé sait-on, approchera les secrets et les rouages du pouvoir, non sans visiter « le vingtième siècle dans un musée ». Qui sait s’il saura passer la mythique « Frontière »…

 

      C’est autant un conte d’aventure à demi légendaire qu’un essai de philosophie politique : « Dans un monde parfait, il n’y pas d’avenir, seulement le passé et ses légendes articulées dans un récit de commencement fantastique, pas d’évolution, aucune science ; il y a la Vérité, une et éternelle, et, toujours, à côté, est la Toute-Puissance qui veille sur elle ». Ou : « Le peuple serait donc une théorie, une de plus, contraire au principe d’humanité, toute entière cristallisée dans l’individu ». Ou bien : « La foi commençait par la peur et se poursuivait par la soumission ». Ou encore : « Le Système n’est jamais ébranlé par la révélation d’un fait gênant, mais renforcé par la récupération de ce fait ». Mieux, ou pire plutôt, le gouvernement suscite et entretient une opposition, de façon à souder le peuple dans sa guerre sainte aux nombreux martyrs et victimes.

      Toute une géographie se dessine sous la précision borgésienne de Boualem Sansal. Outre les montagnes, gorges et immensités désertiques, la capitale oppose à ses ghettos où l’on ne pénètre que par contrebande, les quartiers gouvernementaux, en particulier « l’Abigouv », au centre duquel trône une pyramide démesurée, « avec sur les quatre versants de son pyramidion l’œil d’Abi couvant la ville, fouillant continûment le monde de ses rayons télépathiques ». Là également, Ati et Koa vont s’aventurer… Fantastique, zeste de science-fiction, atmosphère oppresante, réalisme parfois crû, tout concourt à la réussite d’un art difficile : celui de l’anti-utopie. Cependant, plutôt qu’une île d’Utopie, comme la conçut Thomas More[2], il s’agit là d’une contre-utopie continentale, voire planétaire.

      L’allusion au 1984 d’Orwell[3] se précise lorsqu’au fronton du sanatorium est gravée cette date fondatrice. De plus, il s’agit expressément de parler l’ « Abilang », langue sacrée, comme il s’agissait de parler le novlangue, à l’exclusion de tout autre idiome. Les écrans muraux sont des « nadirs », auxquels s’ajoutent les confessions, neuf fois par jour, auprès des « Mockbis », soutenus par les « V », assurément télépathes. La guerre, pourtant passée sous silence, règne au-delà, quelque part, démentant la doxa selon laquelle le règne de Yölah est universel. Pour raccrocher le puzzle, nous apprenons, au détour d’un paragraphe, que l’Angsoc de Big Brother fut détruit par l’Abistan…

      Il y a, inévitablement, un ministère de la « Santé morale », un autre « des Archives, des Livres sacrés et de la Mémoire sainte », des « Croyants Justiciers bénévoles ». Car il est à craindre qu’un jour ou l’autre, on se retrouve « au stade à prendre du nerf de bœuf et des pluies de pierres », parmi un « saint carnage ». Le spectacle est en effet, comme dans les jeux du cirque romain, ou dans les noces du sport et de la tyrannie parmi les pages de W ou le souvenir d’enfance de Georges Pérec[4], un couronnement du régime et un exutoire pour la population, dont les meilleurs doivent être les bourreaux.

      Boualem Sansal a su non seulement créer un monde, mais aussi un langage, officiel et pervers : l’on porte le «  burni » quand les femmes portent des « burniqabs », les mosquées sont des « mockbas », « Balis » est le contrepied diabolique de Yölah, l’abilang est souvent monosyllabique, évacuant la pensée, les renégats sont des « Regs », bien qu’ils se nomment eux-mêmes « Hors », ce qui viendrait de leur ancien dieu, Horus. Quant à leur emploi du mot « Bigaye », parfois gribouillé sur un poster d’Abi, il vient de « Big Eye », qui est sans nul doute un clin d’œil au regard omniprésent de Big Brother. Seul l’étrange Toz semble échapper à cette abjecte tyrannie, tout en conservant mains objets et connaissances de l’ancien monde, lui seul connait le « Démoc », une organisation secrète…

      De même, l’écrivain a su écrire les versets, tirés des chapitres du « Livre d’Abi » (quoique tous les livres aient disparu) qui sont, de la manière la plus limpide, des récritures d’un modèle inspiré à un obscur et belliqueux prophète du VIIème siècle. Quoiqu’il faille se demander si assurément l’élève ne dépasse le maître en poésie : « Quand Yölah parle, il ne dit pas des mots, il crée des univers et ces univers sont des perles de lumière irradiantes autour de son cou ». Une mythologie et théologie nouvelles, quoiqu’à deux pas de leur modèle exécrable, gagnent en pittoresque et en intensité intellectuelle, puisque l’on peut lire la pyramide de « l’Abigouv », également appelée « Cité de Dieu », pour faire un sourire en coin à Saint-Augustin, de surcroit renforcée d’une muraille titanesque, comme une allusion à l’orgueil de la tour de Babel. Au contraire des sectateurs d’une religion aux aspirations totalitaires pas assez bien connues, Boualem Sansal a probablement lu Borges… Son magnifique 2084 est en effet la cristallisation d’une somme de mythes autant qu’une labyrinthique explosion d’ironies. Qui pourrait nous faire éclater de rire tant l’Abistan est fait d’une grotesque superbe, d’une féérie carcérale venue des Mille et une nuits, couronné par un gouvernement aux ramifications kafkaïennes, et tissé d’ubuesques complexités ; s’il ne fallait pas en pleurer des larmes d’abrutissement et de sang.

 

      Algérien, né en 1949, Boualem Sansal fut le contemporain des exactions du Groupe Islamique Armé dans les années 90, réprimées dans le sang. Fort critique envers le pouvoir algérien, en particulier de Boumédienne, il est parfois étrillé par la censure. Comme lorsque son roman Le Village de l’Allemand[5] osa un parallèle plus que judicieux entre nazisme et islamisme. Son essai, Gouverner au nom d’Allah[6],sous-titré « Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe », est une charge contre la théocratie aux mains des hommes. Sans cesse, y compris à l’occasion d’entretiens, il dénonce le totalitarisme religieux qui gangrène le Moyen-Orient, le pourtour méditerranéen et bien au-delà. Il va jusqu’à marquer à la culotte l’Occident qui selon lui a abandonné les Lumières : il est à craindre qu’il soit loin d’avoir tort en cette matière… De l’essai, en passant par ses récits, parfois en partie autobiographiques, jusqu’à l’apologue de 2084, Boualem Sansal défend les couleurs de l’humanisme avec autant de constance que d’envoûtant talent, dont nos romanciers hexagonaux, repliés sur la frilosité de leur blanc papier, feraient bien de prendre de la graine.

      Car un tel roman a bien entendu une dimension pamphlétaire, y compris contre l’éducation, lorsqu’elle fait de vous un « avaleur de contes noirs et de légendes gamines,  réciteur de versets abracadabrantesques, de slogans obtus et d’anathèmes insultants, et pour l’exercice physique, un parfait exécuteur de pogroms et de lynchages en tous genres ». En effet, selon Toz, maître de son musée de la vie humaine, « La religion, c’est vraiment le remède qui tue ». La seule erreur d’appréciation de Boualem Sansal réside en sa conviction que l’Abistan de 2084 vient « du dérèglement interne d’une religion ancienne », alors que cette dernière reste, ab ovo, une tyrannie fidèlement meurtrière[7].

      Le sous-titre, « La fin du monde », était peut-être superflu, qu’importe. À moins qu’il faille plutôt y lire le début d’un monde, dans « le regard d’un homme qui, comme lui, avait fait la perturbante découverte que la religion peut se bâtir sur le contraire de la vérité et devenir de ce fait la gardienne acharnée du mensonge originel ». Souhaitons alors qu’un tel regard, « petite racine de liberté », se multiplie…

      Si l’on ne doit guère prendre garde aux choix plus que discutables des Prix littéraires, on sera cependant ravi de constater que Prix du roman de l’Académie Française a au moins pour deux fois couronné des livres engagés, quoique chacun bien à leur manière, contre les totalitarismes : Les Bienveillantes de Jonathan Littell[8] et ce 2084. Ce dernier était en lice pour le Goncourt. On lui a pourtant préféré l’ambitieux et onirique Boussole de Mathias Enard[9], qui narre les errements d’un verbeux orientaliste un peu trop indulgent envers le Moyen-Orient et sa religion du Prophète ; ce qui en dit bien long sur le politiquement correct et la pusillanimité de notre classe médiatique déboussolée…

 

      « Il est des musiques que l’on entend que dans la solitude, hors de l’enceinte sociale et de la surveillance policière. » C’est celle de ce récit de soumission et d’insoumission, ce conte philosophique, qu’il faudrait placer auprès de celui de Michel Houellebecq[10], d’un tel livre fantôme et cependant armé d’une forme satirique incommensurable contre une théocratie qu’il n’est nul besoin de nommer, tant son abomination sue par toutes les pages du roman de Boualem Sansal. Qui est en effet à la théocratie ce qu’Orwell est au nazi-communisme… Reste à se demander avec lui, touchés que nous sommes par « la rencontre explosive de la Liberté et de la Vérité » : « Comment convaincre les croyants qu’ils doivent cesser d’importuner la vie » ?

Thierry Guinhut

Une vie d’écriture et de photographie


[1] Voir : Du Meilleur des mondes aux Temps futurs : anti-utopies scientifiques et superstitieuses

[2] Voir : Etat, utopie et justice sociale de Thomas More à Ruwen Ogien

[3] Voir : Cher Big brother : Orwell au prism américain et-français

[4] Georges Pérec : W ou le souvenir d’enfance, Denoël, 1975.

[5] Boualem Sansal : Le Village de l’Allemand, Gallimard, 2008.

[6] Boualem Sansal : Gouverner au nom d’Allah, Gallimard, 2013.

[7] Voir : Du fanatisme morbide islamiste : de l’Etat islamique aux Instants soufis en passant par le Coran

[8] Voir : Retour sur Les Bienveillantes de Littell

[9] Mathias Enard : Boussole, Actes Sud, 2015.

[10] Voir : Houellebecq : extension du domaine de la soumission, satire ou adhésion ?


Manquez-vous de temps pour écrire votre livre ?

Rêvez-vous d’avoir le temps de le faire ? 

Peut-être attendez-vous chaque congé avec impatience… et peut-être qu’à la fin du séjour, vous vous rendez-compte avec frustration que vous n’avez pas écrit… Ou trop peu… Ou rien de satisfaisant… ?

Si je vous disais que le soucis n’est pas réellement un manque de temps ? Si je vous disais que c’est le mode de fonctionnement de votre cerveau qui vous joue des tours?

Mais que c’est loin d’être une fatalité lorsqu’on sait ce qui bloque, et comment le supprimer… C’est la raison pour laquelle je vous invite à nous rejoindre lors d’une conférence gratuite en ligne intitulée « Les Secrets des Ecrivains » où je vous expliquerai exactement pourquoi et comment vous pouvez écrire votre livre… Même quand vous avez l’impression de ne pas avoir de temps. 

Je vous expliquerai aussi pourquoi le système actuel est fait pour sur-exploiter les auteurs comme des vaches à lait, et comment vous pouvez devenir un auteur libre de toute contrainte. 

Je suis Emmanuelle Soulard, et je rends leur valeur aux auteurs, pour qu’ils ne se perdent plus en écrits vains. Ce que vous avez à partager est précieux, pour vous, comme pour vos lecteurs. 

Si vous avez envie d’écrire, alors rien ne devrait vous empêcher de le faire, de publier, et éventuellement de toucher de royalties sur vos œuvres. 

Même pas votre vie déjà bien remplie.

Écrire son histoire, c’est être porté par son cœur pour offrir ce qu’on porte de plus beau et parfois de plus difficile. Vous en avez envie et vous ne savez pas comment faire ? Vous n’êtes pas seul(e). 

La conférence est 100% gratuite, en ligne, vous pouvez la suivre de partout dans le monde, et j’y partage de nombreux conseils. Je propose ensuite mon accompagnement, dans le cadre de la formation Ecrire Un Livre Accrocheur, pour ceux qui le désirent, avec des tarifs adaptés à leurs projets et à leurs objectifs.

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Au plaisir de vous lire, et de vous aider de mon mieux dans votre écriture 

Sylvia Plath est née le 27 octobre 1932. C’est une très grande poète américaine. Son oeuvre – marquée par les tons romantiques des thèmes et le classicisme de la forme – a été brutalement brisée par son suicide, alors qu’elle n’avait que 31 ans.

Chanson d’amour de la folle

′′ Je ferme les yeux et tout le monde tombe mort ;

Je lève mes couvercles et tout est né de nouveau.

(Je pense que je t’ai inventé dans ma tête. ))

Les étoiles valsent en bleu et rouge,

Et des galops arbitraires de noir dans :

Je ferme les yeux et tout le monde tombe mort.

J ‘ ai rêvé que tu m’envoies au lit

Et m’a chanté par la lune, m’a embrassé assez fou.

(Je pense que je t’ai inventé dans ma tête. ))

Dieu chauffe du ciel, les feux de l’enfer s’estompent :

Sortie séraphin et les hommes de Satan :

Je ferme les yeux et tout le monde tombe mort.

J ‘ ai cru que tu reviendrais comme tu l’as dit,

Mais je vieillis et j’oublie ton nom.

(Je pense que je t’ai inventé dans ma tête. ))

J ‘ aurais plutôt dû aimer un tonnerre ;

Au moins quand le printemps revient, ils rugissent à nouveau.

Je ferme les yeux et tout le monde tombe mort.

(Je pense que je t’ai inventé dans ma tête. ) ′′

Marcel Proust
Mélanges

Roland Barthes

De son vivant, Roland Barthes a peu publié sur Proust : cinq textes ou articles – bien que ce fût sans doute, de son propre aveu, l’auteur qu’il aura le plus lu, dès l’adolescence et avec une importance encore accrue les dernières années, dans le deuil de sa mère morte en 1977, qu’il n’a cessé de mettre en écho avec la mort de la mère de Proust, en 1905.

Car Proust est un puits sans fond, et une énigme qui garde tout son vertige. Il y a le passage de la mondanité à la retraite de l’écriture (le « ça prend »). Il y a la construction par blocs de la Recherche, son moteur narratif, sa géographie, sa profondeur historique, la mémoire involontaire, la préparation des personnages, les renversements d’optique, les distorsions des modèles, bref, toute une alchimie complexe, innovante, audacieuse, l’invention d’une forme.

Barthes ouvre des pistes, prend des raccourcis, adopte, écarte, il offre une vision parfaitement moderniste d’un auteur extraordinairement moderne.

On a regroupé ici les textes parus du vivant de Barthes, la transcription de trois émissions de France Culture, quelques inédits, quelques fragments d’un cours au Collège de France, et une importante sélection de fiches issues du « grand fichier ». Au fond, ce livre répare un manque. Le « Proust par Barthes » faisait défaut. Le voilà, scintillant, vibrionnant, séminal.

Barthes et Proust, c’est du sérieux” écrit Mathieu Lindon dans 

Libération

.

“Réunir les textes et interventions de Barthes sur Proust est évidemment un pur artifice. C’est aussi, simplement, une réparation, et une façon de remettre Proust au cœur de Barthes (ou, tout autant, Barthes au cœur de Proust)” nous explique Bernard Comment, éditeur de l’ouvrage “Marcel Proust. Mélanges”, signé Roland Barthes. Dans celui-ci, l’auteur ouvre des pistes, prend des raccourcis, adopte, écarte, il offre une vision parfaitement moderniste d’un auteur extraordinairement moderne.

Le « Proust par Barthes » faisait défaut.

« Mais il vient toujours une heure dans l’Histoire où celui qui ose dire que deux et deux font quatre est puni de mort. L’instituteur le sait bien. Et la question n’est pas de savoir quelle est la récompense ou la punition qui attend ce raisonnement. La question est de savoir si deux et deux, oui ou non, font quatre. » 

—- Albert Camus, La Peste (1947)

Le saviez-vous ? Le nom de notre média fait bien référence au roman d’Albert Camus, « La Peste », dont l’essence résonne aujourd’hui presque avec cruauté dans notre société. Nous rendons hommage à Samuel Paty, et à tous celles et ceux tués par l’ignorance et la barbarie. Mais nous combattrons également avec fermeté toutes les dérives fascistes qui profitent de cette tragédie pour nourrir la haine et la peur.

La Relève et La Peste

Le 25 octobre 1867 est né Benjamin Constant, écrivain et homme politique français d’origine suisse. Son oeuvre, essentiellement dédiée aux essais politiques, est cependant dominée par l’inoubliable « Adolphe », chef-d’oeuvre de la littérature amoureuse.

« J’avais, dans la maison de mon père, adopté sur les femmes un système assez immoral. Mon père, bien qu’il observât strictement les convenances extérieures, se permettait assez fréquemment des propos légers sur les liaisons d’amour : il les regardait comme des amusements, sinon permis, du moins excusables, et considérait le mariage seul sous un rapport sérieux. Il avait pour principe, qu’un jeune homme doit éviter avec soin de faire ce qu’on nomme une folie, c’est-à-dire de contracter un engagement durable avec une personne qui ne fût pas parfaitement son égale pour la fortune, la naissance et les avantages extérieurs ; mais du reste, toutes les femmes, aussi longtemps qu’il ne s’agissait pas de les épouser lui paraissaient pouvoir, sans inconvénient, être prises, puis être quittées ; et je l’avais vu sourire avec une sorte d’approbation à cette parodie d’un mot connu : « Cela leur fait si peu de mal, et à nous tant de plaisir ! »

Adolphe (1816)

Après nous avoir raconté son Jean Eustache dans le passionnant Au travail avec Eustache, publié en 2017, Luc Béraud revient cette fois sur la carrière de l’un des plus grands chefs opérateurs français : Pierre Lhomme. Livre hommage à un ami, mais surtout au septième art, dans lequel on se plonge avec un réel plaisir.

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Résumé : De Bresson à Eustache en passant par Cavalier, Pierre Lhomme a illuminé au sens propre comme au figuré plus d’une soixantaine de films. Dans cet ouvrage aux allures d’hommage, Luc Béraud prend le temps de raconter son ami et surtout l’influence de ce dernier sur le cinéma français. Plus qu’un hommage à Pierre Lhomme, c’est un hommage à ce qu’il a fait pour le cinéma.

Critique : Entrepris avec Pierre Lhomme, cet ouvrage, qui devait au départ se présenter sous forme d’entretiens, s’est malheureusement transformé, à la mort de ce dernier. En effet, plutôt que de totalement abandonner son projet, Luc Béraud a continué son livre, comme pour rendre un dernier hommage à son ami disparu, mais aussi et surtout au cinéma.

Si, pour beaucoup, le nom de Pierre Lhomme n’évoque rien, il est pourtant l’une des figures les plus importantes du septième art français, à qui beaucoup de réalisateurs doivent la beauté de leurs films.
De même que les auteurs de la Nouvelle Vague ont totalement révolutionné la façon de créer, en privilégiant par exemple les décors naturels et les tournages en extérieur, Pierre Lhomme a lui aussi bouleversé le travail de la lumière, pour s’adapter à cette nouvelle façon de faire du cinéma.
En effet, si la lumière nous paraît aller de soi, de telle sorte qu’on n’y prête plus attention, c’est pourtant elle qui permet à une réalisation d’emprunter une direction particulière, de créer une ambiance, une atmosphère. Dans le film L’Armée des Ombres de Melville, c’est la froideur des éclairages qui permet au film d’avoir une identité visuelle si unique et de créer une ambiance si particulière. En outre, dans La Maman et la Putain, personne n’a oublié la beauté du noir intense et du blanc si caractéristique du long métrage, qui participent à la profondeur du propos.
Qu’elle soit naturelle, artificielle, en couleur ou en noir et blanc, la lumière est centrale, son traitement aussi, et ce livre nous le rappelle. Ainsi, lorsqu’à la suite des Godard, Truffaut et autre Eustache, les tournages se sont font en extérieur, impossible pour Pierre Lhomme d’avoir un éclairage homogène. Il fallait donc ruser, en jouant avec le soleil, pour adoucir un plan, un paysage, mais aussi un visage.
Comme le rappelle Luc Béraud, Pierre Lhomme était aussi connu pour sa capacité à saisir les visages, en lissant les traits un peu sévères, ou au contraire en accentuant une fossette. Son travail permettait ainsi aux comédiens d’être mis en valeur, de se savoir beaux et donc de bien jouer, comme pour Isabelle Adjani dans Mortelle randonnée, qui se sentait sublimée par la façon dont son visage était mis en valeur.

En ce qui concerne la structure de l’ouvrage, Luc Béraud décide de chapitrer le roman par film et par ordre chronologique. Ainsi, le lecteur découvre une véritable histoire du cinéma, explorant en quelque sorte les coulisses des grands changements survenus au fil des époques. Il s’immisce également dans les caprices de certains réalisateurs comme Jean-Pierre Melville. Sous couvert de parler de la lumière et de Pierre Lhomme, Luc Béraud parle en réalité du cinéma et de ceux qui le font avec passion.

C’est un livre qui se dévore comme un roman et dont on peine à se détacher, tant il transpire l’amour du septième art et la tendresse pour cet ami disparu. De plus, chaque tournage est raconté avec beaucoup de détails et d’anecdotes, permettant de découvrir ou de redécouvrir certains films sous un nouvel angle, avec un œil attentif sur l’image et le traitement de la lumière.

368 pages – 23 euros

Elise Turkovics

– Peut-être, répondit Lord Evandale tout pensif, notre civilisation, que nous croyons culminante, n’est-elle qu’une décadence profonde, n’ayant plus même le souvenir historique des gigantesques sociétés disparues. Nous sommes stupidement fiers de quelques ingénieux mécanismes récemment inventés, et nous ne pensons pas aux colossales splendeurs, aux énormités irréalisables pour tout autre peuple de l’antique terre des Pharaons. Nous avons la vapeur : mais la vapeur est moins forte que la pensée qui élevait les pyramides, creusait les hypogées, taillait les montagnes en sphinx, en obélisques, couvrait les salles d’un seul bloc que tous nos engins ne sauraient remuer, ciselait des chapelles monolithes et savait défendre contre le néant la fragile dépouille humaine, tant elle avait le sens de l’éternité !

Théophile Gaultier, Le Roman de la Momie,1857.

Le 24 octobre 1868 est née Louise Eugénie David qui deviendra Alexandra David-Neel. 

« Mon désir de me rendre compte par moi-même est trop fort pour me permettre de me contenter en n’importe quelle matière, de ce que je puis apprendre dans les livres ou par les récits d’autrui. » 

Extrait de 𝘓’𝘪𝘯𝘥𝘦 𝘰𝘶̀ 𝘫’𝘢𝘪 𝘷𝘦́𝘤𝘶. 𝘈𝘷𝘢𝘯𝘵 𝘦𝘵 𝘢𝘱𝘳𝘦̀𝘴 𝘭’𝘪𝘯𝘥𝘦́𝘱𝘦𝘯𝘥𝘢𝘯𝘤𝘦. Paris. Plan, 1951 p.181

Photos : Alexandra David-Neel 𝘤𝘪𝘳𝘤𝘢 1925

Le Dr Daniel Zagury psychiatre psychanalyste sait de quoi il parle… 

Son livre est passionnant … Ce sont des gens comme lui que la pétition « justice sans psychanalyse » voulait exclure des tribunaux… 

Heureusement elle a fait pschitt mais pour combien de temps ?

La cancel culture américaine qui a infiltré nos universités n’épargnera pas certains savoirs que des groupuscules extrémistes veulent éradiquer. Ces groupuscules soutiennent un discours pro science très à la mode et participent de la chasse aux sorcières actuelle contre la psychologie clinique qui fait une part importante aux travaux psychanalytiques dont nul ne contestera qu’ils ont permis des avancées considérables en matière de victimologie, de criminologie, de prise en charge du traumatisme et dans plein d’autres domaines… J’ai fait la formation canadienne à base de statistiques et de questionnaires mais croyez moi rien ne remplacera un bon psychologue clinicien… Messieurs Mesdames les politiques n’encouragez pas la fermeture des sections de Psychologie Clinique qui sont plus qu’essentielles par les temps qui courent… Renforcez les plutôt en les spécialisant pour certaines en criminologie, en victimologie et surtout soutenez leurs travaux de recherche… Un examen attentif des travaux qui ont permis des avancées considérables dans les domaines qui nous préoccupent aujourd’hui (comme celui de la violence), vous permettront de comprendre pourquoi la fermeture de ces sections serait une erreur de plus que nous ne pouvons pas nous permettre… La psychologie clinique est essentielle… J’espère qu’aujourd’hui tout le monde l’a compris…


REVUE DE PRESSE

 » La barbarie des hommes ordinaires  » de Mr l’Expert psychiatre Daniel Zagury – publié en février 2018

 » Pourquoi les actes les plus barbares sont-ils si souvent commis par les hommes les plus ordinaires ? Un mari assassine brutalement la femme qu’il disait aimer ; une mère tue son enfant à la naissance ; un homme respectable participe à un génocide ; un petit délinquant prépare une tuerie. Cela suscite à chaque fois l’incrédulité et la stupéfaction de l’entourage et des médias. C’était « un homme sans histoire », « une jeune femme discrète », « un marginal sans grande envergure »… Comment ces personnes basculent-elles dans la barbarie ? Quels sont les mécanismes psychiques à l’oeuvre pour que leur pensée se vide et que plus rien ne les retienne ? Quelles barrières émotionnelles et morales sont un temps franchies pour que surgisse l’impensable ? Ce livre éclaire les conditions qui, d’étape en étape, conduisent à des actes aussi atroces. Il explore la clinique de la banalité du mal. Il nous semble incroyable de commettre de telles horreurs. Cela dépasse notre entendement. Pourtant, les cas ici présentés ne relèvent ni de la maladie, ni de la perversion, ni de la psychopathie. Autrement dit, ils nous ressemblent. » ( source amazon )

Arthur Schnitzler est mort le 21 octobre 1931. C’est l’un des brillants écrivains de la Vienne du début du XXème siècle. Ses oeuvres, passionnées par les interrogations sur la psychologie humaine, le rapprochent de Sigmund Freud qui disait de lui : « Je pense que je vous ai évité par une sorte de crainte de rencontrer mon double ». 

« Nurnberger sourit de cette conception d’Henri selon laquelle les politiciens représenteraient une race d’hommes particulière, alors que cela faisait partie des obligations extérieures, même pas indispensables, de cette profession de s’afficher pompeusement comme une espèce singulière, et de cacher sa grandeur ou son insignifiance, son énergie ou sa paresse derrière des titres, des abstractions, des symboles. Ce que représentaient parmi eux les gens insignifiants ou les illusionnistes était évident, c’étaient tout simplement des hommes d’affaires, des escrocs ou de beaux parleurs. Mais ceux qui comptaient, les hommes d’action, les personnalités géniales, n’étaient au fond d’eux-mêmes que des artistes. Eux aussi essayaient de créer une oeuvre, une oeuvre qui prétendait à la même immortalité, à la même finalité que n’importe quelle oeuvre d’art. A la différence que la matière qu’ils formaient n’était pas chose figée, ambigüe comme les sons et les mots, mais une matière vivante perpétuellement en mouvement. »

Vienne au crépuscule (Der Weg ins Freie, 1907) traduit de l’allemand par R. Dumont)

Quand j’entends Michel Simon lire  » Voyage au bout de la nuit « , je me rends compte à quel point il a connu et compris Céline. Il n’y a aucune préciosité à avoir lorsque l’on lit Céline. On se doit de jeter le texte en étant profondément populaire. Point barre. Tout l’inverse de l’intouchable Luchini qui remplit les théâtres en n’en pouvant plus de lui-même et en nous faisant une dégustation indigeste que Céline aurait détesté ; celle qui consiste à se servir la soupe plutôt que le texte. Il faut dire qu’en comparant Michel Simon à Fabrice Luchini, on prend déjà le risque d’être ridicule.

la solitude Caravage, Yannick Haenel (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine 12.10.20 dans La Une LivresCritiquesArtsLes LivresFolio (Gallimard)Essais

La solitude Caravage, 336 pages, 8,50 €

Ecrivain(s): Yannick Haenel Edition: Folio (Gallimard)

Le Caravage ou la dernière des solitudes

Evoquer la figure du peintre Le Caravage revient à se heurter à beaucoup d’inconnues. Cet artiste fut d’ailleurs quasiment oublié pendant de longs siècles. C’est au milieu du XX° que l’historien de l’art Roberto Longhi a exhumé son œuvre et sa mémoire des tombeaux de l’histoire. Et c’est un cadavre auréolé de toute une légende qui va alors resurgir. Déjà, à son époque, on le considérait comme un « extravagant » ainsi que le jugeait l’un de ses mécènes le cardinal Del Monte. Et on ne cesse de le qualifier aujourd’hui comme un artiste maudit à l’instar de Villon, Sade ou Rimbaud, peut-être à tort. Il est vrai que c’est un peintre passionné, c’est le moins que l’on puisse dire, un être fiévreux, ombrageux, à la vie incandescente et au tempérament de flamme. Un esprit transgressif encore, frondeur, bagarreur et qui fut poursuivi dans les dernières années de sa courte vie pour un crime commis au cours d’une rixe. Une sorte de « bad boy » dans le XVI° siècle italien.

Dans son ouvrage, La solitude Caravage, Yannick Haenel s’approprie l’œuvre et le destin de ce peintre. Haenel nous parle de « son » Caravage. Tout commence pour lui à 15 ans, au pensionnat où il découvre, dans un livre d’art, le visage et le buste de Judith avec une émotion proche du « coup de foudre ». Un tableau qui « a changé (s)a vie ». Et son intérêt se poursuit et s’accroît au-delà de cette période juvénile. Nous le suivons, nous lecteur, non sans plaisir dans ses pérégrinations dans les grands musées européens (à Paris, Naples, Berlin, Dublin…), dans différentes expositions (Jacquemart-André, Dentro Caravaggio à Milan…), et dans tous les lieux où sont présentes des œuvres du Caravage, notamment l’église Saint-Louis-des-Français à Rome. Et Yannick Haenel nous confie son émotion presque à chaque rencontre. Il se dit « saisi », comme brûlé par la lumière de ces toiles, bousculé par cette peinture « effrayante ». Une telle œuvre a quelque chose d’aveuglant, comme à Milan où sous le coup de l’émotion, il perd le cahier de ses notes, ses lunettes, et revient chez lui « sans plus rien voir ».

On peut d’ailleurs s’interroger sur le genre du livre de Yannick Haenel. Est-ce une autobiographie ? Une monographie sur Le Caravage ? Ou bien encore un essai sur le pouvoir de la peinture ? Un roman pourquoi pas, la vie et le personnage du Caravage étant si « romanesques » ? Un peu de tout cela, peut-être, une sorte de kaléidoscope où ses différentes pistes se rejoignent de temps à autre. Et surtout un récit d’initiation puisqu’il écrit : « Il y a toujours une aventure cachée à l’intérieur d’un récit, et souvent aventure et vérité sont indiscernables : ce qui s’écrit ici, depuis le déploiement secret d’une érotique placée sous le signe de Judith, jusqu’à mon avancée nocturne vers la solitude du Caravage, raconte un voyage intérieur ».

On le suit volontiers dans cette « expérience intérieure » qui est la sienne où viennent s’éprouver et s’écrire les limites. Il est vrai que l’œuvre du Caravage est puissante, passionnée, faite de contradictions où s’affrontent l’ombre et la lumière ; et sa présence violente ne cesse d’interpeller, surtout à notre époque. Ses tableaux souvent déséquilibrés dans leur composition viennent rompre avec une perspective géométrique rassurante et sont marqués par l’excès. « L’exubérance est beauté » écrivait William Blake. Une formule qui sied parfaitement au Caravage. A ce propos, Haenel écrit : « Certains artistes ont besoin du tumulte, qui ne contredit pas la rigueur de leur travail : au contraire, l’excès profite à leur intelligence, et la combustion nocturne de leurs sens accorde des flammes à leur palette ».

Un dernier intérêt du livre est de s’arrêter sur quelques-uns des chefs-d’œuvre du Caravage et d’aller fouiller vers ce qui vibre en eux. Judith décapitant Holopherne, qui a tant fait d’effet sur l’auteur, mais encore La vocation de Saint MatthieuLe Jeune Bacchus maladeLa Décollation de saint Jean-Baptiste, toutes des œuvres troublantes. Et devant toute cette production artistique, Haenel met l’accent sur la quête du Caravage, lui qui s’est souvent représenté sur la toile au cœur de l’action peinte comme s’il voulait s’impliquer doublement dans ses créations.

Dès lors, c’est une quête éminemment solitaire qui est poursuivie d’œuvres en œuvres et qui ne cesse de nous interroger aujourd’hui. Une aspiration fondamentalement mystique vers ce que Yannick Haenel appelle la « vérité », la « lumière » ou encore le « mystère » malgré « la nuit et l’obscurité ».

Charles Duttine

Yannick Haenel co-anime avec François Meyronnis la Revue Ligne de risque. Il a récemment publié Cercle (Gallimard, 2007, Folio n°4857), et Jan Karski (2009, Folio n°5178), prix du Roman Fnac et prix Interallié.

Les seules personnes pour moi sont les folles, ceux qui sont fous de vivre, fous de parler, fous d’être sauvés, désirables de tout en même temps, ceux qui ne baillent jamais ou disent une chose commune, mais brûlent, Brûler, brûler comme de fabuleuses bougies romaines jaunes explosant comme des araignées à travers les étoiles et au milieu, vous voyez la lumière bleue et tout le monde s’en va ! »

Jack Kerouac

, sur la route

Avant de sortir, il ne fit pas de projets. Capucet était comme les poules que le soleil tire du poulailler. Il s’en allait le matin parce ce qu’on s’en va le matin. Chez lui, d’ailleurs, il n’avait rien à faire. Dehors, non plus, bien sûr, mais il aimait toucher du pied la terre du plat Cantagrel qu’il avait dans l’oeil depuis soixante-six ans. Il aimait les gens, leurs vaches, leurs clôtures et leur eau-de-vie. Et s’il se plaisait à les regarder travailler, c’était sans ironie. Ceux du pays le savaient bien et l’avaient en bonne amitié, parce que Capucet était un personnage reposant. On était sûr qu’il n’avait désir ni besoin de posséder quelqu’un, terre ou femme. A Cessigney, on disait volontiers de Capucet, bien qu’il fût très rarement à la messe, qu’il n’attendrait pas longtemps aux portes du paradis. Capucet n’en était pas orgueilleux et riait à l’entendre dire, confiant tout de même. Les mains dans les poches de son corps astral, il arpentait Cantagrel et le bois de l’Etang, toujours très pressé d’arriver où rien ne l’appelait, la pensée au bout du nez.

La table-aux-crevés, 1929.

Marcel AYMÉ (29 mars 1902 – 14 octobre 1967)

Friedrich Nietzsche est né le 15 octobre 1844. Il fut un philosophe flamboyant, libertaire et d’une exigence éthique absolue. La grandeur de sa pensée s’accompagne d’une écriture superbe, envoûtante, proche de la poésie pure.

« Par chance je suis dépourvu de toute ambition politique ou sociale, en sorte que je n’ai à craindre aucun danger de ce côté-là, rien qui me retienne, rien qui me force à des transactions et à des ménagements ; bref j’ai le droit de dire tout haut ce que je pense, et je veux une bonne fois tenter l’épreuve qui fera voir jusqu’à quel point nos semblables, si fiers de leur liberté de pensée, supportent de libres pensées. »

Lettre à Malwida von Meysenburg, 25 octobre 1874

Être de trop pour l’éternité : liberté et domination chez Sartre (Partie 1) (par Augustin Talbourdel)

« Dans la pensée de Sartre, liberté et domination sont jumeaux dans l’existence et jamais ne se quittent. Comme Rousseau, Sartre affirme que la liberté de l’homme apparaît autant nécessaire que menacée et mise à l’épreuve, à ceci près qu’il n’y a pas d’état de nature chez Sartre : la conscience humaine n’est jamais à l’œuvre que dans une situation. »

Un #essai clairvoyant qui nous livre une analyse pertinente sur la perte du commun faisant naître des individualités de plus en plus resserrées sur elles-mêmes. Eric Sadin étudie le rôle de l’#histoire, des promesses non tenues, des rancœurs grandissantes, des #inégalités sociales tout aussi croissantes qui sont des facteurs décisifs à la construction de tant d’individualités. L’auteur saisit le rôle essentiel que les outils numériques ont eu et continuent de développer sur la psyché humaine ainsi que sur les mutations sociales se caractérisant le plus souvent par une affirmation de soi violente, tyrannique. Le moi est roi sanguinaire, le verbe étant son arme absolue.

« L’ère de l’individu tyran : la fin d’un monde commun » d’Eric Sadin aux 

Editions Grasset et Fasquelle

Cette semaine, sociologie du sociologue français incontournable de la deuxième moitié du XXᵉ siècle, Pierre Bourdieu, mort en 2002.

Comment se situer face à l’héritage de Bourdieu ? Quels sont les liens entre philosophie et sociologie ? Distinction, Etat, habitus et critique, 4 concepts clés pour examiner la pensée de Bourdieu dans le travail sociologique aujourd’hui, entre héritage et critique

L’insociable sociabilité, comment comprendre cette idée éminemment paradoxale ? Pourquoi sommes-nous si attachés à vivre avec les autres tout en ne les supportant pas ?

Foule• Crédits : Gallo Images-David Malan – Getty

L’invité du jour 

François Calori, maître de conférences à l’UFR de philosophie de l’Université Rennes 1

Un modèle newtonien

On a comme deux forces, c’est un peu comme un modèle newtonien qui serait ici à l’œuvre, avec d’un côté une force centripète qui nous rapproche les uns des autres et de l’autre une force centrifuge qui nous éloigne. Cet oxymore est pour Kant une composante essentielle de la nature humaine.
François Calori

Les uns avec les autres 

L’homme ne peut pas développer ses potentialités en dehors d’une société civile, c’est-à-dire avec les autres hommes, puisque c’est la rivalité qui va amener les hommes à vouloir se dépasser. Et en voulant se dépasser, ils peuvent se réaliser eux-mêmes. L’image de la forêt, très célèbre, illustre parfaitement ce mécanisme de l’insociable sociabilité. C’est seulement dans la forêt que les arbres peuvent pousser grands et droits, pourquoi ? Parce que rassemblés les uns à côté des autres, ils sont obligés de lutter les uns avec les autres pour atteindre la lumière. Ils doivent grandir plus haut afin de dépasser les autres.
François Calori

Texte lu par Eric Herson-Macarel :

  • Emmanuel Kant, L’Idée d’une histoire universelle d’un point de vue cosmopolite, 4° proposition, La pléiade,

Cela ne me fait plus pleurer et mourir et me déchirer de la voir partir parce que tout s’éloigne de moi comme ça maintenant – filles, visions, n’importe quoi, juste de la même façon et pour toujours et j’accepte la perte pour toujours. » Jack Kerouac , Visions de Cody

Liste de lecture de TED: 78 livres de bien-être pour vous aider à vous réjouir, à réfléchir ou à vous ressourcer

  • enthousiastes pour des lectures édifiantes, comme suggéré par les conférenciers TED et les éducateurs TED-Ed.

Si tu cherches du calme

La paix des choses sauvages: et autres poèmes  de Wendell Berry
Ce petit livre de poésie est ma dose matinale actuelle de calme, et je l’utilise comme une méditation si je me sens stressé par la journée à venir. Le verset le plus célèbre est le poème titre, qui ne manque jamais de me ramener de notre monde au rythme rapide et axé sur la technologie dans des souvenirs de belles promenades en forêt. À travers ce volume, j’apprécie de découvrir d’autres œuvres de ce merveilleux poète, qui écrit: «Pour un temps, je me repose dans la grâce du monde, et je suis libre.»
– Suzie Sheehy (conférence TED: les arguments en faveur de la recherche axée sur la curiosité )

La pluie au Portugal de Billy Collins (conférence TED: deux poèmes sur ce que les chiens pensent – probablement )
Collins est de loin mon poète préféré. Ses paroles me remplissent d’une telle aisance et chaleur, et elles ne manquent jamais de me mettre dans une meilleure humeur accrue. J’ai toujours l’impression que ses poèmes m’aident à voir le monde, plutôt que de simplement le traverser aveuglément. J’aurais pu choisir n’importe quel volume de son travail, mais celui-ci – son dernier – est un excellent endroit pour commencer.
– Luke Sital-Singh (performance TED: «Afterneath» / «Killing Me» )

Bells in Winter de Czeslaw Milosz
Ce petit livre de poésie apporte des moments d’émerveillement intense sur l’inconnaissabilité de la condition humaine. Certains de ces poèmes me calment comme un verre d’eau claire et froide. Qu’il y ait quelqu’un comme Milosz, qui puisse comprendre et distiller l’expérience humaine de cette manière, contribue à faire reculer notre chaos social moderne.
– Linda Elkins-Tanton (Leçon TED-Ed: Pourquoi la NASA envoie-t-elle un vaisseau spatial dans un monde métallique? )

Zen Shorts par Jon J. Muth
Mon mari et moi avons lu ce livre illustré pour enfants à ma fille plusieurs fois, mais je pense que lui et moi avons appris plus qu’elle ne l’a fait! Il donne des leçons de vie importantes comme: les événements de la vie «bons» et «mauvais» n’existent pas – ce qui semble être une bonne situation de vie peut avoir de mauvaises conséquences, et ce qui semble être une mauvaise situation peut conduire à quelque chose de positif. Je pratique quotidiennement ce que j’ai appris de ces histoires inspirantes.
– Mara Mintzer (conférence TED: Comment les enfants peuvent aider à concevoir des villes )

Si vous souhaitez être plus proche des gens de votre vie

Votre corps est votre cerveau: tirez parti de votre intelligence somatique pour trouver un but, renforcer la résilience, approfondir les relations et diriger plus puissamment par Amanda Blake
J’adore une lecture qui me laisse croire que je peux changer en pratiquant des étapes simples, et ce livre est tout cela. Blake nous apprend comment puiser dans notre intelligence la plus puissante – à savoir, la posture, les gestes et les sensations – et vivre vraiment de notre pouvoir authentique.
– Tammy Lally (conférence TED: soyons honnêtes sur nos problèmes d’argent )

Parent pacifique, frères et sœurs heureux: comment arrêter les combats et élever des amis pour la vie par Dr. Laura Markham
Markham a été un tel compagnon pour moi et ma femme dans notre parcours parental. Si élever des enfants est peut-être le plus grand cadeau, ce n’est pas sans défis. Ce livre fournit des outils et des conseils exploitables, tous imprégnés de recherches solides, que je suis ravi de mettre en pratique. C’est rare avec les livres d’auto-assistance!
– Vinay Shandal (conférence TED: Comment les investisseurs conscients peuvent faire monter la pression et faire changer les entreprises )

Des erreurs ont été faites (mais pas par moi): Pourquoi nous justifions des croyances insensées, de mauvaises décisions et des actes blessants par Carol Tavris et Elliot Aronson
Ce livre m’oblige à réfléchir et à reconnaître quand la dissonance cognitive entre dans mon processus de prise de décision. Citant de nombreux exemples historiques dans lesquels ce phénomène psychologique a eu un impact négatif sur les résultats, Tavris et Aronson montrent avec brio au lecteur comment nous pouvons identifier la dissonance dans nos choix, vous aidant finalement à prendre de meilleures décisions et à favoriser de meilleures relations.
– Kelly Richmond-Pope (conférence TED: Comment les dénonciateurs façonnent l’histoire )

Retirer le travail du réseautage: un guide introverti pour établir des liens
quicomptent par Karen WickreQui savait que se connecter aux autres pour sa carrière pouvait être si authentique, d’observation et réciproque? Dans cette lecture pratique et agréable, Wickre révèle un tout nouveau type de réseau pour notre monde numérique de plus en plus transactionnel. Plein d’idées et de conseils utiles, en particulier en ce qui concerne les médias sociaux, c’est le livre parfait pour toute personne en pleine transition de carrière ou en envisageant une. (Lisez un extrait du livre ici .)
– Chip Conley (conférence TED: Ce que les baby-boomers peuvent apprendre des milléniaux au travail – et vice versa )

Si vous voulez un livre qui vous fait ressentir tous vos sentiments

Americanah  de Chimamanda Ngozi Adichie (conférence TED: Le danger d’une seule histoire )
C’était le premier livre que j’ai lu en tant qu’adulte qui m’a fait me sentir compris. Naviguer dans les multiples cultures dont vous faites partie – en tant qu’immigrant ou personne de première génération en Occident – est tout un effort. Faire cela tout en portant votre noirceur et votre africanité, en plus de maintenir votre humanité, est un voyage. Adichie le fait avec un humour sagace dans son roman.
– Michael Rain (conférence TED: ce que c’est que d’être l’enfant d’immigrants )

Les garçons dans le bateau: neuf Américains et leur quête épique pour l’or aux Jeux olympiques de Berlin de 1936 par Daniel James Brown
J’ai adoré les garçons dans le bateau . C’est l’histoire vraie et inspirante de l’équipe d’équipage de l’Université de Washington qui a fini, contre toute attente, participer aux Jeux Olympiques de 1936. Dans ce livre, les faits sont aussi amusants que la fiction.
– Finn Lützow-Holm Myrstad (conférence TED: Comment les entreprises technologiques vous trompent en abandonnant vos données et votre vie privée )

L’Apocalypse d’Elena Mendoza de Shaun David Hutchinson
Dans ce roman, Elena est née d’une mère vierge, mais la vie d’Elena est tout sauf religieuse. Lorsqu’un logo Starbucks lui ordonne de guérir une victime par balle – qui se trouve être également son béguin – elle le fait et déclenche une réaction en chaîne. J’adore la façon dont ce livre met en évidence la façon dont nous devons choisir de faire le bien encore et encore. Ce n’est pas nécessairement inhérent à nous, mais nous pouvons quand même choisir la bonté.
– Dawn Wacek (conférence TED: le cas d’un bibliothécaire contre les amendes en souffrance )

Nous, les noyés de Carsten Jensen
Ce roman est tellement immersif que vous ne voulez pas qu’il se termine jamais. Une épopée historique vivante couvrant quatre générations, elle est racontée du point de vue d’une ville entière – une petite communauté de voile danoise qui s’attaque aux défis de la mondialisation émergente et de la guerre. C’est aussi excitant que n’importe quel thriller, aussi engageant que n’importe quel drame psychologique et aussi émouvant que la romance la plus profonde.
– Özlem Sara Cekic (conférence TED: Pourquoi je prends un café avec des gens qui m’envoient des courriers haineux )

Air Traffic: A Memoir of Ambition and Manhood in America par Gregory Pardlo
Air Traffic a été écrit par l’un de mes mentors, le poète lauréat du prix Pulitzer Pardlo. Cela m’a aidé à gérer la gamme complexe d’émotions avec lesquelles j’ai lutté après avoir perdu mon père l’année dernière. Ce mémoire parle d’une relation difficile entre un père et son fils, et il nous montre l’amour sous une forme que nous voyons rarement ouvertement. C’est un travail d’essayer de comprendre et d’accepter une personne complexe tout en la voyant dans toute son humanité – y compris son angoisse et sa laideur.
– Michael Rain (conférence TED: ce que c’est que d’être l’enfant d’immigrants )

La vie historique d’AJ Fikry par Gabrielle Zevin
C’est un beau roman sur le chagrin et l’amour, et trouver un sens après la perte. AJ possède une librairie – autre chose à aimer – et il a récemment perdu sa femme enceinte dans un terrible accident. Il se retire dans son travail, mais même cela ne lui apporte plus de joie. Lorsqu’un paquet mystérieux est laissé à sa porte, AJ est poussé à commencer à voir le monde et sa place dans un nouveau jour.
– Dawn Wacek (conférence TED: le cas d’un bibliothécaire contre les amendes en souffrance )

Si tu veux juste une raison de sourire

L’agence de détective holistique de Dirk Gently par Douglas Adams
Ce livre me fait rire à chaque fois. Éclipsés par le travail le plus célèbre d’Adams, les romans de Dirk Gently sont une lecture délicieuse. Ils regorgent de son écriture humoristique caractéristique et de ses créations de personnages adorables, comme l’Electric Monk (un appareil qui économise du travail qui croit les choses pour vous afin que vous n’ayez pas à le faire) et un cheval ennuyé. Le cheval est mon préféré.
– Kate Darling (conférence TED: Pourquoi nous avons un lien émotionnel avec les robots )

Kitchen Confidential: Aventures dans le ventre culinaire d’Anthony Bourdain
Le saint patron des chefs et des voyages s’est tragiquement suicidé en début d’année. Écoutez la version audio du mémoire qui l’a rendu célèbre; il est lu à voix haute par l’homme lui-même. Il vous manquera encore une fois, mais vous rirez et sourirez aussi pour ce qu’il nous a donné une fois.
– Prosanta Chakrabarty (conférence TED: quatre milliards d’années d’évolution en six minutes )

Une promenade dans les bois: redécouvrir l’Amérique sur le sentier des Appalaches par Bill Bryson
Cette histoire comique et vraie des mésaventures de Bryson alors qu’il parcourait le sentier des Appalaches m’a laissé mal au ventre à force de rire aux éclats. Cela m’a incité à entreprendre de nouvelles aventures – aussi mal préparée soit-elle!
– Lucy Marcil (conférence TED: Pourquoi les médecins offrent une préparation fiscale gratuite dans leurs salles d’attente )

The Essential Haiku: Versions of Bashō, Buson & Issa édité par Robert Hass
Chaque fois que je veux bien rire, je parcours cette compilation de haïkus de plusieurs maîtres japonais. Des phrases descriptives comme «La brise du matin rifflant les cheveux de la chenille» et «Année après année, le visage d’un singe, sur le visage du singe» capturent la nature comme je n’en ai jamais vu ailleurs. Leur appréciation pour le banal et la façon dont ils trouvent l’hilarité dans le monde naturel en font un livre à lire à haute voix, que vous soyez autour d’un feu de camp ou que vous passiez du temps avec vos amis et votre famille.
– Rebecca Tarvin (Leçon TED-Ed: Pourquoi les animaux venimeux ne s’empoisonnent-ils pas? )

How To Be Idle: A Loafer’s Manifesto par Tom Hodgkinson
Ceci est un guide amusant et révélateur sur pourquoi et comment nous vivons nous rend si misérables, mais nous ne pouvons même pas dire cela, encore moins objecter. Ce livre explique comment nous n’avons pas toujours été aussi obsédés par le travail; au lieu de cela, le travail était intégré à nos vies, ce qui était plus que ce que nous faisions pour gagner de l’argent. De plus, il y a un bon chapitre sur les raisons pour lesquelles nous faisons mal la gueule de bois.
– Simone George (entretien TED avec Mark Pollock: Une lettre d’amour au réalisme en temps de deuil )

Comment être une femme par Caitlin Moran
Ce livre de non-fiction m’a fait rire dur, car il m’a tenu à travers certaines réflexions autour du féminisme et des rôles sexués. C’est un classique, vraiment, et une excellente drogue d’entrée pour tous ceux qui pensent que plonger dans l’incroyable canon de l’écriture féministe n’est peut-être pas pour eux. Il est. Laissez Moran vousaccompagner.
– Simone George (entretien TED avec Mark Pollock: Une lettre d’amour au réalisme en temps de chagrin )

Les mésaventures de la fille noire maladroite d’Issa Rae
Pas vraiment un mémoire mais plutôt une collection d’essais, ce livre m’a fait rire aux éclats sur une page, puis remettre en question certaines de mes hypothèses et croyances sur une autre. Je m’y suis particulièrement connecté, car Rae a à peu près mon âge et certaines des histoires de passage à l’âge adulte qu’elle raconte tournent autour des nouvelles technologies (salles de chat AOL!) Que nous explorions tous – ce qui a entraîné à la fois notre édification et notre corruption – du milieu à la fin des années 90.
– Elizabeth Cawein (conférence TED: Comment créer une scène musicale florissante dans votre ville )

Le Code des Woosters par PG Wodehouse
Joseph Connolly, en résumant sa biographie de 2004 de Wodehouse, a écrit ce qui suit: «Wodehouse n’était pas profond. Il n’avait aucun message. Il n’était que l’un des plus grands écrivains de l’histoire de la littérature. Derrière le visage heureux vivait un homme heureux. Pendant que vous lisez ce roman sur la tentative de Bertie Wooster de retrouver un crémier hollandais, vous serez également heureux.
– Stephen Webb (conférence TED: Où sont tous les extraterrestres? )

Si vous souhaitez en savoir plus sur les humains et notre ingéniosité collective

Sapiens: Une brève histoire de l’humanité par Yuval Noah Harari (Conférence TED: Pourquoi le fascisme est si tentant – et comment vos données pourraient l’alimenter )
Ce livre regorge d’informations utiles sur le passé et le présent de l’humanité. J’ai adoré à quel point c’était ouvert d’esprit et j’étais très enthousiaste d’apprendre les petits détails qui déterminent notre comportement.
– Lina Marieth Hoyos (leçon TED-Ed: Quelle est la chose la plus froide du monde? )

Les innovateurs: comment un groupe de hackers, de génies et de geeks a créé la révolution numérique par Walter Isaacson
Si vous voulez en savoir plus sur l’histoire de la révolution numérique, ce livre est pour vous. Il emmène les lecteurs dans une tournée à travers les histoires de plusieurs innovateurs et créateurs d’appareils et de développements qui sont très utiles dans notre vie actuelle. Passant des idées d’Ada Lovelace à Steve Jobs, ce livre nous montre comment ils ont franchi une étape au-delà de la pensée conventionnelle avec leurs idées révolutionnaires.
– Lina Marieth Hoyos (leçon TED-Ed: Quelle est la chose la plus froide du monde? )

One Good Turn de Witold Rybczynski
Ce livre non fictif s’adresse aux personnes soucieuses de la technologie, mais aussi à tous ceux qui s’intéressent au développement historique de la civilisation. Au tournant du millénaire, on a demandé à l’auteur de trouver et d’écrire sur l’outil le plus utile des 1000 années précédentes. Je ne vais pas gâcher ce que c’était – vous devez le lire pour le savoir, mais c’est certainement quelque chose dont aucun de nous ne peut se passer.
– Ian Firth (conférence TED: les ponts devraient être beaux )

Si vous êtes fasciné par la vie intérieure de personnes bien connues

Leader de minorité: comment diriger de l’extérieur et faire le changement par Stacey Abrams (conférence TED: 3 questions à vous poser sur tout ce que vous faites )
Je travaille dans les affaires gouvernementales, et la dernière chose que j’aime lire pour le plaisir, ce sont des livres de politiciens. Cependant, ce livre est différent à bien des égards et est une lecture incontournable – que vous soyez un drogué politique ou simplement quelqu’un en quête d’inspiration pour tracer votre propre voie. Je me suis instantanément liée et j’ai été inspirée par les luttes candides d’Abrams pour surmonter le doute de soi et embrasser toute la gamme de ses capacités en tant que femme de couleur talentueuse. Son écriture est franche, éloquente, familière, drôle et hautement digestible. Je me suis retrouvé à hocher la tête, à sourire, à écouter des pages et à prendre de profondes inhalations pour digérer sa sagesse inspirante.
– Nikki Clifton(Conférence TED: 3 façons dont les entreprises peuvent lutter contre le trafic sexuel )

Grant de Ron Chernow
Chernow – qui nous a également donné la célèbre biographie d’Alexander Hamilton – sera le conférencier invité au dîner des correspondants de la Maison Blanche en avril 2019, en rupture avec la tradition d’avoir un comédien. Mais après avoir lu Grant , je peux comprendre pourquoi. Cette biographie nous raconte comment un triste-sack alcoolique et crédule est devenu l’un des soldats les plus célèbres de l’histoire des États-Unis ainsi que le 18e président défenseur des droits civiques – il contient tous les éléments de la prochaine grande comédie musicale de Lin-Manuel Miranda.
– Prosanta Chakrabarty (conférence TED: quatre milliards d’années d’évolution en six minutes )

Alibaba: la maison construite par Jack Mapar Duncan Clark
J’ai apprécié ce livre très inspirant sur la vie personnelle et professionnelle du fondateur d’Alibaba, Jack Ma. La personnalité sympathique et facile à vivre de Ma rend le livre très inspirant et amusant à lire, tout en fournissant des informations intéressantes sur la façon dont il a réussi à créer l’une des entreprises les plus appréciées en Chine et dans le monde.
– Pierre Barreau (conférence TED: Comment l’IA pourrait composer une bande-son personnalisée à votre vie )

Devenir par Michelle Obama
Dans ce mémoire, la Première Dame Michelle Obama est élégante et catégorique de vivre votre vérité, d’être d’un grand service public, de rêver grand et de ne jamais abandonner. Elle est éloquente, brute et réelle en décrivant ses expériences personnelles et comment elle a trouvé sa voix. Son récit du service public – à la fois à la Maison Blanche et dans sa vie privée – est vraiment remarquable, et je suis ravi de voir ce livre encourager les autres à «devenir» la prochaine version plus grande d’eux-mêmes.
– Darieth Chisholm (conférence TED: Comment le porno vengeur bouleverse la vie )

Si vous êtes intéressé par tout ce qui concerne la maison

Recevoir avec des légumes: une collection de recettes pour les cuisiniers à la maison modernes pour préparer des plats délicieux et délicieux avec les produits de Chadwick Boyd
Chaque cuisine a besoin de ce livre de recettes inspirant. Je suis «presque» végétarien à cause de cela. Chaque recette est tellement créative, pleine d’imagination et de saveur, de saveur et plus de saveur. Vous pouvez ressentir l’amour de Chadwick pour la nourriture et la connexion sur chaque page.
– Tammy Lally (conférence TED: soyons honnêtes sur nos problèmes d’argent )

Strudel, nouilles et boulettes: le nouveau goût de la cuisine allemande par Anja Dunk
J’adore un avocat autant que le prochain, mais rien ne me rend plus heureux qu’un bon repas copieux et fait maison – c’est la cuisine de Dunk. Elle a écrit mon genre de livre de cuisine préféré avec un mélange parfait d’originalité et de familiarité. Chaque recette a l’air aussi réalisable que délicieuse, et tout est écrit avec une chaleur et une honnêteté qui ne peuvent provenir que d’une personne réelle dans la vraie vie.
– Luke Sital-Singh (performance TED: «Afterneath» / «Killing Me» )

La magie du rangement qui change la vie: l’art japonais du désencombrement et de l’organisation par Marie Kondo
À première vue, on pourrait penser que ce livre ne concerne que l’organisation de votre placard (et l’organisation du placard est discutée), mais ce que j’ai appris, c’est la même chose les principes appliqués à l’organisation de votre logement peuvent s’appliquer à votre calendrier, à vos finances et à vos relations d’affaires. Après avoir appliqué les principes Kondo à toute ma vie, j’ai regagné un temps précieux qui a conduit à une plus grande clarté mentale. Ce livre m’a appris un état d’esprit qui a conduit à un bonheur et une productivité extrêmes.
– Kelly Richmond-Pope (conférence TED: Comment les dénonciateurs façonnent l’histoire )

Ce livre vous aide à vivre sans avoir de biens matériels. C’est un guide très pratique et exploitable pour désencombrer votre vie et vous aider à échanger le chaos pour plus de clarté.
– Alex Edmans (conférence TED: à quoi faire confiance dans un monde «post-vérité» )

Joyful: The Surprising Power of Ordinary Things to Create Extraordinary Happiness par Ingrid Fetell Lee (conférence TED: Où se cache la joie et comment la trouver )
J’ai vraiment apprécié ce livre vraiment bien écrit et facile à lire. Il explique comment nous pouvons rendre le monde bien meilleur si nous ne construisions que des environnements qui nous font sourire et apportent de la joie dans nos vies, au lieu des espaces gris habituels et banals que tant d’entre nous sont obligés de vivre et de travailler. Chaque designer, architecte, politicien, fonctionnaire et, en fait, tout le monde devrait lire ce livre et commencer à faire une différence dans le patch où ils vivent. (Lire un extrait ici .)
– Ian Firth (conférence TED: les ponts devraient être beaux )

Si vous voulez profiter d’un livre avec votre petite personne préférée

Rosie Revere, ingénieur par Andrea Beaty

C’est une de mes lectures préférées – et de mon enfant de deux ans et de mon enfant de quatre ans. Il offre des leçons édifiantes sur la résolution de problèmes créative, la persévérance dans les essais et les erreurs, et l’innovation, et j’aime son lien avec l’histoire – la jeune tante homonyme de Rosie a aidé à construire des avions pendant la Seconde Guerre mondiale et sert d’inspiration et de pom-pom girl pour la prochaine génération. Il a également de superbes illustrations fantaisistes.
– Daniel Kraft (conférence TED: La pharmacie du futur? Pilules personnalisées, imprimées en 3D à domicile )

Est-ce que ça pète? Le guide de terrain définitif de la flatulence animale par Nick Caruso et Dani Rabiotti
Lorsque j’ai montré la page de couverture de ce livre à ma fille de sept ans, elle s’est couverte la bouche et a ri – puis elle a appelé sa sœur pour feuilleter le livre. Le texte est amusant et plein de faits pour quiconque de tous âges. Il couvre les animaux (réels et présumés), des harengs aux humains, même aux licornes. (Les auteurs disent que ces créatures péteraient si elles étaient réelles, fondant leur affirmation sur un oryx d’Arabie ou sur l’Elasmotherium éteint, la soi-disant «licorne de Sibérie»). Si vous cherchez une nouvelle façon d’acquérir des connaissances en histoire naturelle dont vous ne saviez pas avoir besoin, ce livre est pour vous.
– Prosanta Chakrabarty (conférence TED: quatre milliards d’années d’évolution en six minutes)

Le livre des monstres de la Suisse par Jeanne Darling
C’est un livre pour enfants fantastique et magnifiquement illustré avec beaucoup de monstres amusants et des anecdotes sur la Suisse, où j’ai passé la majeure partie de ma vie. Et l’auteur se trouve être ma mère, qui a commencé à écrire des livres populaires pour enfants suisses en tant qu’enseignante à la retraite de 70 ans! Cela me fait me sentir à la fois chez moi et vraiment inspiré pour suivre mes rêves.
– Kate Darling (conférence TED: Pourquoi nous avons un lien émotionnel avec les robots )

It’s Okay to Be Different de Todd Parr
Parr délivre un message percutant d’une manière percutante. Ce livre pour enfants permet aux enfants d’être ce qu’ils sont, d’accepter qui sont les autres et de le faire sans jugement. J’ai lu ceci avec mon tout-petit fils au moins une fois par semaine.
– Vinay Shandal (conférence TED: Comment les investisseurs conscients peuvent faire monter la pression et faire changer les entreprises )

Si vous êtes enthousiasmé par les histoires de survie des gens, à la fois réelles et fictives

Eva Luna d’Isabel Allende (conférence TED: Contes de passion )
Quand j’avais 17 ans, j’ai lu ce roman, qui était le premier livre que j’ai lu par Allende. Eva Luna est orpheline très jeune dans un pays non identifié d’Amérique latine, et son histoire met en lumière certains des problèmes politiques de l’après-guerre. Cela m’a ouvert les yeux sur le réalisme magique et sur la région dans son ensemble.
– Finn Lützow-Holm Myrstad (conférence TED: Comment les entreprises technologiques vous trompent en abandonnant vos données et votre vie privée )

La vie examinée: comment nous perdons et nous trouvons par Stephen Grosz
Ce livre est une collection d’histoires profondément émouvantes de découverte de soi par le psychanalyste Grosz. Ses écrits sur la thérapie ont été décrits comme «comme une combinaison de Tchekhov et d’Oliver Sacks». Qu’il s’agisse de trouver et de garder l’amour, de faire face à un traumatisme dans une histoire familiale ou de faire face aux vulnérabilités personnelles ou professionnelles les plus sensibles, ce livre apporte de l’espoir en montrant que les humains ont la capacité de guérir – voire de s’épanouir – lorsqu’ils vivent avec les cicatrices émotionnelles les plus douloureuses de la vie.
– Alexandra Sacks (conférence TED: Une nouvelle façon de penser la transition vers la maternité )

Unbroken: A World War II Story of Survival, Resilience and Redemption par Laura Hillenbrand
J’ai hésité à lire ce livre non fictif après qu’il m’ait été donné par un ami, car il me semblait plus une histoire de bien-être que ce qui m’attire habituellement. Wow, je me suis trompé! J’ai trouvé ce livre sur la vie de Louis Zamperini incroyablement édifiant et presque impossible à réprimer. Hillenbrand fait un travail élégant en capturant les détails qui donnent vie à son histoire sans alourdir le récit étonnant de ce héros de la vie réelle, qui était un coureur de fond olympique, un pilote de l’armée de l’air pendant la Seconde Guerre mondiale et un prisonnier de guerre japonais, entre autres. . Cette histoire magnifiquement racontée de la vie de Zamperini m’a inspiré à être plus que ce que je suis.
– Ben Cort (conférence TED:Que fait la commercialisation du cannabis )

News of the World de Paulette Jiles
Je suis aujourd’hui un amateur de livres qui nous aident à repenser – et à réécrire – nos mythes fondateurs de l’Ouest américain. Le roman de Jiles reprend l’histoire déchirante d’une fille allemande capturée par les Indiens Kiowa et la transforme en un fil de bien-être sur la capacité d’empathie de l’humanité.
– Chip Colwell (conférence TED: Pourquoi les musées renvoient des trésors culturels )

Heavy: Un mémoire américain de Kiese Laymon
Laymon m’a frappé car il vit à Oxford, dans le Mississippi, à moins de 100 miles de ma propre base de travail créatif. L’auteur est aux prises avec des traumatismes de l’enfance, des révélations et des émotions de passage à l’âge adulte, qui ont tous servi à définir l’homme qu’il est devenu. Ce livre, qui est à la deuxième personne, est écrit comme une confession engageante à sa mère brillamment endommagée. C’est transformateur, stimulant et émouvant.
– brun tabac (conférence TED: ce que le jardinage m’a appris sur la vie )

Je f vous veux retrouver un sentiment d’émerveillement face au monde

Black Hole: Comment une idée abandonnée par les Newtoniens, détestée par Einstein et jouée par Hawking est devenue aimée par Marcia Bartusiak
Peu de gens savent que l’histoire qui a conduit à la découverte des trous noirs est aussi étrange que les objets astronomiques. Depuis la publication de la théorie gravitationnelle à la fin du XVIIe siècle par Isaac Newton, il a fallu près de trois siècles pour accepter que, lorsqu’il s’agit de trous noirs, l’impossible apparemment est réel. Les trous noirs sont des objets effondrés qui possèdent une densité infinie. Dans cette aventure scientifique passionnante, Bartusiak décrit l’émergence des idées folles derrière ces objets. Ce livre vous apprendra que parfois l’impossible peut devenir réalité.
– Fabio Pacucci ( Leçon TED-Ed: La terre pourrait-elle être avalée par un trou noir? )

Les conférences Feynman sur la physique de Richard Feynman, Robert B.Leighton et Matthew Sands
Il peut sembler étrange de choisir une collection de trois volumes de conférences de physique et d’essayer de la vendre comme une lecture agréable, mais comme je peux le confirmer, vous pouvez revenir à ces fameux «livres rouges» à maintes reprises et, à chaque fois, trouvez perspicacité, ingéniosité et inspiration.
– Stephen Webb (conférence TED: Où sont tous les extraterrestres? )

Voir la science: un guide illustré des merveilles de l’univers par Iris Gottlieb
Alors que j’utilise la musique et le son, Gottlieb utilise le langage universel de l’art visuel pour comprendre et partager l’élégante beauté du monde qui nous entoure. À la fois fascinant et fantaisiste, ce livre raconte les histoires de merveilles scientifiques, grandes et petites, avec de nombreuses pages dignes d’un cadre en cours de route. Il montre les récompenses potentielles de suivre sans crainte votre curiosité et votre imagination, où que cela vous mène.
– Matt Russo (conférence TED: à quoi ressemble l’univers? Une tournée musicale )

The Feather Thief: Beauty, Obsession, and the Natural History Heist of the Century par Kirk Wallace Johnson
Ce livre non fictif est à la fois mystère, histoire naturelle et miroir à couper le souffle de notre société moderne. Johnson fait un travail incroyable en cherchant à comprendre le rôle des collections d’histoire naturelle et en expliquant comment une mauvaise interprétation de leur rôle peut induire les gens en erreur. Il suit l’obsession d’un homme pour l’art obscur et ancien du nouage de mouches et comment cela l’a conduit à s’introduire dans un musée pour voler des spécimens inestimables. Si vous aimez la nature ou les musées, ce crime vous refroidira jusqu’aux os.
– Prosanta Chakrabarty (conférence TED: quatre milliards d’années d’évolution en six minutes )

The Best American Science and Nature Writing 2018 , édité par Sam Kean
La science de l’âme. De minuscules araignées sauteuses qui peuvent voir la lune. Tempêtes de feu. Des bêtes fantastiques. Vous ne pouvez pas vous tromper avec le dernier volet de cette série annuelle – il vous laissera rempli de questions, de connaissances, de motivation et d’émerveillement!
– Chip Colwell (conférence TED: Pourquoi les musées renvoient des trésors culturels )

H est pour Hawk par Helen MacDonald
J’ai vraiment apprécié ce mémoire magnifiquement écrit, un mélange de philosophie avec l’auteur qui accepte la mort de son père et son histoire perspicace sur la formation d’un autour des palombes. C’est un excellent cadeau de vacances pour quelqu’un, surtout s’il aime les oiseaux de proie.
– Ian Firth (conférence TED: les ponts devraient être beaux )

Le guide des sceptiques de l’univers: Comment dire ce qui est vraiment réel dans un monde de plus en plus plein de faux par Steven Novella
Novella est juste là-haut avec Carl Sagan en tant que personnes qui m’ont appris la joie et l’humilité qui accompagnent la compréhension du fonctionnement de notre cerveau ( ou pas!) dans notre quête pour comprendre le cosmos et nous-mêmes. C’est le guide ultime de la pensée critique, avec tout le charme et l’irrévérence que Steve et les autres «Rogues» apportent à leur podcast hebdomadaire du même nom. Comme le sous-titre le suggère, ce livre arrive à un moment où nous en avons le plus besoin.
– Matt Russo (conférence TED: à quoi ressemble l’univers? Une tournée musicale )

Pale Blue Dot: A Vision of the Human Future in Space par Carl Sagan
Ce livre met en évidence notre place dans l’univers d’une manière très édifiante. La terre, cet endroit que nous appelons notre maison, n’est qu’un tout petit point dans l’immensité de l’espace, et le livre nous montre que le petit «point bleu pâle» où nous vivons est un petit point plein de vie et d’amour.
– Lina Marieth Hoyos (leçon TED-Ed: Quelle est la chose la plus froide du monde? )

L’invention de la nature: le nouveau monde d’Alexander von Humboldt par Andrea Wulf
C’est une histoire profondément humaine de notre volonté d’explorer, racontée à travers la biographie de polymathe, naturaliste et géographe Alexander von Humboldt. Ce livre de non-fiction m’a inspiré pour construire un cyanomètre pour mesurer le bleu du ciel, pour canaliser le courage qu’il a utilisé pour gravir des montagnes impossibles à escalader et pour imaginer comment les scientifiques et les humanistes peuvent inventer un monde meilleur.
– Linda Elkins-Tanton (Leçon TED-Ed: Pourquoi la NASA envoie-t-elle un vaisseau spatial dans un monde métallique? )

Si la créativité et l’art sont ce qui vous fait sortir du lit le matin

Jonathan Livingston Seagull de Richard Bach
Ceci est une lecture courte, mais ce roman classique touche à la créativité, à l’apprentissage, à la liberté de conformité et au vol, l’un de mes éléments préférés. Je l’ai lu pour la première fois au début de la vingtaine, puis je l’ai relu des années plus tard. Il a servi de touche pour trouver et voler à travers ses propres passions et chemins.
– Daniel Kraft (conférence TED: La pharmacie du futur? Pilules personnalisées, imprimées en 3D à domicile )

Engineering and the Mind’s Eye d’Eugene S. Ferguson
Bien qu’il ne s’agisse pas d’un nouveau livre – il a été publié en 1994 -, il nous rappelle que la créativité innée dans l’esprit d’un ingénieur est ce qui compte, pas sa capacité à faire des mathématiques. . La créativité est au cœur de toute bonne ingénierie, et cet excellent livre montre pourquoi une si grande partie du contenu de nos programmes d’enseignement universitaire est mal ciblée, en particulier de nos jours.
– Ian Firth (conférence TED: les ponts devraient être beaux )

L’Ensemble d’Aja Gabel
J’ai aimé ce roman sur un quatuor à cordes car il offre un si beau portrait d’ambition et d’amitié créé par l’amour de la musique. Il illustre comment un amour commun pour l’art peut façonner un beau lien qui traverse les échecs et les succès, sans jamais se rompre.
– Pierre Barreau (conférence TED: Comment l’IA pourrait composer une bande-son personnalisée à votre vie )

Dreaming the Beatles: The Love Story of One Band and the Whole World de Rob Sheffield
Je suis un superfan de Rob Sheffield qui se décrit moi-même, et même si j’aimerais presque tout ce qu’il a écrit, c’est particulièrement spécial. Même les aficionados des Beatles trouveront de nouveaux aperçus dans ce livre non fictif, qui explore non seulement les Beatles mais aussi le monde qui tourne autour d’eux, découvrant la façon dont chaque génération a découvert et revendiqué le groupe comme le sien. Rêver concerne autant les Beatles que la culture pop, la musique pop, le fandom, l’obsession et le pouvoir de notre lien émotionnel avec l’art.
– Elizabeth Cawein (conférence TED: Comment créer une scène musicale florissante dans votre ville )

Feel Free: Essays de Zadie Smith
Feel Free est une collection d’essais intrigants qui abordent des sujets d’actualité, sociopolitiques et d’actualité, notamment le film Get Out et l’icône pop Justin Bieber. Smith est une libre penseuse inventive – elle est viscéralement, audible et visuellement rafraîchissante. Par ses écrits, elle offre aux lecteurs la possibilité d’apprendre à faire confiance à leur propre voix.
– brun tabac (conférence TED: ce que le jardinage m’a appris sur la vie )

Si tu veux te sentir excité pour changer le monde

Rage Becomes Her: The Power of Women’s Anger de Soraya Chemaly
NPR a nommé ce livre comme l’un des meilleurs en 2018. Il remet en question la sagesse conventionnelle selon laquelle la colère, en particulier celle des femmes, n’est pas une expression valable d’émotion. Rage explore l’importance de la colère pour les femmes en ces temps politiques troublants alors que nous descendons dans la rue et occupons plus de postes politiques, et révèle à quel point la rigidité de notre colère fait partie d’un modèle systématique de pouvoir et d’oppression pour faire taire les femmes et empêcher l’égalité des sexes. (Lisez un extrait du livre ici .)
– Laura L. Dunn (conférence TED: Il est temps que la loi protège les victimes de violence sexiste 

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